DE LA COURSE
La course ne difïère de la marche que par la rapidité des mouvemens : on peut voir par là combien eüe est naturelle et utile à l’homme. Les avantages que nous procure cet exercice, sont incalculables 5 ses effets salutaires influent , d’une manière très-visible, sur l’individu qui s y livre , et se reproduisent dans toutes les circonstances de la vie. La course favorise les développemens de la poitrine , dilate les poumons , et préserve cet organe précieux des maladies les plus dangereuses et les plus redoutables. En contribuant beaucoup à nous rendre sains et vigoureux , cet exercice peut encore servir à nous soustraire à une infinité de dangers. En effet , combien de personnes n’ont-elîes point été victimes de leur incapacité dans cet exercice ! Combien de malheureux soldats auraient, échappé à une dure captivité, et même à une mort cruelle , s’ils eussent été accoutumes, dans leur jeunesse , à courir vite et longtemps ! Souvent des circonstances imprévues nous exposent à fournir une carrière rapide ou de longue haleine 5 nos intérêts les plus chers nous y forcent , le salut même des personnes que nous chérissons le plus , notre propre conservation peuvent dépendre «de la célérité avec laquelle nous franchissons un espace quelconque. Qu’arrive-t-il à la suite d’un exercice aussi
violent, quand on n’y a jamais été préparé ? quelquefois les maladies les plus graves, le chagrin de voir manquer une entreprise de laquelle notre bien dépend, ou , ce qui est plus cruel encore , de voir périr sous nos yeux des personnes qui nous étaient chères , et que nous aurions pu sauver , si nous fussions arrivés quelques secondes plus tôt. Sans craindre de trop hasarder, on peut dire hardiment qu’il en est de la course comme de la mai che. Si on ne voit que très—peu de personnes couru avec grâce et legereté, on en voit encore bien moins courir vite et long-temps. Beaucoup de gens peuvent à peine parcourir l’espace de quelques cents pas, sans être hors d’haleine , et dans l’impossibilité d’aller plus loin parce qu ils exécutent ce mouvementavec un désavantage réel. Les uns , en balançant les bras avec trop de vioïence, agitent les muscles pectoraux , et compriment, par là, le mouvement delà respiration ; d’autres, en jetant en avant leurs genoux qu’ils plient , et en faisant de grands pas, se fatiguent très-vite, et perdent beaucoup de temps. Ceux qui relèvent les jambes contre le haut des cuisses n’avancent point, quoiqu’ils travaillent beaucoup. I! est aussi très-désavantageux , pendant la course , de renverser le haut du corps en arrière, de faire de trop grandes enjambees , d appuyer trop sur le sol, et de respirer trop précipitamment. Pour courir vile et avec grâce, il faut, pour ainsi dire, raser la terre , en portant les jambes tendues en avant, s’enlever d’un pied sur l’autre, avec beaucoup de vélocité , et faire succéder rapidement le mouvement des pieds.
Pendant la course , le baut du corps est penché un peu en avant : les bras sont, pour ainsi dire, collés au corps à la hauteur des hanches , les poings fermés , les ongles en dessus.
L’instructeur doit non-seulement faire attention que
ses élèves ne contractent point de mauvaises habitudes qui leur rendent la course difficile 5 mais il doit encore leur enseigner tous les petits avantages qui , en la rendant plus facile , leur procurent les moyens d’éviter ce qui est nuisible pour la santé. Il est indispensable que l’instructeur soit lui-même bon coureur, et très-exercé dans les différens genres de course ; car il doit souvent suivre ses élèves pour les empêcher de faire de faux mouvemens , et veiller surtout à ce qu’ils ne se forcent pas. Ce n’est qu’en suivant ses élèves, et en arrivant au but avec eux , qu’il pourra juger de leurs forces, et de ce qu’ils sont capables de supporter.
En les suivant dans la course , il observe encore ceux qui respirent trop vite , ou qui se fatiguent inutilement en relevant les pieds trop en arrière ; enfin , au bout de la carrière, a bien soin que chaque élève penche le haut du corps un peu en avant , pour faciliter la respiration.