LETTRE
Adressée en 1833 à M. le Rédacteur du journal Le Mentor ,
à Paris.
Monsieur ,
Les parens de vos jeunes lecteurs ne liront pas sans intérêt le fait suivant, que je croîs devoir livrer à la publicité pour le bien de Inhumanité. C’est à ce titre , monsieur le rédacteur , que j’ose réclamer Finsertion de cette lettre dans votre aimable journal.
M. de C. V**% père d’une fdle unique , avait la douleur de la voir toute contrefaite ; je n’en ferai pas le tableau, il paraîtrait chargé. La difformité de sa taille , causée par une déviation grave de la colonne épinière, la cavité pro-
fonde du côté gauche, causée par la hauteur prodigieuse de la hanche et l’inégalité des jambes , ne présentaient aucune espérance d’amélioration par le moyen du traitement orthopédique ordinaire. La physionomie de cette jeune fille était agréable, malgré son irrégularité j mais sa mauvaise conformation dérangeait fharmonie de ses traits, et se reproduisait sur l’ensemble de sa figure.
En la voyant on était saisi d’un sentiment pénible et plein de compassion, et, par un mouvement involontaire , on s’écriait : « quel dommage ! » Son père et sa mère, qui l’aimaient comme on aime une fille unique , étaient désolés , je dirai même inconsolables de la voir dans cet état.
Vous pensez bien, monsieur, que
rien ne fut épargné pour combattre cette difformité. La pauvre jeune fille était restée trois ans sur un lit orthopédique, et lorsqu'elle marchait, c’était avec des béquilles ; elle était , par suite de ce traitement,, tombée dans un état de rachitisme complet, qui faisait craindre pour ses jours.
Enfin , tout ayant été mis en usage pour la guérir et n en ayant obtenu aucun succès, je conseillai aux pareils de se résigner à aimer leur fille telle que