CHAPITRE XXVI. f
Quelques personnes entrèrent dans l'eau f pour lui prêter leurs secours, et le poisson y qui se trouva de trente livres, fut tiré à terre.
La conduite du veneur avait frappé Brown : il n'avait aucun souvenir de sa figure, et ne pouvait concevoir pourquoi il évitait ses regards. Peut-être, pensa-t-il, est-ce un des coquins qui nous ont attaqués sur le chemin , quelques jours auparavant. Cette supposition n'était pas invraisemblable, quoiqu'elle ne fût appuyée sur rien qui pût faire reconnaître sa tournure ou ses traits ; mais les brigands portaient de grands chapeaux à bords rabattus, de grandes redingotes , et il n'avait pu remarquer leur taille au point d'assurer que cet homme était avec eux. il résolut d'en parler à son hôte; mais des raisons particulières lui firent penser qu'il vaudrait mieux différer les éclaircissements jusqu'au lendemain matin.
Les pêcheurs revinrent chargés de poisson ; on avait tué plus de cent saumons. Les plus beaux furent offerts aux principaux fer* miers ; on partagea les autres entre leurs bergers , leurs laboureurs, leurs domestiques , à tous ceux enfin d'un rang inférieur , pour qui ce poisson , séché à la fumée de tourbe de leurs chaumières ou de leurs huttes, formait un savoureux supplément au plat de pommes de terre et d'oignons qui faisait leur principale nourriture pendant l'hiver. On y ajouta une libérale distribution d'ale et de whisky, indépendamment d'une chaudronnée de poisson, c'est-à-dire deux ou trois saumons bouillis pour leur souper. Brown accompagna son joyeux hôte et le reste de ses amis dans l'immense cuisine enfumée» où un repas appétissant était préparé sur une table de chêne qui aurait été assez grande pour le diner de John Armstrong et sa bande. Bientôt on n'entendit que cris de joie, que huzza, que plaisanteries et rires bruyants , bravades et railleries. Notre voyageur jeta les yeux autour de lui , en cherchant la figure sombre du veneur, mais il ne l'aperçut pas.
A la fin , il se hasarda à faire une question sur son compte : < Mes amis , dit-il , il est arrivé un accident à l'un de vous , qui a laissé tomber sa torche dans l'eau lorsque son compagnon luttait avec cet énorme saumon. — Un accident! dit en levant les yeux un jeune berger (celui-là même qui avait harponné le saumon) ; il mériterait d'être battu pour avoir laissé tomber la lumière quand l'épieu d'un autre avait frappé le poisson ! Je suis convaincu que Gabriel a jeté exprès les roughies ' dans l'eau ; il n'aime pas voir quelqu'un faire
1» Lorsque pour chasser à U lumière sur l'eau on se sert de bois a ee ou 4e braav
•UT MAHMUHft* M
itt GUY MANNEflING.
mteti* que lui. — Oui , dit un autre , il est sens doute tout honteux, éar nbûs l'aurions tu tei ce soir : Gabriel aimé les bonnes choses autant qu'aucun de nous. — Est-il de ce pays? demanda Brown. — IffeU , nbn , il y a lr« peti de teihps <f d'il est ici ; mais é'efet hri exêfellent eHftsfcetth il vient des environs du comté dé Dumfrfes. — Et quel est san nom , je vbûs prie? — Gabriel... — Mais Gabriel qui ? — Oh ! Dieu le sait... nous ne nous embarrassons pas beaucoup des sûrnofeis Ici ; le même sert frour tout une famille. — Vous Voyez , monsieur , dit un vieux berger en ste levant et eh partout très haut * les gens qui sont ici sont tous des Âftristrong et des Elliot * ; et les fermiers, pour se distinguer, prennent le nom des endroits où ils demeurent : ainsi , par exemple , Tom de Todshaw s Will du Fiat, Hobbie de Sorbietrées, et notre bon maître que voilà, de Charlies-Hope. Eh bien, monsieur ! votas observerez que tes gens dfe la telassé inférieure sont connus par des sobriquets, comme Glack et thrîstie et Davte du Dehke , ou encore d'après leur emploi , domttie Gabriel du renard , ou Gabriel le veneur . Il n'y pas îongfcetaps qu'il demeure ici, monsieur, et je ne pense pas que personne le connaisse sôus un autre nom. Mais il n'est pas bien de parler de fui en arrière , car c'est un habile chasseur, quoiqu'il ne soit petrtfctre pas tout-à-fâit aussi fort nu waster que quelques uns d'entne nous. »
La conversation continua encore quelque tempe, toute décousue, et les maîtres se retirèrent pour achever la soirée à leur manière, laissant leurs inférieurs se livrer à la joie que leur présence avait arrêtée. Cette soirée , comme toutes celtes que Brown avait déjà Tues à Charlies-Hope , se passa dans une innocente gafté et dans les doncenrs de la table. Ces dernières même auraient peut-être été «poussées jusqu'à l'excès , sans les bonnes ménagères ; car plusieurs mistress du voisinage (terme qui ici avait urie signification bien plus étendue que celle qu'on lui donne dans le grand monde) s'étaient rassemblées à Charlies-Hope pour voir le résultat de œtte soirée mémorable. Trouvant qu'on remplissait trop souveftt le bol de ;pnnch , et qu'elles couraient grand -danger d'être oubliées , malgré
ches pttur entretenir le feu , on les appelle roughie*; mais lorsqu'on emploie des haillons trempés dans le gondron , on les appelle hards , probablement do français kardet»
I. La distinction fies individus par des surnoms , lorsqu'ils n'ont point de propriété , est encore nn usage commun sur la frontière et vraiment nécessaire , car le qrtne nom t»tpor té^àrbon nombre de personnes.