‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 5 sur 76 · Lettre à Falconet, 3o décembre i65o · texte numérisé non relu

Lettre à Falconet, 3o décembre i65o

2. Patin ne se contente pas de confier ses rancunes à ses compatriotes. Dans une lettre latine qu'il écrit en juillet 1662 à Jean-Pierre Loticli, médecin de Francfort, il accuse les deux Cardinaux d'avoir ruiné la France : Prupter rectigalia imposita per duos illos Purpuratos qui, belli prœtextu, miseram nostram Galliam non tant vexerunt quam turpiter lacerarunt : quique etiam mortui adhuc imperant in diem. Et supramodum miser adhuc laceratur ! Toute cette tirade pour informer Lotich qu'il ne doit pas compter sur les libraires de Paris pour imprimer ses œuvres.

La dernière des lettres latines de Patin que nous connaissions est adressée à Wolkamer, de Nuremberg, le 4 décembre 1662. « Tyrannus insignis, écrit-il, et pessimus nebulo purpuratus ./. Armandus Cardinalis Richelieu, qui utinam summo totius Galliœ bonu, imo totius Europœ commodo nunquam natus fuisset ! »

INTRODUCTION XXIX

mais, les motifs de ces attaques sont peut-être d'un ordre moins relevé.

Il voulait maie mort au Cardinal d'avoir, pondant le blocus de Paris, lâché ses troupes sur la banlieue.

« J'y ai perdu deux mille écus sans peut-être qu'il le sache, et sans savoir à qui m'en prendre. Ma maison des champs a été dévalisée par ses soldats. Ma femme qui en faisoit ses délices voudrait que le Cardinal Mazarin n'eût jamais passé Casai, et que sa belle maison de Cormeille n'eût pas été pillée '. »

Et quelques semaines plus tard :

« L'archiduc Léopold s'en va assiéger Dunkerque; s'il le prend encore aussi aisément qu'il a obligé Ypres de se rendre, n'aurons-nous pas grande obligation à la conduite et au gouvernement politique de ce très grand, très incomparable et éminentissime Cardinal Mazarin qui fait si bien nos affaires que rien ne se peut mieux pour le profit des Espagnols. Il assiège Paris, il emplit la campagne de France de troupes et de soldats plus déréglez que ne seraient les Turcs, et il n'a personne pour opposer en Flandres à nos ennemis2. »

Patin ne cesse dans sa correspondance de s'apitoyer sur la misère du pauvre peuple, ruiné par la guerre, écrasé d'impôts dans l'administration desquels Mazarin trouvait la pierre philosophale.

Ces impôts atteignaient le doyen comme les autres; ils le frappaient à la bourse, partie sensible. Bien que Patin affecte, en effet, de pratiquer pour les richesses le mépris qu'enseigne le vieil Ilippocrate, il ne cesse de taxer ses ennemis d'àpreté au gain. Met-il un personnage en scène, il se préoccupe aussitôt de sa situation de fortune, tirant son bonnet aux riches comme van

i. Lettre à Spon, 14 may 164g.

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