‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 18 sur 76 · I.YIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

I.YIII INTRODUCTION

lesquels excellent legaiac et le vif argent, de tant qu'il cerche l'ennemi quelque part qu'il soit, et le chassent tant par le haut du corps que par le bas et le milieu. »

Ces pièces sont suivies dans le registre d'un autographe de Patin. « C'est, dit Sue, le discours que Patin prononça à l'Assemblée de la Faculté pour justifier la radiation de Philippe Chartier du tableau des docteurs. Malgré la plaidoirie de Patin, 92 docteurs sur 102 furent d'avis dans l'Assemblée du 29 mars 1666 d'admettre le vin émétique au rang des purgatifs officiels. »

Il est difficile d'accumuler en si peu de lignes autant d'erreurs grossières; on va en juger.

La pièce en question débute ainsi :

« Messieurs. — La Faculté de Médecine de Paris, pour laquelle je parle comme doyen, ne manque pas de raisons très valides et très bonnes contre son adversaire M. Jean Chartier.

Dès ce début il apparaît clairement que :

i° Patin parle comme doyen de la Faculté. — Ce ne peut donc être qu'en 1 65 1 ou i652 et non pas en 1066.

20 Patin parle en français. — Ce n'est donc pas un discours au conseil de la Faculté, car le doyen y prononçait ses discours en latin.

3° Il s'agit de Jean Chartier et non pas de Philippe.

« Luy et son avocat, continue Patin, ont changé l'état de la cause et on dit beaucoup de choses qui ne servent ici de rien, et qui ne sont point au subjetdont il va controverse entre la Faculté de Médecine et Jean Chartier.

« Ils ont parlé de l'antimoine comme d'un très excellent médicament parce que le prétendu libelle dont il est question traite de l'antimoine ; mais, Messieurs, ce n'est pas ce qui nous meine. Que l'antimoine soit bon

INTRODUCTION LIX

ou non, il n importe pour le présent ; ce n'est point icy que la question se peut décider, ni le lieu de débattre cette controverse. Je vous diray donc ce que c'est, Messieurs, si vous m'accordez tant soit peu de temps à parler. C'est qu'en tous temps, .Messieurs, par les loix de notre Eschole il est défendu à qui que ce soit de nos collègues de rien imprimer nv mettre au jour qui n'ait l'approbation ou tout au moins le consentement de toute l'Eschole. »

Si nous consultons le tableau des docteurs régens du 4 novembre i65i, seconde année du décanat de Patin, nous trouvons aux feuillets 440 et .441 verso du XIIIe registre des Commentaires :

Renatus Chartier, Med. regius, au 4e rang, et Joanes Chartier, Prof, regius, au 60e.

Mais il n'existe pas de Philippe Chartier à cette date. Ce second fils de René ne parvint à la régence que plus tard ' , ce qui fournit à Patin l'occasion de faire cet excellent jeu de mots, Philippe Chartier étant mort le 25 août 1669 : « J'ai vu le père, les deux fils qui tous trois sont passés. De ces trois on n'auroit sçu en faire la moitié d'un bon médecin. Mais en ce monde les ânes et les chevaux meurent aussi bien que les mulets et les chartiers. »

L'année suivante, René Chartier figure toujours à son rang au tableau, mais Jean a disparu de la liste, qui ■est suivie de la mention :

No t ami 11 m autan in hoc postremo nomenclature Mag. Johann is Chartier expunctum fuisse nomen, ex decreto scholœ, die 28 Augusti i65i, propter quod

1. 11 était camarade de licence de Charles Patin en i656, •et avait été classé avant lui dans le rôle des licenciés.

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litigarel adversus Facultatem, nec obtemperare vellet decreto latoanno t65t die 12 j'unii.

La réalité des laits est la suivante :

Jean Chartier avait publié, sans s'assurer de l'approbation de la Faculté, un ouvrage sur l'antimoine. Patin, devenu doyen, raya le coupable du tableau des régents. Jean Chartier dut attaquer cette décision au Parlement, et la pièce du manuscrit 237 que Sue prend pour un discours à la Faculté n'est autre que le brouillon de la plaidoirie que Patin prononça devant la Cour pour défendre la cause de la Faculté, ou pour mieux dire sa cause personnelle. Il n'obtint pas le même succès que contre Renaudot en 1642, et les apothicaires en [6 (.6.

Sue commet une nouvelle erreur lorsqu'il dit que c'est dans la séance du 29 mars t666 que la Faculté rétablit le vin émétique au Codex. Les Commentaires de la Faculté montrent que la séance à laquelle Sue fait allusion eut lieu en 1 556 et non en i566*. Patin dut y

1 . Le tome XIV des Commentaires de la Faculté ofîre pour cette séance une particularité sans doute unique.

L'approbation des comptes du décanat de de Bourges pour l'année 1 656 est faite aux feuillets i3<S verso et i3q. .Mais le 1 3g verso se trouve collé au feuillet 140. Un main curieuse et malhabile a tenté de séparer les deux feuillets sans y réussir; on peut néanmoins se rendre compte que ce feuillet i-to comportait la transcription, de la main du doyen de Bourges, d'un arrêt du Parlement.

