LA NATATION
Le tous les exercices qui font partie de leducation physique, la natation est sans contredit l’un des plus utsies. Il contribue le plus puissamment au développement du corps, à l'entretien , à l’accroissement des forces , et à la conservation de la santé. Si l’on considère cet exercice sous le rapport de la propreté , il réunit tous les avantages des bains froids, si souvent recommandés comme le remède le plus efficace pour fortifier et endurcir le corps ; si on l’envisage comme moyen conservateur, il faut avouer que de tous nos exercices, i I n y en a aucun qui donne à l’homme plus de confiance, plus de courage dans des circonstances périlleuses. Ajoutez à tous ces avantages la douce satisfaction qu’éprouve un bon nageur en arrachant à une mort certaine lin de ses semblables , et même quelquefois une personne chérie. Les différentes situations dans lesquelles se trouve le corps en nageant, mettent en jeu tous les muscles des extrémités supérieures et inférieures à la fois , particulièrement ceux des bras et de la poitrine. Quoique souvent violente, quand ou nage , l’action des poumons est très-salutaire à Faccroissement de la poitrine. Je doute meme qu’il existe un plus sûr moyen de faire prendre à cette partie du corps cette forme bombèe que nous admirons dans les statues des anciens.
Tous les nageurs étant convaincus que ce n’est que la position du corps et la justesse de ses mouvemens qui leur donne la facilité de nager long-temps , et sans beaucoup se fatiguer 5 il est évident que Ton peut enseigner aux enfans les principes élémentaires de la na«
talion, sans avoir recours à l’eau, ni à une quantité d in~ strumens qui en augmentent la difficulté. Pour bien enseigner les mouvemens et la position du corps , il faut soi-même être bon nageur , et avoir été dans ie cas d’observer l’influence des différentes eaux sur le corps
humain. .
L’été étant très-court , et souvent froid dans le pays
que j’habite, les jeunes gens n’ont pas , comme dans
les climats tempérés , la facilité de se baigner tous les
jours et à toute heure. Ajoutez à cela que , maigre leur
limpidité , nos rivières sont très- froides , dès qu il pleut
dans nos montagnes , ce qui empêche les jeunes gens
de rester dans l’eau aussi long-temps qu ils le désirent.
Cette circonstance met encore un grand obstacle aux
progrès qu’ils pourraient faire dans la natation , et les
dégoûte , pour ainsi dire, de cet exercice.
Pour apprendre à nager aux jeunes gens , maigre toutes ces difficultés , il a donc fallu , autant que possible, hâter, par tous les moyens qui sont à notre portée , les développemens élémentaires. Voici en partie les raisons qui m’ont engagé à adopter un système nouveau pour enseigner la natation. L’expérience que j’ai faite sur plusieurs sujets m’a prouvé que cette manière était bonne, et présentait de très-grands avantages aux habitans des pays froids.
Pour accoutumer mes élèves aux mouvemens coïncidens des pieds et des mains , je me sers d’un corset de sangle , dans lequel je les fais coucher sur le ventre, les reins un peu repliés en arrière , les bras et les jambes tendues. Alors, par le moyen d’une poulie fixée au plafond ou à une poutre transversale , je les hisse à trois ou quatre pieds de terre , et je leur fais alors exécuter tous les mouvemens que bon fait en nageant. Dès qu’ils sont fatigués sur le venue , je les exerce à nager
sur le dos 5 et ainsi de suite pour toutes les autres positions.
iXonobstant les avantages que nous procure cet exercice, par le développement de toutes les parties du corps; la position et les mouvemens que font nos jeunes amis , suspendus eu î air, nous procurentuu spectacle amusant dont chacun est obligé de faire les frais de bonne grâce.
Je n’mdique ici que les exercices préliminaires; pour a apport à un cours complet de natation , je renvoie â l’excellent ouvrage de M. Poissonnier ( Art de JYager') , ceux qui désirent faire une étude particulière de eet art (i).
.Aussitôt que la saison des bains arrive, je conduis au lac ou à la rivière ceux de mes élèves qui ont exécuté les mouvemens avec le plus de précision, munisdu corset. !>es que le plus habile s est préparé pour la nage , c’està-dire, s’est frotté avec force toutes les parties du corps, en les mouillant abondamment , je l’attache sur le scaphandre (2) , je le conduis dans l’eau jusqu’à ce qu’il ommence a se sentir soulevé par la force du fluide et <a légèreté du liège ; je l’engage alors à se coucher doucement sur le ventre , en étendant les bras en avant, et lui faisant observer qu’il doit avoir la même position , et exécuter les mêmes mouvemens que lorsqu’il était suspendu en Pair. Pour peu que mon élève ait de courage, à la huitième leçon, je peux lui ôter le scaphan-
un vol. m-12 9 avec
(j) Se procurer le Manuel du nageur ; rtaris , Loeard , quai des Âugustins , n°. 3.
