‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 4)Chapitre 100 sur 162 · Les Pensées de Pascal · texte numérisé non relu

Les Pensées de Pascal

H. TAINE. — CORRESPOND A NCg. 15

gleterre par rapport à la France au temps de Voltaire. J'y trouve des idées à défrayer tout un siècle, et si ce n'étaient mes inquiétudes au sujet de l'agrégation des

lettres que je vais tenter Tannée prochaine, je trouverais un repos et une occupation suffisante dans la compagnie de ces grandes pensées. Les idées du moins ont cela de bon, qu'elles nous rendent frères et qu'elles nous font tous participer à la joie et au bien que cause un beau livre. Vous venez de me le prouver, Monsieur; merci encore, et croyez que je ne vous quitte que pour reprendre la lecture que je viens d'interrompre.

Veuillez agréer. Monsieur, l'expression de mon respect et de mon dévouement.

A PRÉVOST-PARADOL

Nevers, 28 mars 1852

Illustre Monsieur, recevez mes félicitations sincères. Auteur' ! Auteur payé! Auteur à Paris, lauréat futur de l'Académie des sciences morales et de l'Académie française ! Cette triple couronne m'enchante et il ne me reste plus qu'à vous prier de jeter de temps en temps vos regards glorieux vers votre pauvre ami, qui, tandis que vous triomphez dans le ciel, patauge et pataugera toujours dans son infernal bourbier.

Sérieusement, je te porte envie du fond de mon âme.

1. Gréard, ihid,^ p. 193. — Prévost-Paradol venait de conclure un traité avec la librairie Hachette pour un livre intitulé : hevMa de l'Histoire universelle j qui parut en 1854.

Mais que dois-je faire, dis-moi? J'imagine que Tagrégalion des lettres durera encore cette année dans les anciennes conditions*? Le sais-tu? Et faut-il continuer à me préparer? Quelle vie incertaine et misérable, et s'il y avait une Providence, qu'elle aurait bien fait de m'attacher en naissant sur le nombril un titre de rentes de 2 000 livres! Comme j'aurais renoncé aux grandeurs du professorat, et laissé crier les cuistres qui nous lardent aujourd'hui à coups d'épingles! Le sot métier que celui de martyr 1 Je ne sais pas môme si je resterai ici jusqu'à la fin de l'année. J'ai prié M. Vacherot de m'obtenir de suite une réponse. Si tu le vois, demande-lui si M. Lesieur ne lui a rien dit. De la réponse, dépend mon voyage à Pâques. Si elle disait oui, que je serais content, en passant, d'aller t'embrasser ! J'ai soif d'amitié, et j'étouffe ici; j'ai le spleen la moitié delà semaine; j'écris à Suckau des lettres désolées; je me souhaite à chaque instant au fond de la mer Houge. Nous en sommes tous là. Une circulaire d'Edmond*, qui m'est parvenue, ressemblait à une lamentation de Jérémie. Si nous étions deux, dans un pays quelconque, il me semblerait voir le ciel s'ouvrir. Comment as-tu connu le pacha de la librairie? Te

i. Prévost-Paradol, ibid.f p. 192 : a Je te dis en confidence que le plan d'études proposé par le ministre au conseil de l'Université, et qu'on peut considérer comme définitif, a mis à 25 ans l'agrégation qui, sous le nom d'agrégation des lettres, comprend l'histoire, la rhétorique et la grammaire, les trois agrégations n'en faisant plus qu'une. » — ^ On verra plus loin que l'agrégation des lettres fut supprimée pour l'année 1852.

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