‹ Gymnastique élémentaire, ou cours analytique et gradué d'exercices propres à développer et à fortifier l'organisation humaineChapitre 4 sur 53 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ESSIEURS

Vous avez nommé une Commission composée de MM. Nacquart , Mérat , Roux , Fillermaj, Esquirol, Gasc et mm, pour examiner un manuscrit sur la gymnastique; manuscrit que M. Clias, professeur à l’académie de Berne, a l’intention de publier.

Avant de réaliser ses projets d’impression , ce gymnasiarque a manifesté le désir de se concilier les suffrages d’une savante compagnie, qui pût dignement

a GYMNASTIQUE

apprécier le fruit de ses travaux* Sou choix ne pouvait être douteux : c’est à vous , messieurs , qu il s est adressé*

La gymnastique est l’art de régler les mouvemens du corps , de manière à développer ses forces , à augmenter son agilité, sa souplesse , sa stabilité; a entretenir ou à rétablir la santé; à servir enfin au enveloppement des facultés tant physiques que morales.

Elle se présente à notre pensée sous quatre points de vue différons : i°. cet art considéré en général ; 2°. la description des moyens et des procédés ; b . son application à l’étude de l’art olympique et militaire ; 4°. son utilité dans l’hygiène et la thérapeutique.

Nous ne saurions vous présenter avec détail la description des moyens , quoique chaque exercice put, sous le rapport delà dynamique, mériter une attention particulière; mais, pour en donner une idée complète , il faudrait vous lire en entier le manuscrit du professeur de Berne ; et vous n avez point le temps d’entendre d’aussi minutieux détails, ni nous l’intention de vous entretenir d’objets étrangers à vos travaux» Nous dirons seulement en faveur de 1 ouvrage, que le style nous a paru simple , clair , précis , et par conséquent fort approprié a 1 objet traité. Douze planches gravées au trait, et présentant environ cent vingt sujets, augmentent encore ce mérite , en peignant les pratiques principales , les instrumens divers , et en concourait ainsi à éclaircir le texte. On désirerait seulement plus de détails dans les descriptions.

La gymnastique olympique et militaire , quoique exerçant une influence directe sur les facultés du corps, ne peut non plus être le sujet de vos méditations ; elle appartient à la politique , et aussi à des dispositions administratives ; par conséquent elle vous est étrangère»

Quant aux vues générales , nous dirons qu’à ce titre «e rattachent 1 histoire de cet art , dont l’origine se perd dans la nuit des temps , et des considérations d’un ordre important, qui se lient à la morale publique, à la philosophie , et aux grands intérêts de la société.

L histoire de la gymnastique étant inséparable de cehe de la médecine, nous vous demandons ici la permission d’en tracer le tableau à grands traits.

Elle compte , parmi ses inventeurs , un des aïeux d Hippocrate , dont les Grecs des siècles héroïques firent un dieu , parce qu’ils ne connaissaient alors aucun autre moyen pour éterniser leur reconnaissance. Escu lape ordonnait à ses malades l’équitation -, iî voulait qu ils s exerçassent tout armés ; et , après avoir désigné 1 espece d arme dont ils devaient se servir, il les assujettissait à certains mouvemens proportionnés à la nature de leurs affections (i).

Le savant Curt Sprengel pense que l’éducation et la manière de vivre des Grecs , en même temps quelles eurent une influence très-importante sur le développement de leur esprit , contribuèrent au perfectionnement de la médecine (2).

Il affirme également que les écoles des lutteurs exercèrent la même influence sur la culture de la médecine. La gymnastique paraissait agir sur la conservation de l’euexie (3), comme la médecine sur le rétablissement de la santé. C est pour ce motifque les gymnases étaient dédiés à Apollon , dieu de la médecine , et que les directeurs de ces écoles portaient le nom de médecins , parce qu’ils avaient coutume de traiter les ma-

(1) Galen. ad Trasybulum.

G) Section III, chap. 1er., n9 C.

(3j De £v , bien, et de , constitution,

ladies et les plaies légères. C’est ainsi que , peu à peu , on se délivra du monopole et des jongleries exercées par les prêtres , qui s’étaient attribué le droit exclusif d’exercer l’art de guérir.

