‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 57 sur 76 · Ouverte spécialement pour taire le procès de Fouquet · texte numérisé non relu

Ouverte spécialement pour taire le procès de Fouquet

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aujourd'hui d'être regretté par plusieurs, qui se plaignent qu'il ne se fait point d'affaires, et que le roy aime trop l'argent pour un grand prince comme il est '.On ne sauroit empêcher le monde de parler. On ne laisse point de danser fortement le balet, bien que la famine soit en campagne principalement à Orléans, à Tours, au pays du Maine et ailleurs. Il y a même bien de la pauvreté à Paris, mais chacun fait bonne mine, en attendant le bon tems et le succès des bonnes inclinations du roy. J'ay peur de mourir avant de le voir.

14 février 1662. — M. Arnaud d'Andilly, seigneur de Po;nponne, secrétaire d'État, frère de M. Arnaud le Janséniste, docteur de Sorbonne et de l'évêque d'Angers, a reçu commandement du roy de se retirer à Verdun. Il a répondu qu'il étoit prêt d'y obéir, mais qu'il prioit le roy de changer le lieu de son exil, et de l'envoyer plutôt à Angers, chez son frère l'évêque du lieu.

2g février 1662. — Demain sur les n heures du matin sera enterré dans Notre-Dame M. des Roches, qui autrefois nous a promis 10.000 écus pour faire rebâtir nos écoles. Toute notre Faculté est priée à cet enterrement ; je ne sçai pourtant si nous aurons les 10.000 écus, bien que la donation en soit bien faite, et même insinuée au Châtelet de Paris dès l'an 1G44.

1. Une des bien rares critiques directes de Patin contre le Roi: mais il l'atténue aussitôt.

On dit qu'il laisse plus de 100.000 écus à l'Hôtel-Dieu de Paris, et sa grande bibliothèque à la Sorbonne. Il auroit bien pu nous faire davantage de bien, mais il se mécontenta de nous sur le refus que nous lui fîmes de rompre nos statuts pour plusieurs particuliers qu'il nous recommandoit trop souvent et cela n'allait qu'à ruiner notre Faculté. Moribus antiquis resstat romana virisque.

Je lui dis un jour chez lui, avant été député de notre Faculté, qu'il eût été à souhaiter qu'il nous laissât dans l'observance rigoureuse de nos statuts plutôt que de nous porter à la rompre, et que nous étions décidés à n'en rien faire.

<=f» i5 mars i663. — Dieu soit loué de tout ! Mais le peuple est bien grevé : il faudrait que la taille diminuât, afin qu'il se pût réjouir aussi bien que les moines pour qui il est fête tous les jours.

«=§° 25 décembre i663. — On voit par toute la France une pauvreté publique et générale. Vce victis! Malheur à ce royaume des Francs qui s'est laissé gouverner depuis peu par des animaux rouges, par des cardinaux enragez d'avoir le bien d'autrui, et de laisser leurs biens à leurs neveux et nièces.

«=?<=> 25 décembre i663. — Samedi prochain le roi ira au palais pour divers sujets ; je prie Dieu

qu'il veuille inspirer son cœur pour le soulagement du pauvre peuple, lequel gémit d'une misérable pauvreté depuis si longtemps et principalement

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DOCi MIN IS HISTORIQUES

depuis la faveur de ces deux derniers cardinaux, qui ont été de vraies sangsues.

<=§» 14 may 1664. — O que ce Légat nous obligerait s'il pouvoit faire diminuer la taille ! Entre autres nécessités qui nous pressent, celle-là nous est bien nécessaire pour le pauvre peuple. 11 ne ferait pas mal aussi doter le Carême, mais je crois qu'il n'en a pas la volonté.

<=S» 12 septembre 1664. — Il y a aujourd'hui vingt-deux ans que Armand, Cardinal de Richelieu, Ministre enragé, fit couper la tête dans votre ville à mon bon et cher ami M. deThou. Heu dolor ! Scribere plura vêtant lacrymœ ubertim /ht en tes ex oculis !

