ACTE PREMIER
UARALD, rude.
GWENDOLINE, frcmblant et fuyant.
Nonl
HARALD
Ah ! viens I
Que veux-lu?
HARALD, se jelaut vers elle.
Te mieux voir.
Ah ! vous me faites mal !
HARALD
Pardon ! je suis farouche Et brutal! Ah! pardon! Mais viens. Je veux savoir
Ton nom. Tu crains que je te touche?... Ne tremble pas ; tu vois, je me tiens là, très loin.
11 n'a pas l'air méchant; sa rudesse est câline Comme celle d'un ours privé qui dodeline De la tête en un coin.
^^ r.WENDOLlNE
HARALD
Ton nom?
GWEiNDOLINE
Mon nom ?
DARALD
Oui!
GwendoUne.
HARALD, fros doux.
Gwen<loIine ! Ce nom est doux comme le bruit De l'écume qui court sur la j^rève la nuit.
Violommeut :
Le mien es. rudement sonore
Comme le choc De la vai^ue qui bat le roc !
Harakl ! Harald !
Voyant que Gwendoline s'éloigne :
Hélas ! Je te fais peur encore ?
Un peu...
HARALD
Qui donc es-tu? dis-le.
Tu le vois bien,
ACTF l'REMlEn 19
(ne femme.
UARALD
Oh ! c'est donc ainsi que sont les femmes? Leurs cheveux sont du miel et leurs yeux sont des flammes,
Tu ne le savais pas ?
HAHALD
P'cmme, Je ne sais rien !
Je vis dans la bourrasque amère, Je suis né sur le flot mouvant ; Mes compa};nons m'ont dit souvent Que la tempête était ma mère Et que mon père était le vent !
Parfois nous abordons les côtes Pour piller la ferme et l'autel ; Puis, joyeux, sous le sombre ciel, Dans la clameur des lames hautes, Je bois la bière et l'hydromel !
Quoi! jamais tu n'as vu rire une jeune fille ?.
UARALD
Un jour, dans le fracas hurlant
De la bataille qui fourmille,
Je suis tombé, le front sanglant.
Peut-être l'heure était venue De prendre vers le beau Walhalla mon essor I Et sur un blanc cheval m'apparut dans la nue
La AValkyrie au casque d'or.
^^ GWENDOLmE
En voyant sa beauté vermeille Luire dans le soleil, tout mou cœur se troubla : Et j'ai rêvé longtemps une femme pareille
Ala ViergeduWalhalla!
Est-ce que je ressemble à la belle guerrière Qui t'apparut dans le ciel éclatant ?
HARALD
Vous êtes aussi belle, ô femme ! et non moins fière, Et plus douce pourtant.
La douceur sied aux jeunes filles Qui ne se mêlent pas au jeu des combattants...
HARALD
Mais à quoi passez-vous le temps?
Nos lances sont des aiguilles, Nous filons de la laine et chantons sans souci,
Pendant que le rouet ronronne ; Puis, pour se divertir, on fait une couronne
Avec des fieurs comme ceci.
Elle va vers les broussailles, cueille des fleurs, les dispose en couronne. II la contemple, ravi.
On prend des églantines blanches, Qui parfois nous piquent la main, Un muguet d'or et des pervenches Et du jasmin.