‹ H. Taine: sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 107 sur 131 · A M. C. COIGNET · texte numérisé non relu

A M. C. COIGNET

Anvers, 20 octobre 4867 Monsieur,

Ma mère, que j'ai priée en mon absence de lire mes lettres, m'envoie un extrait de la vôtre. Celle que je vous ai écrite est trop visiblement personnelle pour être insérée dans un journal ; je vous le faisais remarquer en finissant. Mais s'il vous paraît intéressant de marquer « la position de la question », laissez-moi vous dire que j'ai touché ce point ailleurs, et avec toute l'attention que réclame un débat public; c'est dans la pré-^ face de la deuxième édition des Essais de Critique et d'histoire. Là, vous trouverez, après l'exposition complète de la méthode, la réfutation des objections qu'elle soulève. J'y réponds entre autres aux reproches de supprimer l'individuaHté et la responsabihté, et je tâche de montrer l'erreur principale qui règne eh ce sujet ; on prend des signes pour des choses, selon l'habitude scolastique, et l'on ne voit pas le sens exact des mots : loi, force, personne, etc.

Bien loin de refuser la discussion sur ce point, je l'accepte et de grand cœur, et s'il vous était agréable de vous en charger, après avoir lu les admirables chapitres de Stuart Mill, d'Herbert Spencer, de Bain, je serais heureux de voir le débat repris par un esprit attentif et convaincu. Ne pensez pas que mon opinion soit nouvelle ; la grande moitié des philosophes est

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déterministe ; les stoïciens, Spinosa, Leibnitz au premier rang, tous les grands Allemands modernes; ajoutez des hommes de sens exquis, Voltaire et Vauvenargues; comptez encore tout le mouvement des sciences modernes, les psychologues anglais, les statisticiens, les trois quarts des aliénistes; la théorie actuelle des forces et de leur équivalence va dans ce sens, et, bien loin d'enchaîner Thomme dans la résignation fatalistt?, cette théorie augmente sa puissance et son espérance en lui montrant les conditions de sa transformation et de son action.

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