CHAPITRE XXVII
XBG MBRRIURS REPARAIT*
S'il y t quelque compuilon en tof , tourne «moi lt têt* afin eue Je ptiii e mourir. JohabRa Biillii.
Notre voyageur loua une chaise de poste dans l'endroit où il se sépara de Dinmont , avec le projet de se rendre à Kippletringan et de s'informer de la famille de Woodbourne avant de se hasarder à foire connaître à miss Mannering sa présence dans le pays. La distance était de dix-huit ou vingt milles , et il fallait pour ainsi dire passer à travers champs. Pour ajouter aux inconvénients du voyage, la neige commençait à tomber avec abondance. Le postillon cependant courut pendant plusieurs milles sans montrer ni doute ni embarras. Ce ne fut que lorsque la nuit fut tout-à-fait close qu'il manifesta quelque crainte de n'être pas dans le bon chemin. La neige, qui continuait de tomber, augmentait d'autant plus ces craintes , qu'elle fouettait sur la figure du postillon , et , blanchissant tout autour de lui, contribuait doublement à lui foire perdre la connaissance qu'il avait du pays et à diminuer la chance de se remettre dans la bonne voie. Brown alors sortit de la voiture et jeta les yeux autour de lui, sans autre espoir, comme on doit le penser, que de découvrir quelque maison où il pût aller demander le chemin. N'en voyant aucune, il ne put que dire au postillon d'avancer promptement. Ils étaient au milieu de plantations d'une étendue et d'une épaisseur considérables , ce qui fit conjecturer à notre voyageur qu'ils ne pouvaient être loin de quelque château. Enfin, après environ un mille d'une marche pénible , le postillon s'arrêta , et protesta que ses chevaux ne voulaient plus bouger ni faire un pas en avant ; « mais il voyait, dit-il, à travers les arbres, une lumière qui devait venir d'une maison ; et c'était là seulement qu'on pourrait savoir la route qu'il fallait prendre. > En conséquence il descendit de cheval , embarrassé de son large manteau, et d'une paire de bottes qui auraient pu le disputer en épaisseur au bouclier recouvert de sept feuilles de cuir que portait Ajax. Comme il allait entreprendre son voyage de découverte dans ce costume, Brown , ne pouvant maîtriser son impatience , s'élança hors de la chaise , lui dit de rester auprès des chevaux , et qu'il irait lui-même à la maison qu'on apercevait , arrangement auquel il se soumit très volontiers.
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Notre voyageur allait } tatous le long 4a l'endos d'ojl partait la lumière , pour trouver quelque moyeu d'en approcher $ enfin , *prft quelques minutes de marche, il trouva que ouverture dans juif baie et un «entier qui traversait la plantation , très étendue en ej$ endroit. Ce sentier paraissait se diriger vers la lumière qui était l'objet de ses recherche» , et Brown marcha dans cette direction ; mais bientôt elle fut masquée par des arbres. L$ sentier , qui , à rentrée du bois à travers lequel il serpentait, paraissait large et bien tracé, devenait alors à peine visible, quoique la blancheur de lu neige projetât un léger reflet de lumière. Se dirigeant donc du mm* qu'il put dans les parties les moins fourrées du bois , il fit nu m^le environ sans découvrir de nouveau la lumière ou rien qui reçsemr Mât à une habitation. Néanmoins il crut qu'il valait mieux ençorp avancer toujours 4&us la même direction : la lumière qu'il avait aperçue , trop transparente pour être un feu follet , devait sûrement partir de la hutte d'un garde forestier. Le terrain finit par devenir raboteux , et formait une pente rapide ; Brown , pensant suivre ce qui avait été du moins autrefois un sentier , maintenant très inégal 9 fit une ou deux chutes occasionnées par des inégalités du sol que la neige l'empêchait d'apercevoir , ce qui le décida l retourner sur ses pas : d'ailleurs la neige à laquelle, dans son impatience, il n'avait pas bit attention,, tombait plus épaisse et avec plus de rapidité.
