CHAPITRE X
tion de Frank Kennedy, au service des douanes de Sa Majesté , il s'était mis à la recherche d'un lougre contrebandier, capitaine Dirk Hatteraick ; que Kennedy devait faire la garde sur le rivage dans le cas où Hatteraick , qui était connu pour un homme déterminé et déjà plusieurs fois mis hors^la loi, tenterait de s'échouer sur la côte. Environ à neuf heures du matin, il découvrit une voile qui répondait à la description du lougre d'Hatteraick, lui donnai chasse , et après lui avoir fait plusieurs signaux pour qu'elle arborât pavillon ou qu'elle amenât, il fit tirer sur elle. Le lougre arbora alors les couleurs d'Hambourg* et lui rendit sa bordée; le combat s'engagea et dura trois heures ; enfin , comme le lougre allait doubler la pointe de Warrocb , le commandant s'aperçut qu'il était désemparé, et que sa grande vergue avait perdu ses élingues. Son équipage ne put profiter de cet avantage , pour s'être trop approché de la côte en voulant doubler le cap. Après avoir viré deux fois de bord , ils y parvinrent, et virent alors le lougre en feu et probablement abandonné. La flamme ayant gagné quelques barils de spiritueux placés sur le pont avec d'autres combustibles sans doute disposés à dessein , l'incendie était devenu si violent qu'aucune barque n'osa approcher le lougre , d'autant plus que la chaleur faisait partir l'un après l'autre ses canons qui étaient encore chargés. Le capitaine ne doutait pas que l'équipage n'eût quitté le vaisseau et fui dans les embarcations. Après s'être tenu en vue jusqu'à son explosion , le sloop de Sa Majesté, le Shark 9 avait fait ▼oile vis-à-vis de l'île de Man pour couper la retraite aux contrebandiers, qui, bien qu'ils pussent se cacher pendant un jour ou deux dans les bois , saisiraient probablement la première occasion pour gagner cette retraite. Du reste, il n'avait rien vu que ce qu'il racontait.
Tel fut le rapport de sir William Pritchar, maître et commandant du sloop royal de guerre le Shark; il terminait en regrettant profondément de n'avoir pas eu le bonheur de joindre les coquins qui avaient eu l'insolence de tirer sur le pavillon de Sa Majesté, et il assurait que si jamais il rencontrait M. Hatteraick dans une de ses croisières , il ne manquerait pas de l'amener au port amariné à sa proue, pour qu'il eût à répondre à toutes les accusations qu'on pouvait porter contre lui.
Cependant , comme il était assez certain que les hommes composant l'équipage du lougre s'étaient sauvés 9 on mit facilement sur leur compte là mort de Kennedy , en supposant qu'ils l'avaient
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rencontré dans le bois au moment où ils étaient ftirieux de la pertç du vaisseau et de la part qu'il y avait çue. Et il n'était pas impossible m£me que de tels scélérats , réduits au désespoir par leurs malheurs , eussent commis le crime atroce d'égorger un enfant contre le père duquel on savait qu'Hatteraick ayait proféré d'horribles mçnaceç.
A cela on objectait que quinze oy vingt hommes n'auraient pu rester cachés sur )a côte , lorscme des recherches si sévères avaient ét{f itppiédiatemept faites après la destruction de leur vaisseau, oq du moins que s'ils s'étaient cachés dans les bois , on aurait dû Recouvrir leurs barques sur le rivage , et que dans une situation aussi précaire que la leur, et lorsque toute retraite était pour eux, sinon impossible, du moins difficile, on ne devait pas penser qu'ils eussent été tous d'accord pour commettre un meurtre inutile, seulement pour l'ampur de la vengeance.
Ceux qui étaient de cette opinion supposaient , ou que les barques du lougre s'étaient mises en mer sans être remarquées par ceu* qui regardaient le vaisseau brûler, et qu'elles avaient gagné assez d'avance pour se sauver avant que le sloop eût tourné le promontoire , ou du moins que les chaloupes ayant été brisées et détruites par le feu du Shark durant le combat, l'équipage s'était déterminé à sauter avec le vaisseau . Ge qui donnait quelque poids à cet acte supposé de désespoir, c'était que ni Dirk Hatteraick, ni aucun de ses matelots , tous bien connus par leur libre commerce , ne furent vus dans la suite sur la côte , et qu'on n'en entendit plus parler dans l'Ile de Man , où l'on fit de sévères recherches. D'un autre côté un seul corps , et e'était celui d'un matelot frappé d'un boulet , fut jeté par les flots sur le rivage. Ainsi tout ce qu'on put foire, fut d'enregistrer les noms et les signalements de tous les individus qui formaient l'équipage du lougre , et d'offrir une récompense à celui qui les arrêterait tous ou seulement l'un d'eux ; pareilles offres furent faites à quiconque, excepté l'assassin, pourrait fournir quelques preuves propres à convaincre les meurtriers de Frank Kennedy. Une autre opinion , qui avait aussi quelque vraisemblance , chargeait de ce crime les anciens habitants de Derncleugh ; on savait qu'ils avaient hautement exprimé leur ressentiment contre la conduite du laird d'Ellangowan envers eux; qu'ils avaient proféré des menaces que chacun les croyait capables de mettre à exécution.
L'enlèvement de l'enfant était un crime plus dans leurs habitudes que dans celles des contrebandiers, et Kennedy, sous la garde