‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 45 sur 215 · CORRESPONDANCE. M. MAC-MORLAN · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE. M. MAC-MORLAN

La réputation ?^c'eit Pidolejque l'homme oppose à Dieu , le grand législateur qui nous a commandé de ne pas tuer; et cependant 'nous tuons par amour pou la réputation ! Pourquoi un honnête homme craindraitil pour sa réputation , ou blet serait-il celle d'un autre ? . Craindre de faire une insulte , c'est du courage ; mais, la supporter, c'est du courage aussi. Bbk Johkson.

Le colonel, absorbé dans ses pensées, se promenait en long et en large dans le salon , lorsque l'officieuse hôtesse entra de nouveau pour prendre ses ordres. Après les lui avoir donnés de la manière qu'il jugea devoir être la plus agréable pour le bien de la maison , il lui demanda la permission de la retenir un moment.

« Je pense , madame , dit-il , si j'ai bien compris ces bonnes gens, que M. Bertram a perdu son fils dans sa cinquième année. — Oui, monsieur, il n'y a aucun doute à cela , quoiqu'on varie sur la manière dont il l'a perdu , car c'est une vieille histoire maintenant , et chacun la raconte au coin de son feu , à sa mode , comme nous le faisons. Mais que l'enfant ait disparu dans sa cinquième année , il n'y a pas là-dessus le moindre doute ; cette nouvelle brusquement annoncée à lady Ellangowan , alors enceinte , lui coûta la vie cette nuit-là même ; depuis ce temps , le laird ne réussit plus à rien , il fut négligent pour tout ; mais quand miss Lucy fut devenue grande , elle s'efforça de mettre de l'ordre dans sa maison. Mais que pouvait-elle faire , la pauvre enfant? Ainsi maintenant ils sont chassés de leur château et dépouillés de leurs biens. — Pouvezvous vous rappeler, madame, environ à quel temps de l'année l'enfant disparut ? » L'hôtesse , après un court silence et quelques réflexions , répondit c qu'elle était sûre que l'époque de l'année où avait eu lieu cet événement correspondait à celle où l'on était en ce moment; » et elle ajouta quelques souvenirs locaux qui fixaient la date dans sa mémoire comme environ au commencement de novembre 17...

L'étranger fit deux ou trois fois le tour du salon en silence, mais en faisant signe à mistress Mac-Candlish de ne pas le quitter.

« Si j'ai bien compris, dit-il, le domaine d'EUangowan est en tente ? — En vente ! il sera vendu demain matin , aux enchères pu-

M GUY HÂNMSRING.

bliques. Ce n'est pas demain matin , Dieu me protège ! car e'est dimanche; mais lundi , le premier joiir ouvrier. Tous les meubles seront mis en vente en même temps. C'est l'opinion de toute la contrée que la vente a été honteusement forcée , lorsqu'il y a si peu d'argent comptant en circulation en Ecosse , à cause des chances de la guerre avec l'Amérique , et cju'U y a quelqu'un qui veut jypir lj) t^rre à J>oi* cQmpte r te ijfcMP spjt d'eux, de me forcera parler ainsi! « y indignation de la ba»M dame s'allumait à la seule imposition de l'injustice.

« Et où la vente se fcra-t-elle? — Sur les lieux , comme le disent les affiches, à la maison d'EUangowan : c'est ainsi que je l'entends , monsieur. — Et qui est-ce qui donne connaissance des titras, des revenus et du plan? — Un Jiemme très honnête , monsieur , le substitut du shérif de ce comté , délégué par la saur des sessions. Il est justement dans le village aujourd'hui : si Votre Honneur veut le voir, il pourra vous en dire sur la perte de Fenfont pins que tout autre , car le shértf-député (qui est au dessus de lui) t'est donné beaucoup de peine pour découvrir la vérité de cette aflbire, comme je l'ai entendu dire. — Et le nom de ce gentleman est?... — Mae-Morlan, monsieur; c'est un hommp xpii a du caractère et dont on dit du bien. — Faites-lui présenter mes compliments, les compliments du colonel Mannering; joutez que je serais charmé qu'il voulût bien venir souper avec moi, et epperttf tons les papiers relatife à ce domaine. Je vous prie en outre, ma bonne danje , de ne parler de cel* à aucune autre personne. — Moi, monsieur ! je Q ? en dirai jamais jin mot. Je souhaite que Votre Honneur (die fit une révérence ) , un honorable gentleman qui a corn? battu pour son pays ( une autre révérence) , achète la terre, puisque la vieille famille ne peut la conserver (un soupir), plutôt que ee vil coquin de Glossin , qui s'est élevé sur les ruines du meilleur ami qu'il ait jamais eu. Et maintenant que j'y pense , je vais mettre mon capuchon et mes patins, et j'irai moi-même chez flf. Mac-Merlan; il est chez lui maintenant : il y a à peine un pas d'ici. —Allez, ma bonne dame, allez ; mille remerciments ! et dites à mondomesti» que de monter et de m'apporter en même temps mon portefeuille. »

En une ou deux minutes le colonel Mannering fut tranquillement assis devant une table avec tout ce qu'il lui fallait pour écrire» Nous avons le privilège de regarder par dessus son épaule pendant qu'il écrit , et nous communiquerons volontiers à 90s lect$ur$ ee que nous apprenons ainsi. La lettre était adressée à Arthur

