‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 212 sur 215 · CHAPITRE LVIL 42i · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIL 42i

barre de fer : un homme était étendu sur cette misérable couche. Glossin s'approcha de lui.

• Dirk Hatteraick! — Tonnerre et enfer! c'est sa voix! » dit le prisonnier en se levant sur son séant et en secouant ses fers ; « mon songe est donc vrai! Retirez- vous, laissez-moi en repos! Vous n'avez rien de bon à attendre de moi. — Comment , mon bon ami, la perspective de quelques mois de prison suffit pour vous abattre ainsi? — Oui, sacredié! quand je ne dois en sortir que pour être pendu! Laissez-moi; arrangez vous-même vos affaires! Détournez votre lumière de mes yeux ! — Allons , mon cher Dirk Hatteraick , ne perdez pas courage ; j'ai un plan superbe à vous communiquer. — Allez au diable , vous et vos plans ! Ce sont vos plans qui m'ont fait perdre mon navire, ma cargaison, et qui me coûteront la vie. A ce moment je rêvais que Meg Merrilies vous traînait ici par les cheveux, qu'elle me donnait le long. couteau qu'ordinairement elle portait suspendu à son côté... Savez-vous ce qu'elle me disait?... Orage et tempête! ne me provoquez pas. — Hatteraick , mon bon ami , levez-vous et parlez-moij — Non ! C'est vous qui avez causé tout le mal, c'est vous qui n'avez pas voulu laisser emmener cet enfant par Meg Merrilies. Elle l'aurait rendu quand il aurait eu tout oublié. — Mais , mon cher Hatteraick , vous avez perdu la tête. — Orage ! Nierez-vous que cette maudite attaque à Portanferry, où nous avons perdu navire et équipage , n'avait été imaginée par vous que dans votre intérêt personnel? — Mais vous oubliez que les marchandises.... — Le diable les emporte! J'en aurais eu d'autres et bien encore; mais, nom d'un diable, perdre mon navire , mes braves compagnons , ma vie, pour un lâche, un coquin qui ne peut faire ses mauvais coups que par la main des autres! Ne me parlez pas davantage,... je suis dangereux pour vous! — Mais, Dirk..., mais, Hatteraick, écoutez-moi; deux mots seulement. — Non, par l'enfer! pas un. — Une seule phrase! — Mille malédictions! pas une. — Eh bien, va- t'en au diable, obstiné, brute hollandaise! » dit Glossin perdant patience et le poussant du pied.

« Tonnerres et éclairs ! » dit Hatteraick se levant et saisissant Glossin, « tu veux donc l'avoir? »

Glossin fit assez bonne résistance ; mais le mouvement du contrebandier avait été si impétueux, qu'il eut à peine le ten$s de se reconnaître ; il fut renversé , et le derrière de son cou porta avec violence sur la barre de fer. Hatteraick ne lâcha prise que lors-

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qu'il le vit mort. La chambre située immédiatement au dessous de la salle des condamnés , étant celle'de Glossin , se trouvait vide ; les prisonniers logés à l'étage plus bas entendirent le bruit de la chute de Glossin, suivie de gémissements. Mais, dans ce séjour d'horreur, les plaintes et les cris étaient choses trop ordinaires pour qu'on y prêtât grande attention.

Le lendemain matin , Mac-Guffog , fidèle à sa promesse , arriva

de bonne heure. « Monsieur Glossin ! » dit-il à voix basse..

f Appelle-le plus haut! dit Hatteraick. — Monsieur Glossin, pour l'amour de Dieu, venez- vous? — il faudra le porter pour sortir d'ici , répliqua Hatteraick. — Que marmottez-vous là , ïïao- Guflbg? cria au même instant le capitaine de la prison. — Venezvous-en, pour l'amour de Dieu, monsieur Glossin! > répéta le porte-clefs.

Ace moment le capitaine entra, une lumière à là main. Son étonnèrent égala son horreur en voyant le corps de Glossin couché en travers sur la barre , dans une position qui prouvait assez qu'il avait cessé de vivre. Hatteraick était tranquillement assis sur son lit, à un pas de sa victime. En relevant Glossin il fut aisé de reconnaître qu'il était mort depuis plusieurs heures. Son cadavre portait des traces extraordinaires de violence. Les vertèbres cervicales avaient été presque entièrement brisées dans la première chute. Diyerses marqués de strangulation autour de la gorge expliquaient la couleur violette du yisage. La tète était tournée sur l'épaule gauche, comme si^on lui avait tordu le cou avec une force extraordinaire. Il était évident que l'implacable Hatteraick avait serré avec un acharnement horrible le gosier du malheureux , et qu'il n'avait pas lâché prise avant d'être certain qu'A ne respirait plus. La lanterne foulée aux pieds et mise en pièces était par terre à côté du cadavre.

Mac-Morlan, qui était dans (a ville, vint sur-le-champ pour procéder à l'examen du corps de Glossin.

« Qui a amené Glossin ici? dit-il à Hatteraick. — Le diable. — Et c'est vous qui l'avez tué? — Je l'ai envoyé^en enfer avant'moi. — Misérable! vous avez consommé t par le meurtre du complice de vos crimes , une vie pendant laquelle vous n'avez pas montré une seule vqftu. — Une seule vertu! s'écria le prisonnier; tonnerre! j'ai toujours été fidèle à mes armateurs,... toujours j'ai rendu compte de la cargaison jusqu'au dernier sou. A propos J faites-moi donner une plume et de l'encre , afin que je les instruise de ce qui

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