GUERRE A L'ANTIMOINE <>I
18 mav i663. — M. de Lonnueville est mort à Rouen ex duplici quâdemfebre tertianâ et duabus dosibus vint antimonialis emetici, vertus eneticicum tôt homines enecat.
Notre M. Braver lui en a fait prendre malgré le refus des trois médecins de Rouen; ce n'est pas qu'il ne sache fort bien que le vin cinétique est un poison, mais il en ordonne comme cela à cause de Guenaut qui est son ami.
Avoir Guenaut pour ami par lâcheté, dire quelque mot grec et avoir 3oo.ooo écus de beau bien, et être le plus avaricieux du monde, cela fait venir de la pratique, à Paris.
<=s^ 6 may 1664. — Il est mort un conseiller de la Grande Chambre nommé Musnier de l'Artige. Guenaut et Rainssant n'ont pas laissé de lui donner deux fois du vin émétique avec lequel on arrive souvent ad requiem sempiternam.
6 may 1664. — Je vis en consulte une femme mordue d"un chien enragé. Les parens firent chercher le chevalier de Saint Hubert qui n'y avança rien. On leur amena un charlatan qui lui rit avaler du vin émétique, et, après, lui donna une pilule, dont elle mourut trois heures après. Les charlatans tuent plus de monde que les bons médecins
n en guérissent.
^> 3o may 1664. — Un de nos médecins, M. Rainssant, est prêt à se faire tailler pour la pierre dans la vessie. C'est celui qui donne tant
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de vin émétique par Paris, perfas et ne/as, qu'on lui en a donne le surnom. Pour plaire à Guenaut, il est un Je ceux qui en ordonnent le plus, mais il n'en prend jamais. S'il y crovoit, il y a apparence qu'il en prendroit ; c'est qu'il a peur de sa peau.
<=S~ 26 septembre 1664. — .M. de la .Motte le Vayer avoit un tils unique d'environ 35 ans, qui est tombé malade d'une fièvre continue, à qui .Messieurs Esprit, Braver et Bodineau ont donné trois fois le vin émétique et l'ont envoyé au païs d'où personne ne revient.
<$=> /g juin 1666. — Quand vous avez dit à .M. de Lorme que .M. Blondel vouloit prouver que l'antimoine est un poison, vous dites qu'il a t'ait un grand saut. Il n'est point mal si à son âge il saute encore si bien, et Dieu soit loué qu'il saute encore ! .Mais l'antimoine en a bien fait tomber qui ne se relèveront jamais et ne sauteront plus.
Puisqu'il pense à se remarier, je lui souhaite une belle femme, telle qu'il la voudra choisir. 11 n'est rien tel que de mourir d'une belle épée.
.Mon bon génie m'empêche d'être de son sentiment touchant l'antimoine, parce que je ne hazarde rien : les mains ne m'ont jamais démangé pour en donner à qui que ce soit, et en vérité je crois avoir eu raison. C'est une méchante drogue et le peu qui en a pris et n'en est pas mort n'en avoit que faire. Il n'y a rien de si aisé que de dire que l'antimoine n'est pas un poison, mais il n'est pas