26 septembre 1664. — Jour et nuit on vole et on tue ici à l'entour de Paris. On dit que ce sont des soldats du Régiment des Gardes et des Mousquetaires. Nous sommes arrivez à la lie de tous les siècles.

Madame la Duchesse d'Orléans s'est trouvée mal à Villers-Cotteret ; son médecin l'a mise au lait d'ànesse. Elle est fluette et délicate et du nombre de ceux qu'Hippocrate dit avoir du penchant à la phthisie. Les Anglois sont sujets à leur maladie de consomption qui en est une espèce, une phthisie sèche, ou un flétrissement du poumon, ex morbis materice, dans Eernel.

7 octobre 1664.

Quand vous verrez '9

M. Troisdames, je vous prie de lui faire mes recommandations ; il m'ennuie que je ne le voie; nous dirions quelquefois de bons mots qui ne se peuvent écrire. Notissima est fabula de Jove et Europâ, et /o, virguncula in juvencam transformata, sed est.

<=§» /e'- janvier i665. — On dit que la Reine mère a un cancer à la mamelle gauche, où les Empiriques de la Cour ont perdu leur escrime.

On a envoyé quérir un prêtre nommé Gendron, près d'Orléans, qui l'a traitée. Une certaine femme en promettoit la guérison, mais elle a quitté l'entreprise. On parle d'un moine de Province et d'un autre charlatan que l'on veut faire venir d'I loilande.

De quel côté qu'il vienne, il m'importe fort peu, mais je ne pense pas qu'ils la guérissent.

Mon Dieu ! qu'il y a de sottes gens au monde et particulièrement chez les Grands Seigneurs, de croire que de telles buses puissent guérir des maladies que des médecins n'ont pas pu guérir.

<^> 1 3 février i665. — On dit que la Reine mère a de cuisantes douleurs, que le cancer est fort ouvert, et qu'il en coule du pus abondamment.

On a fait venir un médecin de Bar-le-Duc, nommé Aliot qui est un grand charlatan et disciple de van Helmont. Qualis pater, talis films. .Mais il n'y a point de Saint-Esprit.

<=^ 23 février i665. — Le dégel et la neige fon-

&** Henriette Anne

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duo ont merveilleusement grossi la rivière, ce qui fait encore peur à bien du monde, qui a peur de la ruine des ponts. La petite rivière des Gobelins a bien fait du ravage dans les fauxbourgs de Saint- Marceau : elle y a débordé en une nuit et y a bien nové des pauvres gens. On en contoit bien quarante-deux corps, qui avoient été repéchez sans ceux qu'on ne sçait pas.

>=$=> 22 may i665. — On parle d'une grande consultation qui se doit faire à Saint-Germain par la Reine mère, sçavoir si on lui ouvrira la mamelle pour en tirer du pus et de la sérosité maligne qui en consume la substance de jour à autre.

On parle aussi d'un certain médecin, nommé Châtelain, qu'on a ici envové de Frontignan. On prétend qu'il guérit ces sortes de maladies et qu'il a de beaux secrets contre les maladies incurables. S'il ne promettoit rien, on ne le feroit pas venir de si loin.

Ce sont des impostures ; le cancer ne se guérit point et ne se guérira jamais. Mais le monde veut être trompé.

<=§■=> (j juin i665. — La Reine mère est empirée depuis trois jours. Il est survenu des érysipèles à ses deux mammelles. avec de grandes douleurs et de mauvaises nuits, à cause de quoi elle a été saignée des bras et du pied.

J'appréhende qu'il ne s'y mette bientôt la gangrène. On dit qu'elle a reçu l'Extrême-Onction. Cette nouvelle sent le sapin et plomb.

<=§» 4 août iG65. — La Reine mère se porte un peu mieux depuis l'ouverture de son abcès, duquel on tire beaucoup de boue, mais c'est de la mammelle droite et non de la gauche qui est ulcérée du cancer. Elle a été soulagée d'un purgatif qu'elle a pris. Comme elle a toujours beaucoup mangé je crois qu'elle ne manque pas de matière à médicament purgatif.