(2) Planche de liège formant un carré long , recouverte en drap,
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rems et au cou. Le poids spécifique du scaphandre doit être de
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die, elle faire nager où il n a plus pied. 3e dois néanmoins rester encore plusieurs leçons près de lui , pour l’encourager, et veiller à ce qu’il ne lui arrive point d’accident. Aussitôt que je commence à m’apercevoir qu’il nage avec assurance , je lui enseigne à nager sur le dos , et ainsi de suite , pour les autres positions.
Quant aux précautions , j’engage les instructeurs à ne pas brusquer leurs élèves pour ces sortes d’exercices, et surtout à ne jamais les forcer d’entrer bien avant dans l’eau. Ne vous baignez jamais immédiatement après les repas. Evitez aussi soigneusement de vous déshabiller et de vous baigner avant d’être entièrement rafraîchi. Ou devrait même , à la suite d’exercices violens , ne point se baigner , mais seulement se laver en se frottant les jointures avec beaucoup de force. 3e recommande cette friction avant de nager, comme le moyen le plus sûr de se préserver de la crampe et des étourdissemens, auxquels le meilleur nageur ne résiste pas , pour peu qu’il soit éloigné du rivage. La friction après le bain , en faisant circuler le sang , le distribue dans toutes les pa rties du corps qui s’engourdissent facilement dans l’eau froide. Pour peu qu’on se frotte avec force , elle a encore l’avantage de répandre en nous une chaleur agréable qui met tout l’individu dans un état de bienêtre indicible. Outre tous ces avantages , en frottant souvent les jointures , les muscles et les articulations acquièrent beaucoup de force et d’élasticité.
Pour les personnes qui n’ont point l’avantage d’avoir tm bon maître, et qui désirent apprendre à nager, voici les règles les plus simples , mais que bon doit suivre strictement. On doit avant toutes choses s’accoutumer insensiblement à la fraîcheur de beau; et, si l’on s’est bien frotté, à la troisième ou quatrième fois, on n'éprouvera plus celte anxiété inséparable du premier
iU GYMNASTIQUE
saisissement que fait éprouver l’eau froide. Aussitôt que vous êtes aguerri , reconnaissez bien 1 endroit où vous voulez vous baigner 3 et, si vous croyez vos observations insuffisantes , priez un nageur de vous conduire en tous sens dans l’endroît que vous avez choisi 3 mais évitez un fond inégal et le courant.
Une fois toutes ces précautions prises , après vous être bien frotté , et avoir assujetti le scaphandre , entrez doucement dans beau , la tête et le cou droit , la poitrine en avant, les reins repliés en arrière, depuis la nuque jusqu à l’extrémité. Aussitôt que vous êtes dans l’eau jusqu’à la ceinture , couchez-vous sur le ventre, étendez les jambes sur la surface de l’eau, avancez les bras, les doigts collés ensemble , étendez-les , et les approchez successivement vers la poitrine , sans trop de précipitation. Ne passez pas vos limites avant de savoir nager 3 c’est ce que l’on ne peut trop vous recommander. Quoique vous n’ayez pas la moindre chose à craindre dès que le scaphandre est bien assujetti, il est toujours fort imprudent de se hasarder sans nécessité.
LA LUTTE
Mes élèves suffisamment préparés par tout ce que nous avons fait jusqu’à présent , je peux , sans craindre aucun accident, les familiariser avec un des exercices les plus compliqués par la diversité des mouvemens et les diverses situations dans lesquelles se trouvent les lutteurs. Les effets salutaires qui résultent des différentes manières de lutter , s’étendent sur tout le corps. Les membres se développent , les muscles se fortifient, les esprits vitaux circulent plus libre»
ment, et s’augmentent d’une manière tres-visible. Cet exercice offre aussi l’avantage d’armer les jeunes gens de patience , de courage et de constance. IJne longue ex périence , et la pratique journalière 5 m’ont prouvé que5 de tous les exercices du corps , la lutte bien dirigée est celui qui augmente le plus le courage, endurcit à la douleur, et accoutume les jeunes gens à la persévérance. Je ne prétends parler ici ni de îa lutte barbare des esclaves, m du pugilat des anciens. Il n’est question que des exercices que mes élèves font en ma présence , afin d’augmenter leur adresse et leur présence d’esprit.
Lesdifférens cas où ils se trouvent, soit pourplaisanter ou agir sérieusement , les mettent à même de juger des avantages qu’ils pourraient obtenir d’un mouvement ou d’une position quelconque , et leur procurent , avec moins de force , une supériorité réelle sur des sujets non exercés. Les différentes manières de lutter, considérées sous ce point de vue ; après les premiers élémens , je prescris à mes élèves très-peu de règles pour la lutte. Chacun emploie les moyens qui lui paraissent les plus propres à obtenir la victoire , soit par la force , l’adresse ou la ruse , sans cependant se blesser, ni avoir recours (en plaisantant) aux ongles ou aux dents.
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