‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 58 sur 76 · LE PREMIER PRÉSIDENT GULL.U'ME LE LAMOIGNON · texte numérisé non relu

LE PREMIER PRÉSIDENT GULL.U'ME LE LAMOIGNON

un feu beau et clair sans fumée et sans aucune mauvaise odeur. Il nous dit qu'il en donnera un cent pour dix sous ; chaque boule est plus grosse qu'une balle de tripot.

On a ordonné qu'on en chaufferait le four et qu'on nous donnera à chacun un des petits pains qui s'y cuira pour en tàter. J'y ai salué Monsieur le Premier Président et rien davantage, car il y avoit plus de trois cents personnes '.

<=$» 3 décembre 1666. — On parle d'un impôt sur les carrosses, pour empêcher le trop grand nombre, et qu'ôté ceux qui en auront la permission expresse, il ne sera permis à personne d'en avoir s'il ne donne 10.000 écus d'abord, et 100 par an2.

<=g~ 27 may i66j. — Monsieur le Premier Président me demanda hier si les anciens avoient connu le sucre.

Je lui dis qu'oui ; que Théophraste en a parlé dans son fragment du Miel, où il en fait de trois sortes: l'une qui est des fleurs, et c'est le miel commun; l'autre de l'air, qui est la manne des Arabes, et la troisième des roseaux, qui est le sucre. Pline l'a connu aussi et en parle sous le nom de sel des Indes. Galien et Dioscoride l'ont nommé

1. Qu'a bien pu devenir ce merveilleux charbon sans odeur, sans fumée?

2. C'est l'origine de l'impôt actuel sur les automobiles. Les piétons trouvent juste qu'on taxe les écraseurs pour tenter d'empêcher leur multiplication.

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Sacchar et c'étoit en ce temps-là une chose bien rare.

<=§» i' septembre i66y. — On va commencer l'histoire du cardinal de Richelieu par le R. P. Le Moine, jésuite, sur les Mémoires dudit cardinal. Dieu sçait comment cette histoire sera plâtrée tant de la part de l'écrivain qui est fort suspect, que de la part du héros qui véritablement a été un homme d'esprit, grand et relevé, mais emporté et passionné au dernier point, de la fortune duquel la France se fût heureusement passée.

<=§» 2<j mars 1 66g. — Plusieurs se plaignent ici, et les médecins aussi, vu qu'il n'y a ni malades, ni argent. Il n'y a plus que les comédiens qui gagnent au Tartufe de Molière ; grand monde y va souvent, et il ne s'en faut pas étonner ; il n'y a rien qui ressemble tant à la vie humaine que la comédie.

<=§» u avril 1670. — Charles VII, qui tenoit bien de son père du côté de l'esprit, fut bien plus heureux que lui à chasser les Anglais de son royaume par le moïen d'un bâtard d'Orléans, comte de Dunois, et de cette brave pucelle d'Orléans, dans l'histoire de laquelle il y a bien du roman.

Tout y est incertain ; je m'en rapporte à ce qu'en ont dit Est. Pasquier, M. du Beiley, Denis Lambin, du Haillan, feu M. Xaudé et plusieurs autres qui disent qu'elle ne fût point brûlée à Rouen, et que l'on jetta dans le feu un billot de

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bois au lieu d'elle et qu'elle fut renvoyée en son pais de I'., irrois '.

c^ 18 mus rôyi.— M. Colhert s'en va en carosse de relais taire un voyage de quinze jours à La Rochelle pour v voir un nouveau port que l'on y a fait et que l'on dit avoir coûté une horrible somme d'argent : quelques-uns disent quarante millions.

1. Que dirait Anatole France de ce billot de bois jetédans le feu, si l'on en croit Camus, évèque de Belley ? Cela toucherait sans doute aussi peu ce sceptique que d'apprendre que le Collegium chirurgicorum parisiensium ne siégea jamais rue de la Bucherie, quoi qu'il en ait dit dans son discours d'inauguration de la Maison des Ktudiants. On n'est pas forcé de tout savoir, mais pourquoi parler de ce qu'on ignore ?

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