‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 23 sur 76 · I. — Médisances · texte numérisé non relu

I. — Médisances

et calomnies professionnelles

«9e» 2 mars 164S. — M. de Bourdelot se gardera bien d'écrire de la digestion. Il t'ait comme font les évèques de France, à ce que dit Du Moulin ' : il quitte et quittera toujours hardiment la Lettre dominicale pour s'arrêter au Nombre d'or.

«3e» H mars 1 644. — M. Merlet lit un faux pas sur une montée, dont il pensoit s'être rompu la jambe, mais il n'y avoit que le péroné un peu luxé. Les rieurs disent qu'il eut mieux fait de se rompre le col : ce sera pour une autre fois quand il plaira à Dieu de délivrernotre échoie d'un terrible patelin .

(1) Célèbre ministre protestant. La présence d'un libelle signé de son nom. CAnatomie de la Messe, dans la bibliothèque de Charles Patin, valut, à ce beau mâle, selon la légende, une condamnation aux galères voir l'Introduction, p. li .

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8 mars i(>44- — La Cour confirmant la sentence du Châtelet ordonna que le Gazettiercesseroit

toutes ses conférences et consultations charitables. tous ses prêts sur gages, et autres vilains négoces, et même sa chimie, de peur, a dit M. Talon, que cet homme, qui a tantd'envie d'en avoir par droit et sans droit, n'ait enfin envie d'y faire de la fausse monnoye.

<=§=> g may 1645. — Pour vos médecins qui sçavent leurrer le peuple, vous n'avez qu'à dire ce que j'ai ouï direautrefois à un de nos anciens//? /w/ casu. C'était un chevalier de Malthe qui avoitla petite vérole: il désiroit surtout de ne pas perdre ce peu qu'il avoit de barbe par ce vilain mal. Un des nôtres, qui est M. Cornuty, pour le consoler, lui promit d'une opiate qui lui conserveroit sa barbe ou. en cas de nécessité, lui en teroit venir d'autre. M. Riolan l'anatomiste voyant cette opiate me dit : « Hic et alibi venditur piper. »

Ce Cornutv se mêle de leurrer aussi bien que beaucoup d'autres.

11 y a ici un Minime, frère Fredon qui promet de guérir toute sorte de maladies, et surtout aime à traitter des femmes ; mais il ne réussit ni à l'un ni à l'autre, car il est assez vieux et fort ignorant.

<=^=> 7 avril 1645. — Van Helmont étoit un méchant pendard Flamand, qui est mort enragé depuis quelques mois. 11 n'a jamais rien fait qui vaille : j'av vu tout ce qu'il a fait. Cet homme ne nié-

ditoit qu'une médecine toute de secrets chimiques et empiriques et pour la renverser plus vite, il s'en servoit fort contre la saignée, faute de laquelle il est mort phrénétique.

i(> novembre 1045. — Deux docteursdenotre compagnie travaillèrent à l'apologie de Théodore Mayerne Turquet, Seguin, notre ancien, qui a toujours porté les charlatans, et son beau-frère Akakia, qui mourut l'an i6o5 de la vérole qu'il avoit rapportée d'Italie '.

2 juin 1646. — Le Gazettier n'est pas mort. Il est vray qu'il a été longtemps malade et enfermé sans être vu de personne. On dit qu'il a sué la vérole trois fois depuis deux ans, et je sçai de bonne part qu'il est fort paillard. Depuis notre arrêt contre lui. il n'a dit mot contre nous. Le pauvre diable a le nez cassé.

<V may 164H. — Des quatre prétendus reformez qui nous restoienten notre Faculté le nombre en est réduit à trois, avant plù à Dieu de toucher le cœur je n'oserois dire l'àme car je doute s'il en a unej à notre maître Élie Beda, dit par la ville et soi disant des Fougerais, comme du nom de quelque seigneurie -. Il va dorénavant à la

1. Cet Akakia était le père d'un collègue de Patin à la Faculté. <~e détail rétrospectif, injurieux pour un collègue-, lui paraissait toujours bon à sauver de l'oubli.

