‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 31 sur 140 · I. TAIRE. — COJRRESPOXDiUCE. II · texte numérisé non relu

I. TAIRE. — COJRRESPOXDiUCE. II

e CORRESPONDANCE

OU toutes les facultés primitives de Gall. Cette passion est la présence et la prédominance habituelle d'une certaine classe d'idées, lesquelles causent à l'individu en question un plaisir plus grand que toutes les autres, et par conséquent maitrîsent et dirigent sa vie. 11 s'agirait de déterminer quelle modification originaire des facultés intellectuelles donne cette pente aux facultés actives.

Ainsi la vanité, ou habitude d'avoir dans la pensée l'opinion des autres. Comment se fait-il qu'un individu ou un peuple ait, naturellement et indépendamment de l'éducation, un penchant à regarder hors de soi, ne puisse se voir et se juger lui-même qu'en se contemplant dans les yeux d'autrui? Qu'est-ce qui fait que les yeux de son âme sont originairement tournés en dehors, au lieu d'être tournés en dedans?

Je ne demande pas quelle est la cause cérébrale, par quel arrangement de flbres, par quel dosage chimique. On ne le saura jamais, et quand on pourrait le savoir, je ne m'en soucierais guère. Je demande la cause intellectuelle, c'est-à-dire le mode irréductible et primitif de penser duquel dépend celte habitude innée.

Par exemple, ne serait-ce pas la cause suivante?

Soit un Français; il est certain qu'il diffère des autres peiiplcj par la vivacité et la légèreté de ses conceptions; elles naissent et puis aussitôt s'envolent; comparée à la pensée anglaise ou allemande, sa pensée est un éclair. — C'est pourquoi quand il veut connaître les objets, il a besoin d'un miroir qui les fixe; il les

regarde dans la pensée d'un autre, faute de pouvoir les contempler assez longtemps dans la sienne; incapable de l'attention concentrée qui forme les opinions originales stables et personnelles, il n'a pas d'opinions personnelles, il prend celles du public. L'attention et la concentration produisent l'orgueil, la fermeté, Tégoïsme, la ténacité, la prudence, l'esprit d'affaires, l'esprit anglais. Le manque d'attention et de concentration produit la sociabilité, la vanité, l'inconstance, la sympathie, la témérité, l'esprit de conversation, l'esprit français.

Mais qui produit l'instabilité et la légèreté de la conception ?

11 faudrait remonter ainsi, jusqu'au point où comniencentles explications physiologiques, chimiques, etc., et prouver qu'alors il ne reste plus que ces explications.

Cela fait, il faudrait, par une table générale des inclinations réduites à leurs causes, déterminer celles qui s'excluent et celles qui s'entraînent. On arriverait ainsi à connaître quels sont les caractères possibles et quels sont les impossibles, et Ton aurait la Dynamique morale.

Si Hachette accepte mon livre sur Shakespeare, je m'enfoncerai dans ces questions-là. — As-tu quelque chose là-dessus? Que dis-tu de cette recherche? Tu vois que ceci est en dehors des classifications que nous avions faites, et du principe général que nous empruntions à Spinoia. C'est une recherche nouvelle qui

pourrait s'appeler ainsi : Étude sur les causes primitives des passions innées, sur leurs liaisons, et sur leurs incompatibilités.

Causons, et oublions notre métier de gâcheur de plâ-tre.

A M. HATZFELD

Paris, 16 décembre 1854 Mon cher Monsieur, qu*avez-vous pensé do moi en me voyant rompre la discussion que vous me proposiez si obligeamment?* Ce qu'il fallait en penser sans doute, c'est-à-dire que j'étais malade, dégoûté, fatigué, et que j'avais plus besoin de remuer mes jambes que mes idées. C'est la vérité ; j'ai passé près de trois mois aux | Pyrénées dans l'oisiveté la plus complète, essayant de | refaire ma cervelle malade, et de guérir mon gosier. Il va mieux, mais je serai obligé d'y retourner Tan prochain. Tachez de n'être jamais malade; vous n'avez pas cette mauvaise habitude, et j'espère que vous ne Tavez pas prise là-bas.

Du reste, ce que je vous écrivais me paraît encore vrai. La sensation du Beau, comme toute sensation, est au-dessus de la discussion. C'est un fait que chacun peut cherchera formuler, voilà tout; telles causes lapro-

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