L'ENQUÊTE
Vais yoyei : sa figure est noire et pleine de eang ; ses pupilles sont dilatées , son regard est fixe et horrible comme celai d'an homme étranglé , ses eheyenx sont hérissés , ses narines ourertes par la yiolence de la lutte , ses mains étendues comme celles d'un homme qui respirerait erec peine , et qui , défendant sa rie , a péri par la force. Sbakspbarb. Henri IV,
Le shérif député du comté arriva à Ellangowan le lendemain matin au point du jour. La loi d'Ecosse assigne à ce magistrat de province des pouvoirs judiciaires d'une étendue considérable , et la tâche d'informer sur tous les crimes commis dans sa juridiction. Elle le charge aussi de l'arrestation et de l'emprisonnement des personnes suspectées, etc., etc. \
Le gentleman qui remplissait cette charge dans le comté de... , à l'époque de cette catastrophe , était un homme bien né et bien élevé , et, quoique un peu pédant et doctoral dans ses manières, il jouissait de l'estime générale , comme un magistrat actif et intelligent. Son premier soin fut d'interroger tous les témoins dont la déposition pouvait jeter quelque lumière sur ce mystérieux événement, et de faire le rapport, procès- verbal ou précognition , terme technique que la pratique d'Ecosse a substitué à l'enquête du coroner. Le rapport du shérif et son habile enquête découvrirent plusieurs circonstances incompatibles avec l'opinion première que Kennedy était tombé par accident du haut du rocher. Nous en détaillerons brièvement quelques unes.
Le corps avait été déposé dans la cabane d'un pêcheur, mais sans rien changer à l'état dans lequel il avait été trouvé. Ce fut le premier objet de l'examen du shérif, Quoique horriblement mutilé et brisé par une aussi grande chute, le cadavre présentait à la tète une profonde blessure qui , d'après l'opinion d'un habile chirurgien, devait avoir été faite par un sabre ou un coutelas. L'expérience de ce gentleman découvrit encore d'autres indications qui firent naître
t. Le shérif écossais remplit les mêmes fonctions que le coroner anglais. ▲. *•
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t& Soupçons. Le visage était très noir, les yeux sortaient delà tête, et les veines du cou étaient enflées. tJrie cravate de couleur que portait le malheureux Kennedy ne paraissait point mise comme à rwftifîâif e. Elle avait été détachée , et le nœud déplacé avait été très fortement serré. Les plis étaiept froissés comme si on s'en était servi pour tirer le cadavre et peut-être le traîner vers le précipice. D'un autre côté , la bourse du pâtit re Kennedy fut trouvée inttete ; et ce qui sembla encore plus extraordinaire , les pistolets qtf il portait habituellement lorsqu'il partait pour quelque expédition dangereuse, étaient encore chargés. Cette circonstance surtout parut très étrange , car it était connu et redouté par les contrebandiers comme un homme également intrépide et habile dans le maniement àes armes, et il en avait donné souvent des preuves. Le shérif s'informa si Kennedy n'était pas dans l'habitude de porter d'autres armes.
Plusieurs domestiques de M. Bertram se rappelèrent qu'il avait ordinairement un couteau de chasse , ou un petit coutelas , mais on n'en trouva point sur le cadavre ; aucun de ceux qui l'avaient tu dans la matinée de ce jour fatal ne put assurer s'il portait ou ne portait pas cette arme.
Le corps ne présentait point d'autres indices qui pussent apprendre quelle avait été la mort de Kennedy ; car, quoique ses habits fussent bien en désordre , et ses membres fracturés d'une manière horrible , ces deux circonstances paraissaient les conséquences, l'une probable , l'autre certaine , de sa chute. Les mains du cadavre étaient fortement contractées et pleines de gazon et de terre, mais tout cela paraissait également équivoque.
Le magistrat alors se rendit à l'endroit où le corps avait été d'abord découvert, et se fit donner sur les lieux , par ceux qui l'avaient trouvé , un rapport circonstancié sur l'état dans lequel il était. Un énorme fragment de roc paraissait avoir accompagné ou suivi la victime dans sa chute. Il était d'une substance si solide et si compacte , qu'en tombant il s'en était à peine détaché quelques éclats , en sorte que le shérif put d'abord examiner le poids du fragment en le mesurant , et ensuite calculer d'après sa forme par quel côté il tenait au rocher dont il était tombé. Il le découvrit facilement par la couleur grisâtre qu'avait la pierre dans l'endroit où elle n'avait pas été exposée à l'acl ion de l'atmosphère. On gravit ensuite le rocher , et on examina la place d'où le fragment s'était détaché, b'après l'inspection des lieux il semblait clair qu'un seul