Vautier, premier médecin du Roi
Lequel confesse bien avec les médecins de Paris que c'est un poison s'il n'est préparé à sa mode, qui est secretum secretissimum et arcanum non revelandum, et néanmoins le sien tue comme celui des autres.
=3° 6 mai i65o. — Nous avons ici quelques charlatans lucro invigilantes, etiam cum aliqua turpitudine; mais ils sont bien plus déliez que votre collègue. Ces grandes, fréquentes et importunes ordonnances de tant de drogues en faveur des apothiquaires sont tout à fait ici décriées parmi nous; il n'y en a guères des nôtres que M. Guénaut qui en fasse. Encore ne rougit-il de rien, tout lui est bon modo facial rem ; habel frontem meretricis, nescit erubescere.
"=*» 8 juillet i65o. — Je connois le médecin anglois nommé Bort; c'est un grand garçon de 5o ans, des yeux enfoncez, une voix éclatante, fort embarrassé de l'opinion qu'il a d'être fort habile homme, qui ne croid personne être médecin s'il n'est aussi chimiste; il hait fort la saignée et en médit aparament.
16 août i65o. — Ovide étoit un bel esprit et je relirais volontiers ses oeuvres si j'avois le temps. Pour le surnom de Naso il me pourroit convenir par la sympathie que j'ai avec les grands nez et la haine que je porte aux camus qui sont presque tous puans et punais, comme le Gazettier
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Renaudot contre qui je gagnai ce beau procès du 14 août 1642. Aussi me souviens-je qu'en sortant du Palais ce jour-là, je l'abordai en lui disant : « Monsieur Renaudot. vous pouvez vous consoler, car vous avezgagné en perdant. — Commentdonc ? me répondit-il. — C'est, lui dis-je, que vous étiez camus lorsque vous êtes entré ici, et que vous en sortez avec un pied de nez. »
Cela arriva un mois après que j'eus l'honneur de vous connoitre en cette ville ', et cette année me fut avantageuse par ces deux rencontres, à quoi on peut ajouter la mort du cardinal de Richelieu que je haïssois pour tant de mal qu'il a fait, tant de sang innocent qu'il a répandu, et tant d'impôts dont il a ruiné la France.
<=%° Août i65o. — Le sieur Beda des Fougerais n'est point mis au rang des honnêtes gens: il est chymiste et empirique et fait ce qu'il peut pour gagner avec effronterie et indépendance, sans assaisonner son fait de nulle prudence. Il fait rage de promettre de son côté, et d'en sçavoir bien plus que tous les autres, que tel ou tel que ne sçavoit que saigner et purger, mais que lui a de grands se-
1. Cette lettre tranche une question à laquelle Pierre Sue fait allusion dans son préambule aux lettres latines. Il dit, et d'autres ont répété après lui, que. malgré leur correspondance si active. Patin et Spon ne se sont jamais vus. Comme on le constate ici, ils s'étaient rencontrés à Paris en 1642 : on pouvait d'ailleurs pressentir qu'ils avaient eu un commerce antérieur à leurs lettres, car Spon écrit à Patin : Mon cher patron... Voir les lettres inédites de Spon insérées dans ce volume.)
MEDISAM ES I l CALOMNIES PROFESSIONNELLES \~
crets etc. Sic omnibus et singulis detrahendo omnium odiodignus er/7. Quand 11 changea de religion, en cas qu'il en ait quelqu'une, son pure même dit qu'il ne s'en étonnoit point, qu'il l'avoit reconnu impie, luxurieux et idolâtre de l'argent.
Il a par ci devant été grand donneur d'antimoine, mais il en a été si mauvais marchand qu'il s'en est retire.
Il ne laisse pas néanmoins de promettre merveilles à tous ceux qu'il rencontre disposez et capables d'être trompez par lui : quœ quidem omnia de Elia Beda sunt verissima:\c n'aime nia mentir ni à médire, aussi n'est-ce pas par principe de médisance que j'en parle, mais en pure vérité afin que vous le sçachiez et que vous connoissiez ce personnage qui est valet d'apothiquaires et grand cajolleur de belles femmes, desquelles il a quelquefois été fort maltraité. Utinam sapiat in posterum '.
<=§■» 5 septembre i65i . — Nous perd i mes la semaine passée deux de nos compagnons, sçavoir .Messieurs Cornuti et Von. dont le premier est mort du couteau dont il avait égorgé les autres, scavoir de juleps cordiaux, de tablettes et poudres cordiales, le tout en faveur des apothicaires dont il recherchoit l'amitié perfaset ne/as.
11 a même pris de la thériaque et de l'antimoine en sa maladie, et ainsi incidit in foveam quam fecit.
22 septembre i65i. — Nous avons ici ma-
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lade mi méchant fripon de notre métier qui est M. Klie Beda des Fougerais : mais je ne puis croire qu'il en meure. Il donne souvent de l'antimoine, mais i! n'en prendra pas pour luv.
