GYMNASTIQUE ORTHOPÉDIQUE
Us local trop étroit , mais rempli de machines ingénieuses, a fixé notre attention , et n’a point trompé notre attente. Nous vous devions quelques documens sur cet établissement, le premier de ce genre fondé en France , et probablement en Europe. Il ne lui a manqué pour être une des institutions les plus curieuses , qu’un développement plus étendu de terrain. Alors nous y aurions vu créer une foule d’instrumens que nous devrions au génie inventif de M. Delacroix , chirurgien herniaire du roi.
Il serait trop long , probablement trop fastidieux de faire passer en revue tous les moyens imaginés par l’artiste habile pour le redressement des extrémités difformes , et notamment de la colonne épinière. Envisagé sous ce rapport , l’orthopédie est redevable de beaucoup de progrès à M. Delacroix , qui nous a livré avec confiance son cabinet de machines , et qui nous a fait communiquer des éclaircissemens par son estimable parent, M. Delacroix , chirurgien du duc de Bourbon et de la princesse sa sœur.
Passant sous silence les iostrumens destinés uniquement à l’orthopédie , nous ne vous entretiendrons que de ceux où le mouvement imprimé peut remplir un but
(i) Cette troisième partie n’a point été communiquée à la société de médecine.
ÉEÉMENTÀ IRE. 37
gymnastique. Nous allons esquisser îa description des principaux, parce qu’on ne connaît pas encore de semblables modèles dans les gymnases, et parce que nous les avons jugés avantageux dans certains cas de pathologie.
i°. Le premier est un lit mécanique , à châssis mobile et fonds sanglé , auquel on donne à volonté une pente plus ou moins inclinée, et sur lequel ou se couche.
Les bras élevés et fortement tendus au-dessus de la * tète, dans une direction parallèle au corps, atteignent deux cordons ; un mouvement alternatif de traction et de relâche , opéré sur ces deux cordons passés dans des poulies, fait remonter et descendre le corps, à J’aide du châssis mobile sur lequel il repose. En s’exerçant ainsi , on étend et fléchit tour à tour les genoux , de telle manière que les bras sont entraînés en haut et en arrière , ou ramenés sur les parties latérales du corps. Un ressort élastique , contre lequel viennent encore frapper les pieds lors de la descente du châssis, aide au renvoi de tout le poids vers la partie supérieure.
Dans cet exercice, tous les muscles des extrémités agissent avec effort pour transporter le corps en haut. C’est une espèce de nage sur le dos, qui dorme beaucoup de souplesse aux articulations , et contribue puissamment au développement des parois de la poitrine.
Les malades trop affaiblis pour se transporter d’un lieu dans un autre , trouveraient dans cette invention un moyen salutaire d’obtenir de doux mouvemens proportionnés à leurs forces. On pourrait meme leur imprimer ce balancement sans qu’ils fussent tenus au moindre effort. U suffirait, pour arriver à ce résultat, qu’un aide opérât le mouvement de traction en agissant sur les deux cordes à poulie.
2°. Ce lit mécanique se transforme facilement en une autre machine, au moyen d’un siège, ayant îa forme
d’un banc que l’on fixe transversalement sur le fond sanglé , mobile 5 aux extrémités de ce siège , sont deux rames engagées par un anneau à deux chevilles fixées sur le siège. Le malade , assis très-commodément, peut imiter ainsi Faction de ramer , et prolonger l’exercice selon ses forces ou ses désirs.
3°. Au moyen d’une pédale , 011 communique à un * cheval de bois , fixé sur un pivot à charnières , le mouvement du galop -, et , tout en faisant éprouver des secousses ou un balottement utile à un enfant rachitique ou atteint du carreau , il reçoit les premiers rudimens de l’équitation.