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Msrvya Esq. , de Mervyn-Hall , Llanbratthwaite , dans le Westmoreland. Elle contenait quelques détails sur les voyages du colonel, depuis qu'il avait quitté sou ami , et elle continuait ainsi qu'il suit :

c Et maintenant ose reprocherez-vous encore m* mélancolie , Mervyn? pensez- vous qu'après un laps de temps de vingt-cinq ans, qu'après des batailles , des blessures , des emprisonnements , de» malheurs de toute espèce , je puisse être encore ee même Guy Mannering toujours gai, toujours vif, qui grimpait avec vous sur la Skiddaw, ou qui chassait les coqs de bruyère sur le Crossfell? Mais vous , qui êtes resté dans le sem de votre bonheur domestique, qui avez éprouvé peu de changement, que votre marche soit aussi légère et votre imagination aussi riante et aussi joyeuse , c'est un heureux effet de la santé et du earaetère , auquel se joint le contentement d'avoir doucement descendu le fleuve de la vie. Mais bbs carrière , à moi , a été semée de difficultés , de soupçons et (Terreurs. Dès mon enfonce j'ai été le jouet des accidents , et quoique un boa vent m'ait souvent conduit au port , je suis rarement arrivé dan* celui oà je désirais aborder. Laissez-moi vous rappeler, mais en quelques mots , les singuliers et bizarres événements de ma jeu* nesse et les malheurs de mon Age mèr.

< Les premiers , vous le savez , n'ont rien de très effrayant ; tout n'était pas pour le mieux , mais tout était supportable. Mon père. Sis aine d'une famille ancienne mais peu riche , me laissa pour tout héritage un nom à soutenir et la protection de ses frères plus fortunés que lui. Ils m'aimaient tant, qu'ils se querellaient presque pour moi.

« Mon oncle l'évèque aurait voulu me faire entrer dans les ordm, il m'offrait un bénéfice ; mon oncle le négociant voulait me placer dans une maison de commerce , et me proposait de me donner un intérêt dans sa maison , qui serait devenue celle de Manneriflg et Marshall, dans Lembard-Street. Ainsi, entre ces deux chaises, ou plutôt entre ces deux sièges doux, commodes, bien et oies, de prêtre et de commerçant, mon infortunée personne glissa, et tomba à cheval sur une selle de dragon. Alors l'évèque voulut me marier à la nièce et à l'héritière du doyen de Lincoln ; et mon oncle l'alderman me proposa la fille unique du vieux Slœthorn , gros marchand de vins , assez riche pour jouer et se servir, au jeu, de moidores pour jetons, et envelopper le fil dans des billets de banque ; je tirai mon cou de ces deux nœuds et j'épousai la praire*., la pauvre Sophie WeHwood.

« Vous me direz que ma carrière militaire dans l'Inde, lorsque j'y suivis mon régiment, me donna quelque satisfaction, et assurément c'est la vérité. Vous me rappellerez aussi que bien qu'ayant trompé les espérances de mes tuteurs , je n'encourus pas leur disgrâce ; que l'évèque , à sa mort, me légua sa bénédiction, ses sermons manuscrits et un portefeuille curieux contenant les portraits des premiers théologiens d'Angleterre , et que mon oncle sir Paul Mannering m'institua seul héritier et légataire de son immense fortune. Tout cela me fut peu utile : je vous dis que j'emporterai au tombeau l'aloès qui empoisonna la coupe de mon existence. Je vous en expliquerai la cause plus en détail que je ne l'ai fait quand j'étais sous votre toit hospitalier. Comme vous pourriez entendre raconter cet événement avec des circonstances différentes et contrôlées , je vais le retracer ici moi-même; mais , je vous en conjure 9 ne m'entretenez jamais , ni de mes chagrins , ni des causes qui les ont fait naître.

« Sophie, comme vous le savez, me suivit dans l'Inde. Elle était aussi innocente que gaie, mais , malheureusement pour nous deux, aussi gaie qu'innocente. Mes manières étaient en partie formées par les études que j'avais abandonnées, et j'avais des habitudes de retraite qui n'étaient pas tout-à-fait d'accord avec ma situation de commandant d'un régiment , dans ce pays où l'hospitalité est toujours offerte et réclamée par chaque colon du rang de gentleman. Dans un moment de presse extraordinaire (vous savez combien nous avons quelquefois de peine dans les Indes à recruter des Européens) , un jeune homme , nommé Brown, joignit notre régiment comme volontaire, et trouvant que le service militaire convenait mieux à son imagination que le commerce , où il était engagé , il resta avec nous en qualité de cadet. Laissez-moi rendre à ma malheureuse victime toute la justice qui lui est due. Il se conduisit avec une telle bravoure dans toutes les occasions qui s'offrirent, que l'on croyait bien que la première commission vacante serait pour lui. Je fus absent quelques semaines pour une expédition éloignée ; à mon retour, je trouvai ce jeune homme établi comme l'ami de la maison , et formant la société assidue de ma femme et de ma fille. Cet arrangement me déplaisait particulièrement , quoiqu'on ne pût trouver rien à reprocher à ses manières et à sa conduite ; et cependant j'aurais pu m'accoutumer à sa familiarité dans ma famille, me réconcilier avec lui, sans les insinuations d'un autre officier. Si vous avez lu en entier la pièce d'Othello,

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