E. Faguet, Revue de Paris, 15 juillet 1899, p
2. Guy de Maupassant, préface des Lettres de Flaubert à George Sand, p. 79.
les hommes voyagent, s'assemblent, causent, et trahissent à leur insu leur fonds intérieur. Taine, nous disent des amis qui l'ont connu, s'asseyait à part, interrogeait longuement tel ou tel; s'il se taisait, on respectait son silence ; il en profitait pour apprendre à connaître la société, à différencier les milieux, à saisir le jeu de la vie, en dehors des préjugés et des définitions coutumières. De là, en plus d'une page, la nouveauté et la souplesse de ses idées, l'air de vérité, l'imprévu de ses constatations.
Cette observation directe était pour lui l'éducation nécessaire, le quart de la besogne du savant. Il reprochait à Strauss, à 0. Millier, d'être de purs érudits, de négliger l'observation personnelle, celle qui s'intéresse à la vie présente, et vivifie le passé à l'aide d'une connaissance passionnée et délicate de l'àme moderne '. Pour lui, il a préparé son Histoire de la Littérature anglaise, en allant par deux fois enquêter sur place, vivre chez les Anglais. — Et l'on sait combien il regretta de n'avoir pas eu pour écrire son Régime moderne