Le roninn de M. de Lamartine, qui veiiail de paraître
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raisons cl ilÏÏ! rentes, j'ai été fort ému'; laissons décote io mauvais style et tous les ridicules d'exécution ; à mon avis, le fond, l'idée, l'esprit du livre sont excellents. 11 a bien compris l'amour; l'amour est une faculté et non pas un besoin; l'amour vrai se suffit à soi-même et est lieui'enx par sa seule activité, comme la pensée ; il est dévoué; il n'est point accapareur et destructeur, comme l'amour sensuel et les amours de convoitise; il n'aspire pas à faire de l'objet aimé une simple dépendance de soi-même; il ne se considère pas dans ce qu'il ressent, et dans ce qu'il fait pour l'objet aimé ; mais il vit en lui et double ainsi sa propre existence ; c'est la conservation parfaite de deux personnalités dans l'union absolue de deux êtres; il n'est point égoïste et jaloux; il souffre que l'objet aimé aime d'autres personnes; il n'a qu'un objet, s'unir davantage à lui et le rendre plus parfait; il est comme un sculpteur qui, les yeux fixés sur le modèle idéal, corrige et embellit tous les jours ses divines statues. 11 n'est pas languissant, rêveur, mélancolique, prompt aux larmes; il est fort, sensé, raisonnable, courageux ; il n'est pas une passion, mais une activité; l'bomme n'est pas possédé, asservi, amoindri, mais fortifié, exalté et divinisé, comme il l'est par l'exercice assidu et sublime de la pensée et de l'action.
Heureux, ceux qui peuvent trouver dans leur vie
\. Grôard, ibid., p. 145 : a Rien de nouveau dans ma vie, sinon la lecture de l»aphaël qui m'a singulièrement ému : lis-le et lu sauras pourquoi. »
H. TKVIZ. — rORhESPON'nvXCE. 5
quelques traits de cet amour! Mais le mal est que Timperfection de tous les êtres nous force à ne les aimer que partiellement, et qu'ainsi ce feu intérieur qui pourrait allumer un si grand incendie s'éteint en se dispersant, ou tout au moins s'aiïaiblit! L'homme n'est pas né pour vivre seul; le besoin d'amitié le tourmente sans cesse; je le sens ici plus que jamais; seul, sans personne pour me guider et m'encourager, je suis quelquefois très malheureux; tes lettres me rendent bien heureux, et me consolent fort de toutes ces misères; écris-moi souvent; j'en ai besoin; mais surtout tâche de m'aider en me redressant, en me disant en quoi il te semble que je pèche, ce qu'il faudrait corriger dans ma pensée, dans ma manière de voir la vie, dans tout enfin; je t'écris avec tant de liberté, et nous nous sommes vus si longtemps, que tu dois me connaître comme moimême; songe que je fais la même chose pour loi; qu'est-ce que cette propagande philosophique que je te fais par écrit, sinon un désir de corriger ce que je crois être faux dans tes opinions? Eh! mon ami, il n'y a personne au monde qui nous dise le vrai; presque personne ne nous connaît ; ceux qui nous ont vus nous connaissent incomplètement ou nous jugent avec leurs préventions, ou leurs amitiés; nous-mêmes nous ne pouvons rien dire de bien certain sur nous-mêmes; avec la meilleure foi du monde, nous ne voyons rien ; la proximité nous crève les yeux. C'est bien le moins que les amis soient des confesseurs les uns pour les autres. A quoi servirait l'amitié sans cela? On flatte les indifférents, on
se tait avec ses ennemis; on sourit aux personnes du monde; on parle tout haut un langage de convention; avec ses amis on parle tout bas et à l'oreille le langage de la bonne foi; il n'y a qu'eux qui se connaissent assez pour savoir s'ils ont l'estomac assez robuste pour digérer ce mets rude et désagréable, cette nourriture virile qu'on appelle la vérité. — Adieu et écris-moi sur les quatre pages.
AU MEME
Paris, 50 mars 1849
Je relis ta lettre* et j'y trouve une phrase qui m'inquiète. Tu parles de publier un écrit ^ sur tes convictions philosophiques.
Penses-tu vraiment à cette folie? Tu m'avoues toimême que tes opinions ne te semblent que probables. Et tu vas engager ta vie entière, à dix- neuf ans, par un écrit public, lorsque tu ne sais pas si dans un an le mouvement de ton esprit ne t'aura pas jeté dans d'autres pensées? C'est une témérité inexcusable. Tu joues avec ton avenir; je t'en prie, réfléchis, et songe quelle chose c'est qu'imprimer.