CHAPITRE XXVL
leur présence, elles attaquèrent valeureusement les joyeux buveurs, sous la conduite de la bonne Aylie ; et Vénus eut bientôt mis Bacchus en déroute. On vit paraître un joueur de violon et un joueur de flûte, et on passa gaiment une partie de la nuit à danser au son de leur musique.
Le lendemain, une chasse à la loutre, et le surlendemain une chasse au blaireau, firent joyeusement passer le temps. J'espère que notre voyageur ne perdra pas dans l'estime du lecteur, quelque grand chasseur qu'il puisse être , lorsqu'il saura que, dans la dernière chasse, le jeune Pepper ayant eu la patte de devant coupée et dans la seconde Mustard ayant été presque étranglé, il demanda à M. Dinmont comme une laveur personnelle et toute particulière de laisser le pauvre blaireau, qui avait fait une si belle défense, se retirer à son terrier sans qu'on le poursuivit davantage.
Le fermier, qui probablement aurait accueilli cette proposition avec dédain de la part de «toute autre personne , se eoutenta seulement d'exprimer son étonnement à Brown. « Eh hien, dit-il , c'est une idée assez bizarre ! mais puisque vous prenez çon parti , du diable si un chien l'attaque de nouveau pendant ma vie ; je le marquerai , et je l'appellerai le Blaireau du capitaine. Je suis charmé de vous obliger; mais par Dieu ! comment peut-on s'intéresser à un blaireau ? •
Après une semaine consacrée ainsi à des amusements champêtres, et après avoir reçu l'accueil le plus franc et le plus amical de son bâte, Brown fit ses adieux aux rivages du Liddel et à la demeure hospitalière de Charlie6-Hope. Les enfants, dont il était devenu l'ami et le favori , crièrent en chœur à son départ , et il fut obligé de promettre vingt fois qu'il reviendrait bientôt leur jouer sur son flageolet les airs qu'ils aimaient tant , jusqu'à ce qu'ils les eussent appris par cœur.
« Revenez , capitaine , dit une petite Me bien joufflue , et Jenny sera votre femme. » Jenny avait environ onze ans ; elle courtit se cacher derrière sa maman.
i Revenez, capitaine, dit une petite joufflue âgée de six ans, et en avançant la bouche pour être embrassée , c'est moi qui serai votre femme. »
« Il faudrait être d'une argile plus dure que je ne le suis , pensa Brown, pour quitter de si bons cœurs avec indifférence. > La bonne dame aussi vint, avec la modestie d'une femme et cette simplicité affectueuse qui distinguait l'ancien temps, offrir sa joue
à son hôte. « Ce que nous pouvons faire pour vous, dit-elle, est bien peu de ehose en vérité , mais cependant s'il y avait quelque chose... — Eh bien! ma chère mistress Dinmont, vous m'enhardissez à vous faire une demande : voudriez-vous avoir la bonté de me tisser et de me travailler un plaid gris pareil à celui que porte votre mari ? • Durant le peu de temps de son séjour, Brown avait étudié le langage et les mœurs du pays, et il savait le plaisir que causerait sa demande.
« Il faudrait donc qu'il n'y eût pas de laine chez nous , dit la bonne femme toute joyeuse, pour que vous n'en ayez pas un aussi bon que tisserand en ait jamais fait. Je parlerai demain matin à John Goodsire, le tisserand de Castletown. Adieu, monsieur, etpuissiezvous être aussi heureux que vous désirez que les autres le soient! C'est un souhait qu'il ne conviendrait pas d'adresser à quelques personnes. •
Je ne dois pas oublier de dire que notre voyageur laissa Wasp, son fidèle basset, à Charlies-Hope pour la saison ; il prévoyait que ce serait pour lui un compagaon embarrassant, dans le cas où il serait forcé d'avoir recours au secret et au mystère. Il le confia donc aux soins du fils aîné, qui lui promit, en se servant des paroles d'une vieille chanson , qu'il aurait
« Moitié de ton souper et moitié de ton lit , »
et qu'il ne serait engagé dans aucun de ces passe-temps périlleux où la génération des Pepper et des Mustard avait éprouvé tant de mutilations. » Brown fit donc ses adieux pour quelque temps à son petit basset , et se disposa à partir.
C'est une bizarre habitude que celle de monter. à cheval dansées montagnes : chaque fermier est souvent en selle tout une journée. Probablement retendue des pâturages, et la nécessité de les surveiller sans cesse, ont introduit cette coutume, qu'un antiquaire zélé ferait remonter au temps du Lay du dernier Ménestrel ', lorsque vingt mille cavaliers étaient assemblés à la lueur du feu de signal. Toutefois le fait est incontestable; ils aiment à aller à cheval , et il serait difficile de les convaincre que Ton vo)age à pied par un autre motif que par économie ou par nécessité. Dinmont
1. Lenteur anglais observe ici qu'on trouvera peut-être étonnant qu'il cite >>>mSmè ton outrage; mais il ajoute que Guy Mannering fut publié tans ton i oro, el que , pour le mieux cacher, il s'était serti de celle nue : il donne la même exctiU poux d'autres passages semblables, a. m.