Entre Escu.la.pe et Hérodicus de Sélivrée, se trouve une immense lacune pour l’histoire. La gymnastique paraît perdre son caractère médical 5 elle cesse d’être un instrument de l’art de guérir , parce qu’elle n’est plus qu’un ressort politique et guerrier. Les nations de la Grèce, entourées de peuples sauvages ou de hordes nombreuses soumises au despotisme asiatique , s’attachèrent à multiplier leur forces ainsi que leur résistance , et trois cents Spartiates apprirent ainsi à vaincre cinq millions d’esclaves.

Hérodicus , qui, avec l’honneur d’avoir remis en vigueurîa gymnastique, compte aussi llionneurnon moins grand d’avoir été un des maîtres d 'Hippocrate, était directeur d’une palestre (1). il vit que ses élèves acquéraient une force extraordinaire dans les jeux olympiques ; il observa que ceux qui jouissaient d’une mauvaise santé ne tardaient pas à se rétablir. Valétudinaire lui-même , au rapport de Platon , et atteint d’une maladie réputée incurable , il en avait été délivré en pratiquant les jeux de son académie. Ses premières observations et ses premiers succès décidèrent sa vocation} et , après avoir pris la résolution de renoncer à l’enseignement des jeux isthmiques , il conçut le plan d’une gymnastique toute médicinale , dont il traça les

règles.

Mais aveuglé par son enthousiasme, peu éclairé d’ailleurs par les lois d’une saine médecine, il outra ses

(1) Ile cksrizpz , de Tcoàri ? lutte.

préceptes. Cependant Galien parle des règles qu'il avait imaginées , et il assure qu elles étaient relatives , d’une paî t , aux pratiques nécessaires à l’état de santé , et de 1 autie , aux précautions voulues par les tempéramens , les âges , le sexe , le climat , les saisons et les maladies.

Néanmoins , si vous voulez bien vous rappeler qu Hei odicus faisait partir ses malades d’Athènes pour aller a Eleusis , en passant par Mégare , ce qui réponpondait a douze de nos lieues, et qu’il les faisait revenir sans nourriture ni repos , vous verrez là une des exagérations les plus singulières de ce sophiste.

Avec cet esprit pénétrant , qui devait créer la médecine ? Hippocrate ne pouvait manquer d’apercevoir ce qu avait de défectueux le système de son maître , et il lui reproche de tueries fébricitans, tantôt par les promenades trop prolongées , tantôt par la lutte et les fomentations (i).

Après Hérodicus , il paraît qu’on regarde îccus , de 1 a rente, comme 1 un des inventeurs de la gymnastique médicale , puisqu il s’efforça de substituer au mauvais régime athlétique une sobriété mieux entendue.

Sur les modèles des académies d’ Hérodicus et à1 leeus , furent incessamment calquées des institutions analogues. L art de guérir sortant des temples, alla se réfugier dans les gymnases , et les exotériques en devinrent les principaux ministres. Trois classes d’ordonnateurs fuient préposées a ces fonctions, les gymnasiarques ou paîestrophylax , chargés du régime des néopbites ; les gymnastes ou surveillans (2), appelés à la cure des

(ï) üpo^txoç TQu’Ç 7TVpcTMVCVT<XÇSy.TSiV£V TTSptOOOKTly 7td0c/}VL nvpiri xokov. hip. lib. IV, de morb. vulg. p, 1176, Foës. (3) Plato de legibus , lib. xj.

maladies; et les aliptes (i) ? qui se firent ensuite appeler iatraliptes (2) , et dont les fonctions se bornaient à faire des saignées , ou à panser des plaies qui étaient venues accidentellement dans leurs écoles.

Bientôt les médecins de l’antiquité furent frappés des avantages inappréciables des nouvelles pratiques , et ils n’en séparèrent plus Fart de guérir. Hipprocrate les recommande en vingt endroits divers , et notamment dans les livres de la diète , du régime et des songes. Celse ne termine jamais une section , sans indiquer le moyen gymnastique qui convient à l’espèce de lésion dont il donne les vues curatives (3).