Je ne croy pas qu'il y ait sur la terre un charlatan plus déterminé et plus perverti que ce malheureux chimiste, boiteux des deux cotez comme Yulcan, qui tue plus de monde avec son antimoine que trois hommes de bien n'en sauvent avec les remèdes ordinaires. Je pense que si cet homme crovait qu'il y eut au monde un plus grand charlatan que luy, il tâcherait de le faire empoisonner.
11 a dans sa pochette de la poudre blanche, de la jaune, de ia rouge. Il guérit toutes sortes de maladies et se fourre partout.
«4» 5 juillet i652. — Hier est mort dans son lit. d'une fièvre continue maligne, le sieur Vautier qui était le premier médecin du Roi, et le dernier du Royaume en capacité, et afin que vous sachiez qu'il n'est pas mort sans raison, il a pris de l'antimoine par trois fois, pour mourir dans sa méthode, par le consentement et le conseil de Guenaut.
S'il fut mort il y a sept ans, il aurait épargné la vie à plusieurs honnêtes gens qu'il a tuez par son antimoine.
L'autorité de sa charge l'entretenoit en crédit. Il disait entr'autres que les médecins de Paris avaient raison de dire que l'antimoine était un poison, mais qu'après sa préparation il ne l'étoit plus;
néanmoins cette bonne préparation lui a manqué. C'est une place vacante pour laquelle le Cardinal Mazarin cherche 3.ooo pistoles.
Voilà un de mes compagnons qui dit qu'on l'a offerte à Guenaut à ce prix-là, qui l'a refusée, et qu'il croit que Yalot les donnera. Ainsi tout est à vendre, jusqu'à la santé du Roi.
21 oct. i653. — Le docteur Bourdelot se fait porter en chaise, suivi de quatre grands estafhers. Il n'en avait par ci-devant que trois, sed a paucis diebus quartus accessit, depuis, dit-on, que le Mazarin lui a donné, d'autres disent qu'il ne lui a que promis, une Abbaye de q.ooo livres de rente. Ne voilà pas du bien d'Église bien colloque et dignement employé ?
Notre maître Bourdelot s'est vanté à un de mes amis en secret qu'il auroit l'abbaye qu'on lui a promise, qu'il y avoit entre nous et la Suède quelque grabuge, quu compost to il deviendrait abbé (mon Dieu que le bien d'Église est bien emplové !) mais que si ce grabuge ne s'accordoit pas et qu'il y fallût envoyer un homme de deçà, qu'il espéroit d'avoir la commission de cette légation.
Ne serez vous pas tout ravi de joye quand vous l'entendrez nommer monsieur de Bourdelot, Ambassadeur pour le Roi Très Chrestien vers la Sérénissime Reine de Suède?
3o décembre i653. — J'ai vu ces jours passés deux petits livrets d'A rnoldus Boettus. 11 y est qua-
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lifté ci-devant médecin du Vice-Roi des Indes et présentement médecin très fameux de Paris, Parisiorum medico clarîssimo.
Sur quoi je vous donne avis que ce clarissime ne vit jamais guère clair. C'étoit un grand Hollandais qui avoit les yeux enfoncez et le nez aigu ; qui faute de pratique après avoir tué ici sa femme et ses deux enfans avec l'antimoine, s'en est retourné en Angleterre.
J'ai vu plusieurs malades qu'il avoit servis, mais il ne prenoit point le chemin de les guérir. 11 est médecin comme je suis capitaine. Voilà comment il a été ici clarissime. Mais le papier souffre tout, aussi bien que la Gazette antimoniale de M. Eusèbe Renaudot.
6 janvier 1654. — Le Sr de Gorris a toute sa vie été du mauvais parti des Chimistes, des Charlatans, du Gazettier, des Étrangers, gens de secrets contre la goûte, l'épilepsie et la fièvre quarte, très malheureux praticien, qui en a bien tué avec les expériences qu'il a voulu faire, qui sçait véritablement bien du grec et du latin, mais qui l'applique fort mal, qui n'a jamais eu le courage de résister à la tentation de l'or pour quelque coyonnerie ou corruption du métier.
L'an 1647, l'Orviétan, pour mieux débiter sa drogue, s'adressa à un homme d'honneur, alors Doyen de notre Faculté, nommé M. Perreau, pour obtenir de lui movennant une bonne somme d'argent qu'il offrait, approbation de la Faculté pour son opiate. 11 en fut refusé de belle hauteur.
Ce charlatan s'adressa ensuite à de Gorris, qui reçut de lui un présent considérable et lui promit de faire signer à plusieurs Docteurs l'aprobation de ce médicament qu'il vend sur le Pont-Neuf; ce qu'il fit faire par une douzaine d'autres affamez d'argent qui furent les deux Chartier, Guenaut. le Soubs, Rainssant, Beaurains, Pijart, du Clédat, des Foulerais, Renaudot et Mauvilain. Cet imposteur italien, non content de telles signatures, tâcha d'avoir l'aprobation entière de la Faculté et pressa le nouveau Doyen, qui étoitM. Piètre mon prédécesseur, de la lui faire donner moyennant 400 écus qu'il lui offroit sur l'espérance de mieux débiter sa drogue.