4°. Fauteuil mécanique . Dans deux coulisses verticales sont engagées les parties latérales d’un fauteuil où s’assied le malade. Au-dessus de sa tête est une corde de poulie , qui sert à opérer l’ascension. Derrière le fauteuil se trouve un contre-poids qu’on augmente ou diminue selon la pesanteur du sujet ; au bas de l’instrument est un marche-pied où sont montées deux semelles en bois qui s’éloignent ou se rapprochent par le moyen d’une vis de rappel , afin d’obliger à porter par degrés les pieds en dehors.
L’individu malade , ou seulement mal conformé , étant assis , il monte verticalement , ou descend à volonté , au moyen de la corde de poulie placée au-dessus de sa tête.
Ce mode d’exercice paraît convenir aux enfans qui ont un coté du thorax moins élevé que l’autre, parce qu’alors on ne fait communiquer l’impulsion qu’au moyen du bras dont le côté est plus bas ; il est en même temps utile pour obliger à porter les pieds en dehors.
5°. Mouvement de cloche. Qu’on suppose une vaste meule en bois , coupée par moitié, de manière à former un demi-cercle plein ; que sur le milieu de la corde de
Elémentaire
Éarc on place une poulie } qu’à Fun des angles on fixe une corde , et à l’autre un contre-poids } on aura une idée exacte de cette machine aussi simple qu’ingénieuse.
À l’aide de la corde et du contre-poids, qu’on peut d’ailleurs augmenter à volonté, le sujet le plus pesant s’élève de terre et descend alternativement. 11 saisit le câble par les deux mains , si la poitrine a besoin de s’élever également} et, par une seule, s’il existe une déviation de la colonne vertébrale ou d’un côté du thorax.
6°. Le puits. Tous les praticiens s’accordent à recommander le mouvement qui a lieu dans l’élévation d’un seau du fond d’un puits. M. Delacroix a figuré le puits par une corde engagée dans une poulie simple, etavant à son extrémité un contre-poids que l’on varie selon la force du sujet.
70. Ze mât de cocagne. C’est une espèce d’échelle à une seule branche , conservant absolument la position verticale du mât de cocagne ordinaire} mais les échelons alternes occupent les deux parties latérales jusqu'en haut , sans jamais se correspondre.
Pour y monter, on pose le pied sur le premier échelon , tandis que les mains vont en saisir deux autres au-
dessus de la tête.
Le mouvement d’ascension , qui a lieu en spirale , se fait toujours le dos tourné au mât, la face eu dehors , et; en passant la tète sous l’un des bras , de manière a projeter la poitrine en avant , lorsque les bras sont fixes
en haut et en arrière.
Cette manière nouvelle de grimper nous semble fort ingénieuse ; elle contribue puissamment à élargir le thorax , et à développer les grâces} ellq convient parfai-
tement aux personnes du sexe dont la poitrine est aplatie, et aux jeunes gens qui ont les épaules trop rapprochées , on la cavité pulmonaire inégalement distribuée.
8°. Tremplin mécanique. Une longue et forte planche est fîxce pai une de ses extrémités a une profonde mortaise pratiquée clans le mur. Vers Je milieu, on place un tabouret pour servir de point d’appui; l’autre bout de la planche est mobile , et constitue ainsi un ressort élastique qui reagit sur la personne montée dessus. IA , les extrémités inférieures exécutent à volonté différentes sort( 0 P ^ 5 tandis cjue les mains s attachent , pour le soutien c*u coips , a une traverse placée au-dessus de la tête. Cette traverse a ses deux extrémités engagées à angles droits dans deux tubes de fer, où sont placés deux ressorts à boudins. C’est par Je moyen de ces deux ressorts que la traverse de soutien monte ou descend suivant les lùouvemens, la grandeur du sujet, son poids et la force avec laquelle les bras s appuient sur elle.
Cet exeicice leunit a ] avantage des balançoires orclin au es , celui de maintenir le tronc dans sa rectitude. Il exerce ptesque tout 1 appareil locomoteur à la fois , et communique un doux ballottement aux organes thoraebiques et abdominaux.
