La Théorie de l'Inielligence
5. Gréard, ibid., p. 197 : (c Je ne te parlerais pas tant de toi-même,
montée, mon cher, et elle creusera jusqu'à la fin: advienne que pourra.
Mes ennuis viennent d'ailleurs. Le métier, la province, les tracasseries, la stupidité des élèves, etc., d'abord. La consolation, c'est que cela ne me prend que deux heures par jour. — Ajoute la certitude d'être et de rester patit, valet aux ordres des muphtis universitaires.
Qui n'a pas dans la vie Un petit grain d'ambition'^
Ce petit grain, on l'écrase, il germe toujours et il faut beaucoup de philosophie pour s'accoutumer à la pensée de passer sa vie à Poitiers ou Draguignan, parmi les contrariétés et dans la solitude.
D'avenir universitaire, point; je ne sais qu'un moyen d'en avoir : de trouver une madone qui me fasse un signe de tête, et de faire communion publique. Malheureusement, la madone ne s'est pas encore rencontrée. — D'avenir mondain, pas davantage. On lira ton beau style; mais qui s'occupe de philosophie? Et, parmi ceux qui y jettent les yeux, combien y en a-t-il qui n'en fassent pas une arme politique? Je trouverai en France six rats de cave comme moi et quatre curieux comme toi qui voudront me lire, et si j'écris c'est pour le plaisir de voir mes idées proprement enfilées les unes au bout des autres, et de faire la roue intérieurement avec mon nouveau collier. — Il faut supprimer en soi une foule de
si je n'avais eu vaguement de mauvaises nouvelles sur l'état de ton esprit. Cet esprit-là est à nous tous et il faut le garder, brillant et tranchant, comme notre meilleure épée. »
désirs que tu sais ; et cela n'est pas TafTaire d'un jour.
Quant à ma thèse, mon ami, j'ai été trompé par trois choses : le règlement du doctorat qui dit que la Faculté ne répond pas des thèses; la thèse de M. Hatzfeld'qui avait soutenu audacieusement des opinions théocratiques; enfin l'enivrement de la rédaction. Je voyais mes syllogismes dans une clarté éblouissante, et je pensais qu'en rejetant les doctrines, ils l'accepteraient comme hypothèse conséquente. Je vais (qu'en dis-tu?) proposer à M. Le Clerc une thèse sur les fables de La Fontaine ; j'ai étudié ce sujet-là pour l'agrégation, et il me semble qu'on peut dire là-dessus beaucoup de choses neuves^. (L'opposer aux autres fabulistes qui ne veulent que prouver une maxime ; la fable devenue drame, épopée, étude de caractères; caractère du roi, des grands seigneurs, etc. ; — opposer le génie de La Fontaine, grec et flamand, à celui du siècle.) — Nous trouverons ensemble quelque chose pour la thèse latine. — Je compte être à Paris, le 17 ou le 18, y rester cinq ou six jours et revenir le l^"" octobre avec ma mère. Nous aurons le temps de nous voir. — Mais pourquoi me parles -tu tant de moi, sans me dire un mot sur ton travail? Où en es-tu? — Enfin nous allons causer.
Quant au mien, mon cher, corrig-e toi-même et sans attendre mon avis, ce qui te déplaira. Tu as bien raison pour extériorisant, duperie, etc. ; mais à lire les physiologistes et Hegel, c'est miracle si on ne devient pas