Cependant il voulut tenter un dernier effort et avança eneore quelques pas : à sa grande satisfaction , la lumière reparut k m $ petite distance , et il jugea qu'elle était de niveau avec lui. Cette dernière conjecture était fausse 9 car le chemin continuait à descendre si rapidement, que Brown pensa bientôt qu'il y avait un grand creux ou un ravin entre lui et l'objet de ses recherches. Marchant donc avec plus de précaution encore, il#escendit jusqu'au fond d'un vallon escarpé et très étroit à travers lequel serpentait un petit ruisseau dont le cours était presque arrêté par la neige , et se trouva enfin au milieu des ruines de chaumières dont les poutres noircies, rendues plus visibles par le contraste de la surface blanchje de la terre , étaient encore debout. Les murs des côtés avaient depuis long-temps cédé aux ravages du temps , et entassés en monceaux informes que couvrait la neige , ils arrêtaient à chaque pas notre voyageur. Il ne se rebuta pourtant pas , traversa le ruisseau après plusieurs tentatives pénibles et dangereuses , atteignit le côté opposé , malgré son escarpement , et se trouva enfin devant le bâtiment d'où partait la lumière.
ÏÈS GUY MANNERING.
Elle était si faible , qu'il lui fût difficile de reconnaître la nature de cet édifice. Il paraissait être un bâtiment carré, d'une moyenne grandeur , dont la partie supérieure était entièrement en ruine. Peut-être ce bâtiment avait-il été , à une époque reculée, l'asile de quelque petit propriétaire , ou un lieu de refuge et de défense en cas de nécessité pour un personnage plus important. La voûte de l'étage inférieur subsistait encore , et formait le toit de l'édifice. Brown s'avança vers le lieu d'où venait la lumière. C'était une longue et étroite fenêtre ou meurtrière comme on en trouve dans les vieux châteaux. Curieux de reconnaître l'intérieur de cette étrange demeure avant d'y pénétrer, Brown regarda par cette ouverture et découvrit une scène de désolation. Un grand feu était allumé au milieu de la chambre , et la fumée dont elle était remplie s'échappait par une ouverture pratiquée au haut du plafond. Les murs, qu'éclairait une sombre lueur, semblaient appartenir à une ruine de deux ou trois siècles au moins. Un ou deux tonneaux , des malles brisées et plusieurs ballots , étaient pêle-mêle dans l'intérieur. Mais ce qui attira surtout l'attention de Brown, ce furent les habitants. Sur un grabat de paille recouvert d'une seule couverture , gisait un homme tellement immobile, que Brown l'aurait pris pour un cadavre s'il eût été couvert des vêtements qui annoncent la mort. Un second coup d'œil lui fit voir que bientôt ce ne serait plus qu'un cadavre, car il entendit un de ces soupirs rauques , pénibles et entrecoupés, qui précèdent la séparation de lame d'avec le corps. Une femme vêtue d'une longue robe était assise sur une pierre à côté de cette misérable couche, ses coudes appuyés sur ses genoux , et sa figure, que la lumière d'une lampe de fer , placée derrière elle , n'éclairait pas , tournée vers celle du moribond. De temps en temps elle lui mouillait les lèvres avec une liqueur contenue dans un vase à demi brisé ; dans les intervalles , elle chantait à voix basse et sur un ton monotone une de ces prières, ou plutôt un de ces charmes que, dans quelques parties de l'Ecosse et dans le nord de l'Angleterre, le vulgaire et les ignorants ont coutume de réciter pour aider l'esprit à quitter le corps , comme on emploie le son des cloches dans l'église romaine. Elle accompagnait ces chants funèbres d'un balancement de corps, comme si elle eût voulu marquer la mesure par ce mouvement. Les paroles étaient à peu près ainsi :