On doit à Galieii de nombreux préceptes sur l’emploi des exercices méthodiques : il les a fait connaître dans son commentaire sur le livre de la diète (4) ; dans ses traités sur la conservation de la santé (5) , et dans le livre adressé à Trasybule (6) ; il cite aussi , comme partisans des mêmes méthodes, Dioclès , Praxagore , Phjlotime , Erasistrate Erophyle et Thé on , dont le temps a dévoré les écrits, en respectant» peine les noms.

Après ces premiers maîtres , tous les médecins qui connurent et respectèrent la savante antiquité , apprécièrent Futilité de ses leçons. Ætius , Orihase , Mercuricilis , Sanctorius , Fabrice de liilden , S thaï, Baglid , Plempius , Jonhston , Sydenham , Fuller , Boerhaawe, et Fan-Swieten , durent des succès au sage

(1) de , j’oins.

(a) De tarpo; , médecin.

(3) Consultez à ce sujet les livres I , cap. II , sect. II ; XVI , cap. II, sect. III , IV, V, VI , VU; lib. II , cap. II , sect. VIII 5 lib IV, cap. V,

(4) Galen. Venetüs 1 , p. 25.

(5) Ibid, p. % , 7* , 74 ’ 7 5 e}

(fi) Ibid, p. 107, 108 , 109.

emploi des exercices du corps. Parmi eux, Mercurialis et Fuller publièrent de doctes traités , ex professo , sur le même sujet.

Mercurialis se place au premier rang par son ouvrage , intitulé : De y. 4rte gjmnasticd , publié en 1 58y, et dédié à Maximilien IL Ce livre ne se recommande point parla magie du style 5 il est fatigant à lire, et rempli de détails étrangers au sujet qu’il traite. Ses nombreuses explications théoriques sont repoussées par une saine physiologie j mais ces défauts sont rachetés par de savantes recherches et d’excellentes vues pratiques. L’auteur ne cessa d’y travailler pendant les sept années de son séjour à Rome , où il mit à contribution les bibliothèques et les manuscrits précieux que renfermait cette antique capitale du monde.

Les gravures dont Mercurialis orna son ouvrage , quoique faites dans l’enfance de l’art et sur bois, sont piquantes par le naturel et la bonté du dessin. Elles donnent l’idée de quelques moyens négligés de nos jours , et dont le sage em ploi serait propre à accroître les forces relatives de nos organes. On y trouve aussi des plans très-détailîés des gymnases anciens. Le traité de Francis Fuller fut sans doute fort goûté en Angleterre , puisqu’en 1780 il était à sa sixième édition.

Malgré ces ouvrages , malgré quelques essais tentés à Dessau , en 177b, par M. J.-E. Simon , de Strasbourg , et quoique de grands écrivains eussent donné l’impulsion en faisant sentir la nécessité d’un système régulier d’exercice , l’Europe resta sans gymnases depuis les invasions des barbares.

Cependant un Français publia , en 1780 , un écrit où respirait la connaissance de l’antiquité. M. Tissot -, chirurgien major des chevau-légers , fît paraître , à cette époque, la Gymnastique médicinale et chburgi-

cale , bon livre qu’il faudrait dépouiller de quelques explications qui ont vieilli , mais qui a le mérite d’avoir été le premier donné en français , et d’avoir peut-être inspiré Gutsmuths et Salzmann , à Schnepfental , en Saxe 5 Pestalozzi à Iverdun , Feflemberg à Hofwil , Amoros à Madrid , et Clias à Berne.

Nous devons aussi un témoignage de reconnaissance à MM. Amar Durwier et Jauffret , qui se réunirent , en l’an onze (i8o3), pour mettre au jour un ouvrage intitulé : Gymnastique de la Jeunesse ; et nous citerons honorablement l Essai général d Éducation physique , morale et intellectuelle , dont la seconde partie traite , sous forme de tableaux synoptiques , d’un plan bien conçu d’éducation pratique, imprimé en 1808. Cet ouvrage de M. Juî’ien est une source inépuisable d’érudition, de recherches savantes et de préceptes utiles.

Enfin, messieurs, nous abandonnons l’histoire de cette partie de la science médicale , pour arriver à ce point qui , sous tant de rapports , intéresse les hommes de Tart ; nous voulons parler de son application aux lois de l’hygiène et de la thérapeutique.

