CHAPITRE XV. III
Lorsque de part et d'autre il y a des qualités estimables, cette ttcke est toujours pénible : la circonstance présente la rendait doublement triste. Tous reçurent ce qui leur était dû, et même quelque chose de plus, et ils prirent codgé de leur jeune maîtresse, M la remerciant et en faisant des vœux pour son bonheur; quelques uns même répandirent des larmes. 11 ne restait plus dans le salon que Sominie Sampson, miss Bertram, et M. Mao-Morlan qui était yeou pour conduire Lue; chez lui. « Et maintenant, reprit la pamre fille , je dois foire mes adieux au plus ancien et au meilleur de mes amis. Dieu vous bénisse, monsieur Sampson, et vous rtf^ compense des bontés que tous avez eues en instruisant totre pauvre élève , et de l'amitié que vous aviez pour celui qui n'est plus! J'espère que j'*urai souvent de vos nouvelles. » Elle glissa dans sa main un papier qui contenait quelques pièces d'or, et se leva eorame pour quitter la chambre.
Dominie Sampson se leva aussi , mais il resta immobile comme frappa du plus grand étonnement. L'idée de sq séparer de miss Lucy, n'importe où elle allât, ne s'était jamais présentée à la simplicité de sou imagination. Il jeta l'argent sur la table. • Certaine* ment ce n'est point assez , dit Mac-Morlan se méprenant fur ses intenions, mais les circonstances... »
M. Sampson agita sa main avec impatience. « Ce n'est point Fintfrtt, ee n'est point l'intérêt ; mais moi qui ai mangé le pain de son père, qui ai bu à sa table pendant plus de vingt ans , penser qpe jq tee la quitter, et la quitter dans la détresse et dans la douleur! Non, pais? Luc;, nous ne l'avez jamais pensé I jous n'auriez pas consenti & chasser le pauvre chien de votre père : me traiteriez* yous plus mal que lui? Non, miss Bertram , tant que je vivrai, je ne me séparai point de vous. Je ne vous serai pas à ebarge , j'ai % pensé aux moyens d'éviter cela. Mais comme Ruth disait à Noémi : « Ne me Fie pa$ de te quitter et de me séparer de toi; «rçr <# tu ir^s j'irai , oi* tu habiteras j'habiterai ; tqp peuple sera w<>n PWRlç i çt ton Dieu serç* qon Dieu. Qù tu mourras je mourrai r et j'y serai ensevelie. » Que le Seigneur me fasse périr, et plus encore, s i autre çhosç que h mprt peut me réparer de vou* 1 »
Pendant c© discours , le plus iQp g q^'on eût jamais entendu prononcer à Pommie Samps<m , les yeux de cette pfiçctionpée créature ft*ien| lignés de |arme$> et ni Luey, ni Maq-Morlau , ne purent
%Rêçher de sympathiser ayec cet éelat Inattendu de sensibilité et d '%$tK>n. j Memie^r Sampsw , dit M«Htf«rtaad eprès aiofc mi
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recours alternativement à sa tabatière et à son mouchoir, ma maison est assez grande ; si vous voulez y accepter un lit tant que miss Bertram l'honorera de* sa présence , je me tiendrai très heureux d'y recevoir un homme de votre mérite et de votre fidélité. » Alors, avec une délicatesse qui avait pour objet de rassurer miss Bertram sur l'indiscrétion qu'elle aurait pu craindre de commettre en amenant avec elle cette suite inattendue , il' ajouta : « Mes affaires demandent souvent un meilleur arithméticien que mes clercs ne le sont, et je serais charmé d'avoir recours à votre aide pour cette besogne pendant quelque temps. — Assurément, assurément, dit vivement Sampson , je connais la tenue des livres en parties doubles , et selon la méthode italienne. »
Notre postillon était entré dans le salon pour annoncer que la chaise et les chevaux étaient prêts. Il avait été témoin de cette scène extraordinaire, sans qu'on prit garde à lui, et, de retour chez mistress Mac-Candlish , il jura que c'était la chose la plus touchante qu'il eût jamais vue; la mort de la vieille jument grise, pauvre bète ! n'était rien auprès de cela. Cette circonstance insignifiante eut dans la suite des conséquences de la plus grande importance pour Dominie.
Les visiteurs furent reçus avec une bienveillante hospitalité par mistress Mac-Morlan. Son mari lui annonça, à elle et à d'autres personnes, qu'il avait prié Dominie Sampson de l'aider à débrouiller quelques comptes un peu difficiles , et qu'il devait pendant ce temps résider dans sa maison , pour rendre cette occupation plus commode. La connaissance que M. Mac-Morlan avait du monde le porta à se servir de ce prétexte , sachant fort bien que quelque honorable que fût pour Dominie lui-même et pour la famille d'Ellangowan son inviolable attachement à miss Lucy, son extérieur désagréable ne le rendait pas propre à être l'écuyer d'une jeune demoiselle de dixsept ans, et qu'ils seraient tous deux exposés au ridicule.
Dominie Sampson^'acquittait avec un grand zèle de tous les travaux que M. Mac-Morlan lui confiait ; mais on observa bientôt qu'à une certaine heure , après le déjeuner, il disparaissait et ne revenait qu'au moment du diner. Le soir il s'occupait de sa besogne. Le dimanche il se présenta devant Mac-Morlan avec un air de triomphe , et mit sur la table deux pièces d'or. « Pourquo cela, Dominie? dit Mac-Morlan. — D'abord, c'est pour vous indemniser des dépenses faites pour mon compte , mon digne monsieur. Et, la balance établie, le reste sera pour l'usage de miss