SCÈNE IV
GWENDOLTNE
coquette
Est-ce que je ressemble à la belle guerrière Qui t'apparut dans le ciel éclatant?
lURALD
Vous êtes aussi belle, ô femme ! et non moins fière, Et plus douce pourtant.
GWENDOLTNE
La douceur sied aux jeunes filles Qui ne se mêlent pas au jeu des combattants...
HARALD
Mais à quoi passez-vous le temps?
Nos lances sont des aiguilles, Nous filons de la laine et chantons sans souci
Pendant que le rouet ronronne ; Puis, pour se divertir, on fait une couronne,
Avec des fleurs, comme ceci.
Elle va vers les broussailles, cueille des fleurs, les dispose en couronne. Il la contemple, ravi.
On prend des églantines blanches, Qui parfois vous piquent la main, Un muguet d'or et des pervenches, Et du jasmin.
Ensuite on les attache ensemble Pour en orner son chaperon, Avec une tige qui tremble De liseron.
AHaraldqui suit, extasié, tous les mouvements de la jeune fille.
Aidez-moi donc 1
Lui montrant la couronne presque achevée :
N'est-elle point jolie ?
HARALD
se penchant pour respirer les fleurs, et les mains
Elle a votre parfum qui trouble, et vos couleurs.
GWEXDOLINE le coiffant de la couronne
Eh bien, tenez !
IIARALD
Folie !
Mon front porte le bronze et méprise les fleurs !
Furieusement, il jette la couronne.
Arrière la vaine tendresse !
Les caresses sont des affronts.
Le vent souffle en ses noirs clairons
Et la rafale est la maîtresse
Qui nous met des baisers aux fronts !
Adieu ! Je pars, ô jeune fille !
Je romps le piège doux et cher.
Dans les fureurs du flot amer.
Sous le ciel gui tonne et qui brille
Je m'en retourne, libre et fier 1