2. Le 23 décembre 1 65 1 , quelques semaines par conséquent après son élévation au décanat. Patin trouva moyen de jouer un bon tour à son ennemi Élie Beda des Fouge-

messe, porte le chapelet, fait le bigot comme les autres, et tout cela par l'intervention du père de Lingendes, Jésuite, et de quelques dames. Mais nous le connaissons pour ce qu'il est, c'est-à-dire pour un dangereux cancre, et grand imposteur et doutons bien fort si Peau bénite qu'il prendra le pourra changer et le faire meilleur, plus sage, plus retenu et moins charlatan qu'il n'étoit.

l\V juillet 1 64g. — M. Riolan le père étoit un bon Picard, doux et savant; mais celui-ci est un

rais. Sur ses instances. l'Assemblée décréta qu'il serait interdit aux docteurs qui présidaient une thèse, ou étaient désignés pour v disputer, de faire figurer leurs noms sur cette thèse sous une autre forme que celle où ils se trouvaient inscrits comme Bacheliers sur les registres de la Faculté.

llelias Beda occupe le trentième rang sur le tableau des régents, inscrits au registre de la main de Patin. Donc il lui était interdit de se parer officiellement du surnom de des Fou gérais.

Mais Béda ne se tient pas pour battu et, narguant le doyen, il appose le dernier de tous les régents sa signature au bas des comptes annuels, soumis à l'assemblée le jour même où Patin descend de sa charge, et il signe fièrement Des Forcerais. L'année précédente il avait encore signé le dernier, mais cette fois c'était Beda DES FOUGERAIS.

Aux comptes de iôôô, j'ai encore trouvé la signature de des Fougerais au bas delà liste; mais postérieurement une plume indiscrète a barré le nom de des Fougerais et écrit en dessus Beda.

Ces deux ennemis avaient dû être liés fort intimement aux débuts de leur pratique, car à l'approbation des comptes de 1625 (approbation régularisée sans doute en 1627, car c'est Tannée où Patin apparaît au tableau, le dernier de sa licence). Patin signe : Pro me et Domino Bkda. Et il en est ainsi pendant plusieurs exercices.

Frontispice du Manuel d'Anatomie de Jean Riolan

Riolan fait la démonstration entouré de Jean Vesling, de Padoue, de Valcob, de Guy Patin, de Albert K.yper, de Levde.

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homme acre ' qui ne sçavoit épargner ni pardonner à personne, qui malit amicum perdere quam verbum : je ne doute pas que ci-après quelqu'un ne lui rendra.

23 juillet 164g. — Il a l'esprit (M. Thevard; aussi court que le nez et neantmoins il est malin. Je vous conseille de ne lire de ce livre là que la table que j'en ai faite, dans laquelle j'ai mis et ramassé tout ce que j'ai trouvé de bon dans ces livres. J'en ai fait autant à l Antropographie de .M. Riolan, et sans moi il n'y eut point eu d'index. le libraire alléguant qu'il ne connaissoit personne qui fût capable de le faire -.

24 décembre if>4g. — Si l'intérêt des apothicaires l'emporte, j'en suis mari : je fais si peu de cas de cette sorte de gens qu'ils ne font ni envie ni

1. Cet homme acre résigna en 1654 ses fonctions de professeur au Collège royal en faveur de Guy Patin. Cela n'empêche pas ce dernier de médire de son ami mort ml et 8 juin 1657) « M. Riolan m'avoit dit quelquefois qu'il me feroit exécuteur de son testament, et qu'il vouloit que la postérité sçût que j'avois été son meilleur amy ; mais il est mort sans l'avoir prévu et sans avoir donné ordre à ses affaires. Les vieilles gens sont d'ordinaire oublieux et négligents. »

Guy Patin, avait la reconnaissance de l'estomac, car il dit toujours, ou presque toujours, du bien du Premier Président de Lamoignon, chez qui il dînait souvent ; mais, S confortablement dans la chaire de Riolan, il ne pratiquait pas, comme on voit, la reconnaissance du siège.

- Modestie toute patinienne. Thevard était son colle à la Faculté. Il ht les frais d'une gravure d'après le portrait à l'huile de de Baillou que possédait la Faculté, gravure que nous reproduisons plus loin.

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pitié, et je ne me résoudrai jamais. Dieu aidant, de tromper un pauvre malade pour les gratifier.

Nous les devrions haïr comme la peste, en tant qu'ils ont corrompu et tâché de détruire la vrave médecine par leur avarice et leur tyrannie, et en seroient sans doute venus à bout, si Dieu n'avoit suscité d'honnêtes gens qui se sont fortement et courageusement opposez à leurs mauvais et tyranniques desseins. Pour moi, je ne les aime ni ne les crains; s'ils m'otentdela pratique, en récompense il m'en vient d'ailleurs et ne veux de leur amitié pour quoi que ce soit.