Quelque étendues que soient les ressources de la médecine, vous gémissiez de ne pouvoir les multiplier, à cause de l’importance de leur objet : alors , pour agrandir la sphère , vous avez saisi avec empressement Foccasion d’acquérir de nouveaux instrumens de conservation , en appliquant aux moyens connus la théorie des mouvemens , et tous les ressorts de la dynamique musculaire. Ainsi , à l’époque mémorable où la vaccine, bien appréciée dans ses effets constans , augmente les probabilités de la vie , la gymnastique , mieux connue, plus savamment appliquée, assurera l’influence salutaire de l’hygiène, et fortifiera les préceptes de la tîuC yapemique,

La gymnastique embrasse un domaine sans limite, puisqu’elle prend l’individu dès son enfance 5 et , semblable à une mère vigilante, le suit dans toutes les phases de la vie. Vers le déclin de sa carrière , elle ne l’abandonne point encore ; mais , d’une main libérale , elle lui distribue les trésors de l’espérance, en lui laissant entrevoir la perspective d une plus grande longévité , et d’une vieillesse exempte d’infirmités. Quel sujet, messieurs , plus digne de vos méditations !

Vous 11’attendiez pas de nous un résumé secret stérile , d’un manuscrit qui ne contient que des descriptions. Vous vouliez que nous fussions témoins oculaires des pratiques dont l’académicien de Berne offrait la théorie , et que nous vous rendissions compte de celles qui pouvaient être utiles à l’art de guérir. Ce vœu exprimé, M. Cîias se prêta, avec une complaisance rare, à toutes nos demandes , et répéta lui-même ses principaux exercices. Nous remarquâmes alors qu’il avait élevé sou édifice sur un plan large , parfaitement approprié aux besoins de la vie et aux lois de l’économie vivante. Son étude constante paraît avoir été de déterminer les moyens les plus convenables pour fortifier chaque organe, et pour augmenter l’énergie des propriétés vitales. Dans ce dessein, il a imaginé des modes d’exercices propres à imprimer une action particulière à chaque partie , et il commence d’abord par les mouvemens les plus simples, pour arriver progressivement aux plus compliqués.

Vous apercevez déjà que, si M. Cîias n’est pas médecin , il a donné à ses travaux une direction toute médicale , intéressante surtout dans ses applications à la thérapeutique.

Les jeux académiques'supposent un local vaste, commode et bien disposé; ils supposent aussi qyie ce local

est pourvu dinstrurnens, ou orné d’appareils nombreux et dispendieux : telle est l’idée que nous nous en formons , soit par les modèles qui sont sous nos yeux , soit par ceux que nous ont transmis Vitruve et Mercurialis , soit aussi parce que, reportant notre imagination vers ces beaux siècles de la Grèce , où les gymnases et les palestres n’étaient jamais séparés de l’éducation, nous avons conçu, sur cet objet, des plans gigantesques, ou des idées plus ou moins vraisemblables.

Mais , en examinant la série des pratiques indiquées dans le travail de l’académicien de Berne , nous avons reconnu qu’il fallait admettre deux divisions principales dans la gymnastique utile aux malades. L’une et l’autre sont subordonnées aux moyens qu’on emploie , et peuvent , ainsi considérées, être désignées sous les noms d instrumentale et d’individuelle.

Celle-ci , qui reçoit tout ses moyens de l’action seule des muscles du convalescent ou de l’infirme., sans le secours d’agens étrangers , convient au valétudinaire comme à celui qui est doué d’une belle santé; à l’homme du monde comme à l’homme de cabinet; au riche comme au pauvre, à l’artisan comme au désoeuvré; elle est enfin praticable dans l’appartement le plus rétréci de chaque individu , et n’exige ni appareils , ni frais , ni espace particulier.