Le Vignon, doven en 1666, est venu plus tard transcrire de sa main, cet arrêt frauduleusement supprimé, et il y commet cette inadvertance de le dater de 1666, année où il écrit, au lieu de i656.

Voici copie de la partie de cet arrêt qui témoigne que, pendant son décanat. Patin n'arriva pas à faire ratifier par la Cour la radiation de Jean Chartier.

Extrait des Registres du Parlement. Veu par la cour la requeste à elle présentée par Jehan

INTRODUCTION LXI

répondre à la plainte formulée par Jean Chartier contre la tentative qu'il avait faite, étant doyen, de modifier le Codex de sa propre autorité, puisque la Faculté j

Chartier escuyer, docteur régent de la Faculté de .Médecine de Paris, et professeur de .Médecine au Collège de France à ce que, pour les causes y contenues, tout ce qui avoit été faict aux Escholes le 29 décembre dernier lût cassé et révoqué comme attentat, nouvelles deffences faictes à Maistre Guy Patin, doyen à la Faculté de .Médecine et aux docteurs qui ont été nommés et à tous autres de procéder à la réformation du Codex qui contient le nombre de tous les remèdes dont les médecins de Paris se peuvent servir, lequel a esté faict en l'an 1 638 par le suffrage de tous les Docteurs de laditte faculté solennellement assemblée et de rien attenter ou innover à peine de cassation, 3.ooo francs damande et de toutes pertes, dépens, dommages et intérêts contre ledict Patin et les dits docteurs prétendus nommés en leurs propres et privés noms: veu aussy les pièces attachées à laditte requeste, conclusion du Procureur général du Roy, tout considéré, laditte cour a ordonné et ordonne que sur les appellations interjettéès par ledict suppliant les parties auront audiance au premier jour ; cependant toutes choses demeureront en estât.

Faict en Parlement le 4 janvier [652.

Cet arrêt étant de janvier i652, et la condamnation du [5 juillet iô53, Patin arriva à retarder jusqu'en [656 la décision solennelle de la Faculté.

Je dois à mon confrère, Paul Delalain, la communication d.s renseignements complémentaires qui suivent sur cet arrêt du Parlement, et la condamnation de Patin.

« L'an mil six cent cinquante deux, le quatrième jour de janvier fut le présent l'arrêt ci-dessus; signifié et baillé copie audit Maistre Guy Patin, Docteur régent en la l'acuité de .Médecine, son domicile, parlant à un petit garçon habillé de gris, qui m'a dit luy appartenir et ne m'a voulu dire son nom. à ce qu'il n'en ignore tant pour luy que pour les autres .Médecins. »

« Un arrêt de la Cour du Parlement du [5 juillet [653 condamne Guy Patin en 48 livres parisis envers Jean Chartier pour toute réparation, dommages et intérêts; enjoint aux dits Guv Patin, Germain Hureau et Daniel Arbinet, doc-

L\ll INTRODl CTION

avait admis le vin cinétique depuis le décanat de Gabriel Hardouin de Saint-Jacques en 1637-1 *538.

Cette plaidoirie de Patin à la Cour est suivie de lutteurs régents en la Faculté de .Médecine, d'obéir à l'avenir aux arrests de la Cour... fait défenses à Guy Patin de méfaire ni médire ledit Chartier en la jouissance des droits de docteur régent en ladite Faculté de Médecine, le tout à peine d'amende arbitraire ; ordonne qu'aux frais et dépens dudit Patin le nom dudit Chartier sera remis au tableau des docteurs de ladite Faculté, condamne icelui Patin aux deux tiers des dépens du procès et lesdits Hureau et Arbinet en l'autre tiers, chacun à leur égard envers ledit Chartier. «

L'étude de la collection des thèses soutenues à la Faculté au cours du dix-septième siècle nous a fourni sur la psychologie de Jean Chartier des documents assez curieux.

Chartier aimait à plier l'échiné devant les puissants. Sa thèse du 7 mars 1 633 est dédiée au cardinal de Richelieu, et reproduit les armes de son protecteur. An comatosus testari potest? La conclusion est affirmative.

Le r" décembre suivant, il frappe encore plus haut et dédie sa thèse au Roi lui-même, en l'ornant des armes de France et de Navarre. Chartier est, je crois, l'inventeur du procédé, et il a eu peu d'imitateurs. C'est que, contrairement au proverbe, il valait mieux alors s'adresser aux saints qu'au bon Dieu. Le résultat était plus tangible.

La thèse dédiée au roi conclut : Ergo tertianâ febricitanti cerasa non armeniaca. Chartier recommande les cerises en compotes, mais non les abricots, et de plus il défend expressément les pêches. Persicorum ont ne genus vitandum.

Comment se fait-il que, pratiquant ainsi l'art de flatter les grands, Jean Chartier fût toujours dans la misère, « gueux comme un peintre », dit Patin, et logé par charité au Collège de France ! C'est un mystère.

11 ne faudrait pas croire d'ailleurs que la petite minorité tapageuse qui avait voulu fermer la porte à l'antimoine se tint pour battue après l'inscription aux Registres de l'Arrêt du Parlement. Nous en voyons la preuve dans la Collection des thèses de la Faculté.

Le 27 mars 1668, Cabriel Dacquet soutenait une ihè^e

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