Lettre à Falconet, 4 novembre :65o
XII 1NTK0IHCTI0N
ifai '" ni * I * [ * i^i
et lo,virguncula in juvencam transformata, etc serf
est. »
Le /afin rfarw les mots brave l'honnêteté, a dit un satirique plus notable que Patin, mais moins malveillant.
Le stvle des lettres de Patin est naturel ; mais a-t-il beaucoup d'autres qualités ? C'est simplement ce qu'au dix-septième siècle on appelait un style d'honnête homme, et vous croisez dans la rue cent individus, dont pas mal du sexe féminin, qui seraient, à mon avis, s'ils en avaient le goût et le loisir, capables d'entretenir une correspondance ayant à peu près la tenue de celle de Patin, surtout si on la laissait vieillir en rayons plus de deux siècles.
Sainte-Beuve a été trop bienveillant quand il a écrit : « On rencontre dans ces lettres les bons mots l, les nouvelles du jour, force détails curieux sur la littérature et les savants du temps, surtout un tour dégagé et naturel, des traits libres et hardis qui peignent au vif l'esprit et le génie de l'auteur ; c'est une conversation sans nul apprêt, sans prétention aucune 2, enjouée souvent ; ce sont les confidences d'un ami à un ami ; elles sont pleines de crudité, de passion, de grossièreté quelquefois, de bon sens souvent, d'humeur et de sel de toute sorte. »
i . Les bons mots nous ont paru plutôt rares et pas de premier ordre dans les lettres de Patin. La pointe ne semble pas lui avoir été familière, en français du moins ; il la cultive au contraire beaucoup en latin. Quant aux traits de gauloiserie, ils sont tout à fait exceptionnels. Le seul dont nous ayons souvenir et qui est d'ailleurs assez grossier, se trouve mis par notre auteur au compte de Bassompierre.
2. Sans prétention littéraire, s'entend. Car Patin est toujours sur la brèche pour afficher sa prétention de posséder seul le secret de la vraie médecine.
INTRODUCTION XIII
Émettre une appréciation contraire à celle de Sainte- Beuve pourra paraître à beaucoup mériter les verges : néanmoins m'interdira-t-on de reprocher à cette appréciation du grand critique un excès d'indulgence? Il ne semble pas avoir été frappé des deux principaux défauts de Patin, l'éternel radotage et la rosserie féroce pour tout ce qui n'est pas son opinion personnelle. Nul certes plus que Patin n'a contribué à mettre en valeur l'adage : Invidia medicorum pessima.
Ne se sent-il pas bien morveux quand il écrit: « Quelques-uns disent : Son est invidia supra Medicorum invidiam.ïe pense qu'il vaut mieux dire : Mendicorum. On dit qu'il y a trois métiers sujets à l'envie. Je crois bien qu'il y en a pour le moins trois : les Moines, les Mendians, et les Marchands l. »
« Guy Patin, dit dans ses Mélanges d'histoire et de littérature Vigneul de Marville, qui fut son contemporain, étoit satirique depuis la tête jusqu'aux pieds. Son chapeau, son collet, son manteau, son pourpoint, ses chausses, ses bottines, tout cela faisoit nargue à la mode, et le procès à la vanité. Il avoit dans le visage l'air de Cicéron, et dans l'esprit le caractère de Rabelais. Sa grande mémoire lui fournissoit toujours de quoi parler, et il parloit beaucoup. Il étoit hardi, téméraire, inconsidéré, mais simple et naïf dans ses expressions.»
Ce portrait nous parait plus vécu que celui de Sainte- Beuve, et il n'y a là rien d'absolument surprenant, étant donnée sa date.
Patin haïssait la foule tant au physique qu'au moral. Il cite parfois Horace et aurait été fondé à lui emprunter ce début du troisième livre des Odes, comme tant d'autres l'ont fait :
Odi profanum vulgu* et arceo.
i. Lettre à Falconet, 16 aoust i65o.
XIV INTRODUCTION
A maintes reprises, il témoigne de son horreur du bruit, et il se félicite de demeurer dans son élude en compagnie de Galien et de Fernel, pendant que les imbéciles se livrent bruyamment dans la rue aux délices de Caréme?prenant.
«* Je m'estime mille fois plus heureux que lui (Mazarin) étant enfermé en bonne compagnie avec mes maîtres muets, tandis que j'entens les danses et les violons chez nos voisins qui se réjouissent du Carnaval et qui ne croiroient pas que le Carême fût venu s'ils n'avoient fait les foux tous ces jours gras1.
« Ces spectacles publics ne me touchent pas; ils me rendent mélancolique, moi qui suis naturellement joyeux et gai, au lieu qu'ils réjouissent les autres.
« Je fus ce jour-là quelque peu de temps davantage dans mon étude et m'y employai assez bien.
« Si vous me condamnez, je vous promets que la première fois que le Pape viendra à Paris, j'iray exprès jusqu'à la rue Saint-Jacques au-devant de lui, où je l'attendray chez un libraire, en lisant quelque livre ; et ce ne seroit encore que pour vous complaire; car à vous dire la vérité, si le Roy Salomon avec la reine de Saba faisoient leur entrée avec toute leur gloire, je ne sçay si j'en quitterais mes iivres2. »
Malgré cette misanthropie larvée, il semble avoir été travaillé à une certaine époque de l'ambition de devenir doyen : peut-être même, lorsqu'il rêvait à ce succès, ne sut-il pas bien se garder d'imiter les mines du Renard devant les Meures, comme dit Nicolas Rapin dans la Harangue de M. le Recteur Rose, une des meilleures pièces de la célèbre Satire Menippée.
Dans sa lettre du 26 novembre 1642 à Charles Spon,