Sur ces simples indices , nous avons obtenu quelques bons résultats , en conseillant des exercices que M. Clias avait répétés sous nos yeux. Un élève en médecine , frappé d’un état nerveux cérébral qui entretenait une cruelle insomnie, a dû sa guérison complète à des mouvemens des extrémités supérieures , renouvelés deux fois le jour, et jusqu’à la fatigue. Un homme de cinquante ans , tburmenté par une sciatique compliquée de névralgie lombaire , n’avait éprouvé aucun sou-

ÉLÉMENTAIRE. n

îagement des médicamens les plus appropriés , ni même de quatre vésicatoires; au moyen d’une série de mouvemens sur place , décrits sous le noms de piaffer, il a repris en trois jours de la souplesse, de la force , il a pu sortir , se promener et vaquer à ses affaires.

Dans une lettre que nous avons reçue de Berne , en date du 20 novembre dernier, M. Clias nous a transmis une observation authentique qui mérite de vous être présentée.

Un enfant, parvenu à l’âge de trois ans, pouvait à peine se soutenir; à cinq, il marchait d’une manière imparfaite, et protégé par des lisières. Ce ne futqu’après 3a dentition de sept ans qu’il commença à marcher sans soutien ; mais il tombait fréquemment, et ne pouvait se relever. Abandonné par les hommes de l’art il parvint ainsi jusqu’à l’âge de dix-sept ans : alors les reins et les extrémités inférieures pouvaient à peine supporter le haut du corps ; les bras étaient d’une faiblesse extrême et repliés vers le tronc ; le rapprochement des épaules comprimait la poitrine , et gênait la respiration ; les facultés morales étaient totalement engourdies , et on n’apercevait aucun signe de puberté.

Au mois de novembre 181 5 , cet infortuné fut présenté à M, Clias par plusieurs de ses élèves , qui le supplièrent de le recevoir dans son académie. En l’admettant, on mesura ses forces : celle de pression des mains, appliquées au dynamomètre , égalait l’effort des enfans de sept à huit ans; les forces de traction, d’ascension et d’élan , étaient milles.

Il parcourait avec une peine infinie une étendue de cent pas , dans l’espace d’une minute deux secondes, et ne pouvait plus se soutenir en atteignant le but.

Un poids de quinze livres, porté sur place, le

faisait chanceler, et un enfant de sept ans le terrassait àvec une incroyable facilité.

Cinq mois après qu il eût été soumis au régime du gymnase , la force de pression de ses mains égalait cinquante 5 au moyen de ses bras , il s’élevait à trois pouces üe terre, et restait ainsi suspendu pendant trois secondes; il sautait trois pieds en largeur, parcourait cent soixante-trois pas dans une minute, et portait dans

le même espace de temps un poids de trente-cinq livres sur ses épaules.

Enfin, en 1817, il grimpa , en présence de plusieurs milliers de spectateurs, jusqu'au haut d’un câble isolé de 20 pieds ; il répéta la même manœuvre au mât de cocagne , franchit avec élan six pieds en largeur , et parcourut cinq cents pas en deux minutes et demie. Il fait maintenant cinq lieues sans se gêner ; et les exercices ont fait succéder, â une maigreur affreuse, un embonpoint convenable , et une forte santé à son état valétudinaire.

Le manuscrit qui vous a été soumis est divisé en trois chapitres ; le premier a pour objet les extrémités inférieures; le deuxième , les extrémités supérieures ; le troisième traite des exercices qui exigent le concours des muscles du tronc et des membres.

Vous êtes bien convaincus de la difficulté qu’il v a d’imprimer un mouvement à l’une des grandes extrémités , sans que les parties voisines n’en ressentent des effets , ou même n’y participent ; vous direz même qu’il est des actions qui, considérées comme simples , ^appartiennent pas moins a plusieurs espèces d’organes , par leur rapports anatomiques.

Toutefois, dans une lésion qui avoisinera ou qui affectera une articulation , vous choisirez de préférence le procédé qui agira plus spécialement sur la partie ma-

élémentaire, ïâ

lade. De ce principe, nous avons déduit la nécessité de former trois grandes divisions des désordres auxquels la gymnastique peut remédier , nous les classerons en lésions, 1°. des extrémités inférieures; 2°. des extrémités supérieures ; 3°. du tronc des appareils d’organes* Vous excuserez sans doute le peu d’orthodoxie de cette doctrine nosologique.