Ajoutez qu une espece de casque , suspendu à un ressort élastique, peut au besoin soutenir la tête, si elle ne conserve pas son élévation naturelle, si elle est entraînée sur l’une des parties latérales du cou , ou si elle penche sur la capacité de la poitrine.
9 • Les bai illets. Hans cet appareil , le corns est place lait râlement et soutenu par deux points opposés. Une clés épames est engagée a une épaulette qui , au moyen <1 une courroie, va se terminer à un ressort mobile ; la hanche opposée est également engagée dans une espèce de ceinture , dont l’extrémité s’attache en faisant plusieurs contours sur un barillet.
Alors ic sujet fait a volonté, mais avec quelque effort, des mou v cm en s latéraux, tantôt sur la droite , tantôt
sur la gauche. L’action s’exerce plus particulièrement sur les hanches et la cavité cotyloïde.
Nous admettons Futilité de ce balancement latéral contre la conformation vicieuse du bassin , de la colonne vertébrale 5 contre sa raideur et Fankylose de la tète du fémur.
io°. Fauteuil à roulettes. Nous avons jugé indispensable de vous entretenir d’un fauteuil destiné, à ceux qui sont atteints de paralysie , d’ankyloses ou d’engourdissemens des extrémités inférieures. Par le secours de deux manivelles qu’on fait tourner en sens contraire , il reçoit le mouvement et la direction qu’011 veut lui donner.
Si nous supposons un individu dont les bras affaiblis, atrophiés, demi-paralysés ou ankilosés , exigent un fréquent exercice, celui-ci peut être indiqué comme un des plus salutaires et des pins agréables.
1 1°. L’Orthoskèle (1). Tel est le nom que je propose de donner à un instrument fort compliqué dans lequel on enchâsse les pieds et les jambes, et qui, au moyen de courroies, fait progressivement porter les pieds en dehors , et les contient dans cette situation.
Cette machine a servi à redresser les jambes cagneuses d’un enfant. Au moyen de deux ressorts , il faisait mouvoir alternativement les deux pieds, et s’amusait autant du bruit que du mouvement.
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Tel est , messieurs , le résultat de nos recherches , de nos observations , de nos rapprochemens. Nous aurions pu agrandir ce travail en consultant l’expérience
(2) D’ocOo; , droit , et de cr/s^oç, jambe.
des siècles écoulés , en examinant ce que la raison dit en faveur des méthodes nouvelles» Mais alors, égarés sur un terrain qui n est plus le nôtre , nous eussions abandonné la route tracee par le cercle de nos devoirs, nous eussions lasse et votre patience et votre attention.
Un jour, peut-être , des savans, pénétrés de l’importance des nouvelles institutions , feront une classification applicable aux diverses espèces de désordres qui peuvent être soumises au pouvoir de la gymnastique, ils indiqueront sans doute le genre d’exercice qui convient spécialement à telle ou telle lésion, à telle ou telle disposition.
Alors seulement , cette branche importante de l’bygiene et de la thérapeutique aura acquis le degré de perfection que reclame la sienne. Alors on verra se multiplier et les palestres particulières, et ces gymnases publics, si utiles pour fortifier la jeunesse, si indispensables pour reculer l’époque de la vieillesse , pour en éloigner les maux, les infirmités qui l’accablent si prématurément dans nos sociétés modernes : plus que toutes les panacées , les philtres et les secrets que le charlatanisme emprunte à l’ignorance pour exploiter la crédulité , les jeux gymniques opéreront les prodiges que l’humanité sollicite de l’art.
Saisissons avec activité cette ressource qui nous est offerte , replaçons dans le domaine de la médecine une branche de la science médicale que les anciens avaient creée , que le temps a vouée a 1 oubli. Mettons à profit tes gymnases que le zèle a fondés , en appelant de tous nos vœux , en provoquant de tous nos efforts la création de ceux que les besoins de l’humanité réclament.
Y, B ALLA, docteur médecin.
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