Voir tome I et p. 377, appendice n
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sait accomplir un devoir de bon Français en éclairant ses concitoyens sur la culture intellectuelle, les forces matérielles et les tendances nationales de nos futurs adversaires.
Il projetait pour Tété de 1870 un voyage de piusieurâ mois en Allemagne ; il s'y prépara pendant l'hiver par des conversations et par de nombreuses lectures de littérature et d'histoire dont on trouvera plus loin quelques exli'îiil:>. — Au mois de juin, il se dirigea vers Francfort sur U^ Mriri, sa première étape, et de là, il partit pour Weiiii;n- v\ pour Dresde.
« J'ai quantité de lettres de recommandation et Tespoir lU^ faire un voyage fructueux », écrivait-il à sa mère au moment de se mettre en route. « Je m'en vais donc refiiire un voyage comme celui d'Italie ou d'Angleterre. Aurai-je ent-ore la fraîcheur et la vivacité d'impression? Je suis fati^'ué de mon gros bouquin et ces trois mois de lectures allenipiuleâ ont achevé de me lasser. Je vais me remettre au vert en voyant du vivant; mais l'âge mûr est venu, et quantité de chocs, d« sursauts que me donnaient les choses dans leur nouveau lt% me manqueront peut-être maintenant... »
Quelques jours plus tard, il écrivait de Weimar: «J'ai toujours trouvé des gens charmants en voyage et ce sont eux qui me remercient de ma visite; nous nous sommes mis en perce comme des tonneaux, réciproquement. Cela m'a fait du bien, j'ai besoin de penser comme mon estomac a besoin de manger; il me semble en ce moment qno je suis en pleine chasse » En dehors du monde politique, on ne pressentait pas encore en Allemagne l'oragi^ si prochain; le 9 juillet, le voyageur écrivait à Mme U. Tnino: « Croyez-moi, vous vous faites des chimères : j'éîuis en Angleterre en 1800, au plus fort de l'enrôlement des volontaires et des menaces de guerre par la France. Les Aiiyiais médisaient tous: « L'Empereur nous pousse à bout. » — Et
rien que d'amical dans leur accueil ; partout on sépare le particulier de l'homme public. Ce sont les journaux qui noircissent tout ; les Allemands que je vois sont tous plus polis
que leurs gazettes; de même chez nous M. Gurtius
viendra à Paris en septembre. »
Après un court séjour en Saxe, M. Taine se disposait à aller à Berlin où il comptait passer au moins un mois, lorsqu'un malheur de famille^ le rappela brusquement en France le 12 juillet. — Les événements politiques se précipitèrent comme l'on sait dans la semaine qui suivit son re-' tour ; toutes les pensées se tournèrent vers la frontière ; ce n'était plus l'heure des prévisions lointaines et ceux qui les avaient eues renfermèrent dans leurs cœurs attristés la prescience des prochains malheurs. — M. Taine renonça à tout jamais à son travail sur l'Allemagne : « Nous ne pouvons plus être impartiaux », disait-il, et sa haute probité intellectuelle ne lui permettait pas de porter un jugement dicté par un esprit prévenu, Les préoccupations patriotiques étaient trop vives pour qu'il pût concentrer sa pensée sur un travail nouveau, abstrait et difficile ; il se contenta donc de reprendre ses cahiers d'Angleterre * et de rédiger sous une forme plus châtiée les notes hâtivement prises au courant de la plume; les Notes sur V Angleterre ne parurent qu'en 1871-1872.
Dans le prochain volume, nous suivrons M. Taine pendant la douloureuse période de la Guerre et de la Commune ;
1. La mort de sa belle-mère, Madame Deimelle. ' 2. dt Dans mon cercle d'amis et dans tout mon voyage depuis la frontière, tout le monde était contre la guerre ; pour moi j'en suis désolé ; je sais par expérience ce. que vaut un homme et ce qu'il en coûte à sa mère pour l'élever, et à cet égard comme à beaucoup d'autres un Allemand vaut un Français. J'essaie d'écrire mes notes sur l'Angleterre, cela fera un volume ; mais par cette chaleur et avec ces préoccupations je ne peux pas beaucoup travailler. » {Lettre à sa mère^ 24 juillet 1870].
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nous verrons comment le penseur,. dégag^^anl les leçons de cette cruelle épreuve, entreprendra cet cxameti de conscience national d*où sont sorties les Origines de la France contemporaine.