Vous voyez que nous faisons, pour un instant, abstraction de ce qui a trait à l’hygiène. Il ne s’agit pas ici de démontrer l’utilité de l’action pour entretenir la santé ; personne n’a contesté la vérité de ce principe , qui est de tous les temps , de tous les lieux : mais ce qu’il importe le plus , c’est de régulariser ces mêmes exercices , de les varier , de les multiplier, et d’en connaître ou établir une espèce applicable à telle ou tellç espèce de désordre morbide.

Parmi les lésions qui nous semblent devoir céder à une combinaison savante et méthodique des mouve*® mens des jambes et des cuisses, nous placerons le lumbago et la sciatique , affections si tenaces , si rebelles ; l’imminence ou le commencement de la luxation spontanée du fémur, luxation dont nous n’analysons pas les causes, mais que nous croyons presque toujours mortelle ; les ankiloses incomplètes ; les entorses , la conformation vicieuse des jambes, des cuisses et du bassin , dont le parfait développement mérite une si grande attention chez les femmes ; quelques paralysies incom^ plètes , les engourdissemens , certains rhumatismes , notamment les chroniques ; la goutte imminente , les engorgemens lymphatiques du tissu cellulaire , les endurcissemens de ce meme tissu, les dartres, l’aménorrhée , et quelques cas de leucorrhée.

Le plus grand nombre des affections morbides , précédemment énumérées , doivent céder à l’action sou-

tenue et prolongée des bras , lorsqu’elles sont établies vers les régions supérieures 5 mais comme Faction des muscles des bras est presque toujours simultanée avec celle des muscles du thorax , les mêmes exercices corrigeront nécessairement une foule de désordres ou de difformités dont la poitrine est menacée ; ainsi , les cattarrhes rebelles , l’asthme récent , la tendance à la courbure de 1 épine , à la vicieuse conformation du thorax * quelques tubercules scrofuleux des poumons , etc. , trouveraient, dans cette variété de la gymnastique des bras , une solution qu’on aurait vainement attendue des moyens vulgaires.

Tout en reconnaissant l’influence salutaire des mêmes pratiques sur les viscères que renferme l’abdomen , nous avons omis d’en parler, parce que les lésions de cette capacité doivent particulièrement céder aux exercices plus compliqués de la troisième division : cependant Celse recommandait ceux des extrémités supérieures , d’abord modérés , ensuite plus violens , pour les affections de l’estomac (1).

Par les pratiques plus compliquées de cette troisième division , on pourrait combattre les obstructions , la dyssenterie chronique, la leucorrhée, l’aménorrhée, la chlorose , certains vomissemens , la dyspepsie , la coqueluche , l’hystérie, l’ascite, quelques concrétions biliaires et urinaires , la mélancolie. Enfin , les maladies dépendantes de certains virus , telles que les scrofules, le rachitis, la syphilis, le scorbut , beaucoup d’espèces de névroses et de lésions cérébrales , la cachexie, nous paraissent, ainsi que certaines fièvres intermittent

(1) Exercitatio primo levis, deindè major adhibenda est; maxime que quœ superiores partes moment quod genus in omnibus stomachi niiis aptissimum est , Gels, liy. 4 > chap. §„

ÉLÉMENTAIRE. i5

Îe3 rebelles , rentrer dans le domaine de celles qui, dans diverses circonstances, céderaient à une gymnastique sagement et méthodiquement employée.

Pour qu’on ne nous accuse pas d’avoir méconnu une des grandes lois de la thérapeutique , qu’il nous soit permis de rappeler ici que l’emploi des nouveaux procédés ne saurait être salutaire , s’il n’est proportionné à 1 âge , au sexe , au tempérament, à la saison, au degré de l’état pathologique , et à l’exaltation de la sensibilité*

L’ouvrage qui vous a été soumis présente la description de deux cents sept exercices , dont aucun ne fait partie de la classe ordinaire des jeux. Us ont tous pour but direct de déployer la souplesse des articulations , de favoriser le développement de la force musculaire , de redresser le corps , ou d’imprimer la force de station et dequihbre , en même temps qu’ils apprennent à braver ou à éviter les dangers , et à franchir les obstacles,

Ier. Chapitre. - — Extrémités inférieures .