«=$» 4 août i665. — Plût à Dieu que la Reine .Mère fasse diminuer la taille et les impôts avant que de mourir, que le Cardinal Mazarin nous a laissés. Je tiendrai pour saint quiconque rendra ce bon service à la France, laquelle en a grand besoin ; c'est le souhait que je fais à Dieu pour le soulagement du pauvre peuple, et non pas des Moines qui sont trop riches.

«^ i3 octobre i665. — On dit que la Reine mère est mieux et qu'elle a moins de douleurs, mais c'est par le moyen des narcotiques que je considère là comme des venins qui empoisonneront le peu de chaleur qui lui reste à un âge si avancé.

<=§» H janvier 1666. — La Reine Mère est beaucoup plus mal et extrêmement exténuée. De grasse qu'elle étoit, elle n'est plus qu'un squelette.

<=f° 21 janvier 1666. — La mort de la Reine Mère est arrivée cette nuit: mais je ne sçais quel chemin elle peut avoir pris ; trouvera-t-elle en

ANNE D Al'TRICIIE

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l'autre monde le Cardinal Mazarin ? C'étoit un méchant homme.

On travaille à l'embaumement de son corps. On voit déjà la représentation dans le Louvre pour tous ceux qui sont poussés de curiosité de la voir; le peuple est friand dételles cérémonies.

Dès qu'elle a été morte, le Roy est allé à Versailles: c'est pratiquer le précepte du Seigneur: S /ni te mort nos sepelire mortuos.

<sf° 12 mars 1666. — On presse ici le paiement des taxes et l'on met plusieurs garnisons en diverses maisons.

Les Prélats ont fait aujourd'hui grand service aux Grands Augustins où il y aura très bien de cérémonies et de cierges. On dit qu'il en coûte dix mille francs. Il me semble qu'il vaudroit mieux employer cela en aumônes à de pauvres gens de la campagne qui ont tant de peine à gagner leur vie et à qui l'on fait si lourdement payer la taille.

eff 16 avril 1666. — Toutes les villes de Picardie regorgent de soldats qui mangent le peuple, qui n'a plus que la peau et les os, pellis et ossa sunt prœ misera macritudine ; tout est ruiné en notre païs de Beauvais. Bone Deus, usque quo. Domine?

«=^> 22 octobre 1666. — On commence ici à faire des taxes que l'on fait signifier à des gens qui ne s'y attendoient point : undique calamitas. undique naufragium.

«=S=> 26 octobre 1666. — On ne parle ici que de taxes, d'impôts et de réformation. Les pauvres gens se consolent de ce que le pain n'est pas fort cher. Les bons compagnons se réjouissent que le vin est excellent cette année ; mais toutes les autres denrées sont dans une grande cherté : peut-être qu'enfin le bon temps reviendra.

<$=> 26 octobre 1666. — Il faut que je vous dise le retranchement de dix-sept fêtes, que Monsieur notre archevêque a médité de faire par une ordonnance expresse en tout son archevêché pour l'année prochaine et les autres qui suivront. Il y avoit longtemps qu'on avoit parlé de ce retranchement.

M. de Thou en a parlé quelque part, comme aussi le Cardinal d'Ossat dans ses lettres, et il me semble que cela est fort raisonnable, car le petit peuple et les artisans abusent de ces fêtes et ne font que se débaucher en jouant à la boule et allant au cabaret au lieu de prier Dieu et d'aller au sermon. Ne direz-vous point que je suis bien savant en matière ecclésiastique ?

<=$^ 22 novembre 1666. — Il y a ici un Italien qui dit avoir été mandé exprès pour un certain secret qui est d'une terre composée qui échauffe incontinent une chambre sans odeur et sans fumée. Plusieurs ont été nommez pour en voir l'épreuve, dont il y a eu deux médecins, sçavoir M. Mathieu et moi. MM. Blondel, Guenaut, Braver et Morisset s'y sont aussi trouvés.

Nous avons signé que ces boules de terre faisoient

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