J'aime sur toutes choses la candeur, la pureté et la simplicité, tant en mes mains et mes actions qu'en ma profession que j'honnore et que j'aime sur toutes les autres ; mais Dieu me garde d'embrasser les opinions de cette misérable secte, qui est tout à fait indigne d'un honnête homme.

«*» 8 janvier i65o. — Il est vrai que cette même année (1609) il mourut ici un grand pendard de charlatan qui en a bien tué pendant sa vie et après sa mort par les malheureux écrits qu'il nous a laissés sous son nom, qu'il a fait faire par d'autres médecins et chimistes de deçà et delà.

C'est Josephus Quercetanus, qui se faisait appeler à Paris le sieur de la Violette, lequel était un grand charlatan, un grand yvrogne et un franc ignorant, qui ne sçavoit rien en latin, et qui n'étant de son premier métier que garçon chirurgien du païs d'Armagnac, qui est un pauvre pays, passa à Paris et particulièrement à la Cour pour un grand mé-

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Junrc animant nientùns^iut docrapruntur vcHftvrum, et totus tum tilij? vêtus ertt.

MÉDISANCES II l VLOMNIES PROFESSIONNELLES l3

decin parce qu'il avait appris quelque chose de la chymie en Allemagne. Je ne vous dirai rien de ce monstre davantage : il y en a bien encore à dire, mais vous en sçavez peut être plus que moi. Le meilleur chymiste, c'est-à-dire le moins méchant n'a guère fait de bien au monde, et celui-là y a fait beaucoup de mal, aussi bien que ceux qui l'ont suivi et imité '.

<=§° 8 janvier i65o. — M. du Rier est un pur menteur, je ne l'ai veu ni cherché, je n'en ai point le loisir : dés que j'en ai quelque peu et que je sçai quelque chose, je vous écris ; brûlez mes lettres quand vous voudrez ; mais je vous ai dit purement la vérité.

S'il revient (du Languedoc et que je le puisse voir, je lui tàterai finement le pouls.

Si M. de Rier ne sçavoit que mentir et la circulation du sang, il ne sçavoit que deux choses dont je hais fort la première et ne me soucie guère de la seconde, quidquiddixerilnosteranthropographus*.

S'il revient, je le mènerai par d'autres chemins plus importans en médecine que la prétendue circulation.

^ 8 janvier i65o. — Le docteur Bourdelot est

i. Joseph Ducbesne, seigneur de la Violette, était docteur de Bâle. Henri IV le nomma son médecin ordinaire et l'on comprend la fureur que ce choix inspira aux bons régents de la S. F. M. P.

2. Ainsi cet excellent Patin ne s'intéresse en rien à la circulation du san^, quoi que Riolan en ait pu dire dans son Anthropographie. N'est-ce pas d'un jugement bien avisé, pour un donneur de verges de cette trempe ?

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aussi de génère hoc. 11 ment presque autant qu'il parle, et quand il peut il trompe ses malades aussi. Il s'est ici vanté en de bonnes maisons qu'il étoit l'inventeur de la circulation du sang et que ses compagnons faisoient tout ce qu'ils pou voient pour lui en <Mer le nom. Il est courtisan à yeux enfoncez, grand valet d'apothicaires et de toute la forfanterie arabesque, menteur effroyable, joueur et pipeur ; il a été garçon apothicaire, in tonstrinâ ' paternâ educatus ; il a été plusieurs ans en Italie.

A quoi peut être bon cet homme ? Rem magnam prœstat si bonus esse potest. Ce que je ne dis point de lui par principe de médisance, mais de pure vérité, de solo impulsa que je désire que vous sachiez par mon organe la vérité de cet homme qui magis est mihi notus quam tibi.

8 janvier iG5o. — Stibio nunquam ulor, Dieu merci et M. IMicolas Piètre, quo nomine et aliis multis ejus manibus benè precor: mais j'en vois ici très souvent d'horribles et principaux edets, même de la main des maîtres, principalement depuis cinq ans que les charlatans en ont eu l'audace ouverte et l'effronterie entière, summo duce Archiatron comité -.

i. Boutique de barbier. Pour cette fois, la postérité semble avoir en partie ratifié les attaques de G. Patin; Bourdelot appelé à la cour de Suède précisément à l'époque où Patin écrit cette lettre à Spon, passe pour avoir exercé sur la jeune reine Christine une influence lâcheuse. Imbu des principes d'Epicure, il sut, dit-on, les infuser à son élève. N'allons pas jusqu'à dire, comme n'aurait pas manque de le faire Patin, qu'il est responsable de l'assassinat de .Monaldeschi.

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