‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 31 sur 76 · GUERRE \ L'ANTIMOINE · texte numérisé non relu

GUERRE \ L'ANTIMOINE

si aisé d'en guérir toute sorte de malades comme font nos taux Prophètes '.

<^» Jo juillet 1666. — Je ne sçai pas qui est celui des nôtres qui a écrit à Lyon que ce n'est pas sans mystères que l'antimoine a prévalu. Donnez vous un peu de patience, il en sera parlé. 11 viendra un faetum, un arrêt, et un livre latin.

Il est ici peu de malades, mais le vin émétique y est fort décrié. La cabale de cette dernière assemblée a fait tort à sa réputation. Ces Messieurs disent qu'un poison n'est pas poison dans la main du bon médecin. Ils parlent contre leur propre expérience, car la plupart d'entre eux en ont tué leurs femmes, leurs enfans et leurs amis. Dès que le vent aura changé, tous ces champions de l'antimoine se dissiperont comme la fumée de leur fourneau.

2/ septembre 1666. — Nous avons perdu M.d'Aubrav, 'lieutenant civil. On n'a pas bien connu sa maladie et de plus un charlatan lui a donne deux prises de vin émétique avec lesquelles il a passé bientôt au païs d'où personne ne revient. Il est mort de la main d'un charlatan, lui-même dont la charge était de chasser cette sorte de gens qui se disent impudemment et faussement médecins de

1. Patin baisse le ton. Il n'aflirme plus que l'antimoine est un poison. Il concède que certains ont pu en réchapper. et chicane seulement sur la prétention d'en guérir toute* les maladies. L'antimoine avait prévalu à la Faculté. [Voir lettre du 3o juillet 166'

Montpellier. Ce ne sont que de misérables gredins, gens sans lieu et sans aveu, moines défroqués, t'raters apoticaircs et barbiers gascons qui promettent des secrets contre toute sorte de maladies.

c§» 2g mars 166g. — Un vieux médecin huguenot, M. du Four, âgé de 78 ans, est mort depuis peu de jours. Etant revenu à Paris, il y est mort avec une prise de vin émétique qu'un badin lui donna fort à propos ; son mal étoit une excoriation de la vessie dont il m'avoit autrefois demandé mon avis.

«=§<=> 18 juin lôyo. — M. le lieutenant civil d'Aubray est fort malade de vomissement et dégoût et se plaint fort d'un médecin qu'il a eu par ci-devant. C'est Eusèbe Renaudot qui ne valut jamais rien. Ce qui est encore pis, on dit que Messieurs Esprit et Braver lui veulent donner du vin Emétique ou Enélique, car c'est ainsi qu'il le faut nommer ab enecando. Il est mort accablé de simptomes et de charlatans. Il est tombé dans la fosse qu'il avait creusée. C'étoit de sa charge de chasser les charlatans de la ville, et néanmoins il leur a commis sa santé '.

«=$» ig août fôyo. — Hier est mort M. le président Miron, consommé d'une lièvre lente et d'une

1. Voir l'Introduction au sujet do cette coïncidence curieuse de la mort des deux lieutenants civils. Daubray père et (ils, à quelques années d'intervalle.

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