Ce nouveau Doyen avant apris de la propre bouche du charlatan tout ce que de Gorris lui avoit fait, lui demanda cette aprobation et dès qu'il l'eut il fit assembler toute la Faculté où il se rendit délateur contre ces douze Messieurs, qui, aiant avoué leur faiblesse et leur mauvaise action furent chassez de la compagnie par un décret solennel. On les a pourtant rétablis avec de certaines conditions et notamment celle de demander pardon à la Compagnie en pleine assemblée.
6 janvier' i65.f.. — L'an 1640 un de nos docteurs, d'esprit satirique et malin, lit courir ici un libelle diffamatoire, intitulé Bibliotheca Patinica, où il n'y a point d'autre mal de moi, mais où plusieurs docteurs de ce temps-là sont fort maltraitez.
Celte bibliothèque patinique a été pourtant
imprimée, mais cela s'est vu si rarement que je n'en ai jamais pu avoir une. Autrefois M. Moreau me l'avait promise, sed immemor pollicitorum et adeo morosus factus est, que je ne daigne lui rien demander '.
<=S=» 3o janvier 16J4. — M. de Montmor. maître des requêtes, m'a fait promettre que je l'irois voir une fois la semaine, mais je n'ai pas promis que ce serait à dîner: on perd trop de temps en de telles cérémonies. Je dîne céans à mon aise en un quart d'heure.
Je pense qu'il prétend aussi que je sois son irédecin, mais je ne sais si nous accorderons bien, car il aime la chimie. 11 n'est pas encore détrompé tout à fait de l'antimoine qui est ici fort déchu et décrié. Sa femme même qui est d'un esprit curieux
1. Morosus! l'homme auquel il témoigne si fidèle amitié par le portrait gravé dont nous donnons une reproduction ! Pour le plaisir de taire un à peu près en latin : Moreau, morosus, Patin se serait brouillé avec son meilleur ami.
Ce portrait de Moreau donna lieu, par la suite, à une méprise singulière. La légende avait été effacée après le premier tirage, et la ligne du bas G. Patin, Doct. Med. Paris, avait sans doute échappé au marteau du planeur. Le cuivre tomba plus tard entre les mains d'un marchand de portraits qui crut posséder les traits de Guy Patin.
11 se hâta donc de l'aire graver comme légende : Gimo Patinus. Doct. Med. Parts, et de débiter ce portrait comme l'image authentique du doyen. Naturellement, on rencontre aujourd'hui ce portrait de Moreau avec le nom de Patin bien plus souvent que le tirage original qne nous reproduisons.
Remarquons ici que Patin et Spon, bons latinistes tous deux, n'étaient pas d'accord sur la forme latine du nom de Moreau. Patin l'appelle ici Morellus, et Spon préfère Morœus. Voir la correspondance de Spon avec Patin à la fin du volume.)
^iJ no£i////imum erudtfypmii/na.. virum Z). 2D. RENATl'M MORJLW
Ejrjmmir ars MOREELE, hum /til imajitts - ■- ingenium BIBLJÔTHELA htmm.
■ - Dm .'. 2
Extiici
MÉDISANCES ET CALOMNIES PROFESSIONNELLES il
versatur in eâ heresi. Elle est aussi pour la poudre des Jésuites ' de laquelle je n'ai vu dans Paris aucun bon effet.
11 avoit autrefois pour médecin .M. Moreau qu'il m'a dit n'avoir quitté que pour être trop vieux, sourd et presque aveugle. Depuis il avoit pris un pauvre cancre, race de Juif, nommé Daquin -, qui est un grand charlatan et qui avoit autrefois suivi la Reine mère. C'est un médecin de la cour qui est véritablement court :t de science, mais riche en fourberies chimiques et pharmaceutiques.
Ce sont des médecins de la secte des Guenaut, des Foulerais, Vautier et autres tels sophistes lesquels disent qu'il ne faut point tant étudier pour être médecin, que puisque le peuple veut être trompé, qu'il le faut tromper, lui couper la bourse, et puis après que le Diable l'emporte s'il veut.
c§=> 2 mars 1654. — Des Foulerais donna depuis peu de l'antimoine à l'archevêque de Smvrne : ie pauvre homme en mourut le lendemain. Un homme de bien après tant de malheurs s'en abstiendroit à bon escient. Mais c'est un article fondamental du chef de leur secte qu'il faut plumer l'oyson tandis qu'on le tient.
26 may 1O54. — La seconde apologie des .Messieurs de la Faculté de .Montpellier n'a point