‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 17 sur 140 · La logique de Hegel · texte numérisé non relu

La logique de Hegel

chant en restant au coin du feu, lui le sien eu allant au bal.

Le pauvre M. Guéneau de Mussy part aujourd'hui. C'est l'homme le plus aimable que je connaisse, franc, gracieux, poli, instruit en tout, souffrant la contradiction, artiste, avec ce mélange de tristesse et de gaieté qui fait l'esprit. La maladie tombe sur lui, quand elle laisse vivre et s'ébattre tant de coquins et d'imbéciles. Ce qui prouve la Providence.

On recopie mon Tite-Live. — Voilà, mon cher, toutes les nouvelles diverses. Je reste au coin du feu, je suis allé une seule fois au théâtre (le Barbier, aux Italians) par imprudence ; le dimanche j'écoute les concerts de Séghers. Je suis sorti une fois pour voir Libert, qui a des accès de fièvre, pauvre garçon, et ne peut presque plus lire. — Rien de Prévost; M. Gerusez que j'ai rencontré m'a dit que son père est assez malade.

Crois-tu, franchement, que mes Jeunes Gens de Platon pourront fournir à une Revue un article acceptable ? Je vais tout à l'heure aux Estampes, voir les peintures d'Herculanura et les médailles grecques. Il y a au Musée trois ou quatre corps que j'adore, l'Apollon Sauroctone, les deux jeunes athlètes, le beau jeune homme debout dont Prévost a la tête. Cela sera mon commentaire. Mais, mon Dieu! 11 y a si longtemps que j'ai écrit, que j'y vais comme un enfant au fouet.

J'ai fini d'écrire en baragouin mes idées sur l'animal

en général *. — Pour le système nerveux, on peut démontrer, je crois, que dans la sensation il n*y a point j transmission de mouvement, ou passage de fluide du | bout nerveux au cerveau. C'est certainement une action I à distance. — Quant aux nerfs moteurs, je ne vois au- ' eu ne raison, ni pour ni contre. — Je t'écrirai là-dessus, ! si tu veux. !

Réponds-moi sur ceci, toi qui es savant. Les madré- ' pores, les animaux qui vivent soudés, le sont-ils simple- ' ment par une union extérieure, par Tencroûtement réciproque de leur test, gardant ainsi chacun leur distinction individuelle? Ou le tout a-t-il une vie générale, des organes généraux, est-il un individu comme la plante totale?

A EDOUARD DE SUCKAU

Paris, 17 février 1854 Mon bon et cher Edouard, je t'écris aux Estampes, sans plume comme tu vois. — J'y passe une heure et demie, deux fois par semaine, entre deux leçons. Quel ennui de te savoir souffrant! La bête se venge, cher ami, et, comme dans le mariage, c'est le conjoint qui souffre des sottises de l'autre.

1. Une Introduction pour le Traité de la Connaissance, intitulée : De l'Individu animal, — Voir appendice n° I, page 377.

Soigne-toi, je fais aussi tout pour me guérir, sans y réussir beaucoup. Il faudra que décidément nous exécutions ces vacances ou aux vacances prochaines notre ancien projet de voyage à pied, le long du Rhin ou ailleurs. Nous vivrons en bêtes, nous donnerons pâture à la matière. Peut-être elle s'apaisera et nous retrouverons notre santé d'École. C'est cela qui te rend triste et incertain. Quand on est bien portant et qu'on a un travail, on a l'esprit rempli, on fait effort toute la journée vers un même but, on attrape onze heures du soir ou minuit et l'on se couche. — Quand on est malade, on passe sa Yie à se ronger.

Mes cours, ou plutôt mon cours n'est guère intéressant, quoique tu dises. — Prends le petit livre de Milne- Edwards, Introduction à la Zoologie générale-, tu verras tout ce qu'il a dans le ventre. Gela pris, c'est un homme vide. — On devrait définir l'animal humain, un être caractérisé par l'absence d'idées. M. Bérard*, que je vais voir quelquefois, fait un cours tout pratique, avec des détails si minutieux, une érudition si accablante, que pour trouver un fait important il faut déblayer une montagne d'inutilités. — Le courage me manque aussi parfois. Pour qui diable est-ce que je travaille? Qui lira un livre de psychologie, excepté toi qui n'en as pas besoin? Je commence à estimer les gens qui jouent aux échecs et pèchent à la ligne. Nous faisons à peu près la même chose. Partout où je regarde, je ne vois que des

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