Dans cette première section , on a décrit la marche qui est soumise à neuf procédés ; les équilibres sur le mât de voltige , le passage du pont mouvant , les équilibres de pied ferme, la course en quatorze exercices 9 et le saut qu’on fait pratiquer de vingt et une manières.

IIe. Chapitre. — Extrémités supérieures .

Cette deuxième livraison traite des mouvemens variés des bras , des exercices au bâton fixes , au triangle mouvant, de ceux qui augmentent la force et la souplesse des phalanges , du passage de la barre de fer, du jeu de bâton*

IIIe. Chapitre. — Mouvemeus compliqués .

Enfin , nous trouvons dans cette troisième série huit raanières,de grimper , soit par le moyen du mât de cocagne , des échelles de cordes , soit en employant le traîneau ou le dévidoir ; viennent ensuite les descriptions diverses de la lutte , l’usage de la massue , le jet des pierres , la natation , la cibe mouvante , les huit mouvemens préparatoires de la voltige, les dix-sept de la voltige sur le cheval de bois, et les dix sur le cheval vivant.

-, L’art de courir au mur, de le descendre, les épreuves diverses du dynamomètre pour mesurer les forces des doigt, des bras, de la poitrine et du tronc, rentrent également dans cette troisième section.

Vous voyez , messieurs , qu’il n’est pas possible de faire passer devant vos yeux cette longue suite de descriptions dépendantes de chaque combinaison , mais nous pouvons nous permettre de tracer un ou deux des tableaux qui nous ont le plus frappés.

Nous avons , par exemple 5 distingué dans les exercices des extrémités supérieures , ceux qui se font au moyen du triangle mouvant , comme susceptible de déployer puissamment la force musculaire des mains , des avant-bras , des bras et du thorax.

Cet instrument est composé d’un fort bâton de quatre pieds de long , soutenu par les deux extrémités , au moyen de deux cordes de quinze pieds , qui vont , en se réunissant. , s’attacher à une poutre de traverse. Sur ce triangle, M. Clias a fait preuve de la plus grande vigueur , se suspendant tantôt par deux bras , tantôt par un , soit au bâton, soit aux cordes , et souvent la tête en bas. On Fa vu dans cette dernière position rester assez long-temps avec ses bras tordus en arrière. C’est la

ÉLÉMENTAIRE. î;

que nous avons aperçu tout ce que peut la puissance motrice bien exercée; et c’est là que nous nous sommes représenté ces formes athlétiques si communes ches les anciens , et perdues dans nos sociétés modernes.

M. Clias nous a montré aussi ce qu’il appelle piaffer , mouvement gradué des extrémités inférieures et sur place. Cet exercice qu’il a , ce nous semble , emprunté de l hippiatrique pour l’appliquer à l’espèce humaine , se fait de trois manières , au pas , au trot , au galop. II paraît principalement indiqué contre la sciatique , le lumbago, la luxation spontanée imminente, l’hydrocèle, l’endurcissement du tissu cellulaire du scrotum et des -, jambes , celui des glandes inguinales , les obstructions abdominales , etc.

Il a ceci d avantageux , qu’il peut être proportionné soit à la nature de la maladie, soit à la sensibilité de 1 individu , soit à ses forces ou à son âge ; il a cet autre mérite , déjà énoncé sous un rapport plus général, qu’il n’exige ni préparatifs, ni frais , ni instrumens , ni local particulier.

Tels sont, messieurs, les documens que nous pouvons vous offrir sur l’ouvrage de M. Clias , de cet apôtre plein de zèle, qui, pénétré de l’importance de son sujet , fortifie toujours le précepte par l’exemple.

Il a trouvé dans un gouvernement sage, paternel généreux et éclairé , une protection qui anime ses efforts et garantit ses succès. Un local immense lui a été confié à Berne , dans la plus heureuse des situations , et cent cinquante élèves y suivent habituellement ses cours.

Il peut, là, déployer toutes les ressources de son art, et, depuis long-temps , il y forme pour sa patrie des homr mrs sains , robustes, et des citoyens qui savent allier la fermeté de l’àme à celle du corps.

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