‹ H. Taine: sa vie et sa correspondanceChapitre 69 sur 104 · La belle madame Dionis · texte numérisé non relu

La belle madame Dionis

APKÉS LA CCERHE !10

jusqu'au bout. Tous les caractères vrais, les nobles d'un bon type moyen sans. exagération, réels, les mauvais de même; Sainle-Austreberthe excellent (l'exposition, la partie avec M. de Mériolles, la longue conversation diplomatique h détour pour avoir le fac-similé de la lettre, et en général tous les discours de Sainte-Austreberlbe; par la justesse, ta sûreté du slyle, la force du raisonnement, le tact des insinualions, renigire de soi, I» bonne tenue et politesse des vernis, cef^iwaime aurait pu figurer dans un congrès. C'est dommage qu'il soit resté un simple intrigant).

Vous connaissez mon objection, elle porte sur ce qui, à mon sens, est une lacune. Posez toujours que je suis par métier un amateur de psychologie, et que pour moi le principal intérêt ce sont les caractères et leur relief. Par suite : i" il me semble que tous vos portraits, si sains, si justes de dessin, si bien emmanchés, n'ont pas la dernière couche, les glacis, le travail final du pinceau; par exemple vous donnez de Sainle-Auslreberthe tout l'essentiel moral et intellectuel; mais , l'accent, le geste, le dèlail du mouvement et de la physionomie, te travail vague et latent de la pensée, la dernière Heur de la vie, ce qui fait que le type reste fixé et complet dans la mémoire du spectateur, vous avez l'air de l'ometlre ou de le dédaigner ; Balzac le cherchait avec excès, mais c'était pour « ajouter un nouvel individu à l'État civil B, par exemple Henri deMarsay ouMaximu de Trailles; 2" le relief ou, si vous le voulez, l'outrance manque un peu ; et niiïme, j'ose dire que la réalité le

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fournit davantage. Par exemple M. Janvier de la Motte* était plus complet encore que M. de Cheylus ; rappeler vous sa scène avec les pompiers de l'Eure; mais j'imagine que devant une réalité si forte vous avez craint, en copiant simplement, de paraître charger. De môme Marthe ; à la deuxième scène (avec son pèiv) elle est troublée, petite fille ; la première (avec Philippe) indiquait un caractère plus fort. Le relief ne me parait pas non plus suffisant pour M. Dionis, Mme Dionis, Philippe Mériolles. Vous ne voulez peindre que par les faits, actions, discours des personnages; à mon sens un romancier a le droit d'intervenir davantage, de raconter et d'exposer longuement les agitations du dedans, la filiation d'un sentiment ou d'une idée. — Permettezmoi de vous citer des personnages analogues de Balzac : Paul de Manerville, Mme Graslin, M. Graslin. — Vo'js avez une très belle scène, la course le soir (fin du 2® volume), l'entrevue de Mme Dionis avec Mériolles, sa mort; c'est vrai et poignant. Mais tout le travail mental et moral antérieur, le dedans de Mme Dionis dans les mois qui précèdent, est absent. Somme toute, vous me paraissez entraîné par vos événements; une fois vos personnages posés et la situation marquée, l'œuvre se développe d'elle-même logiquement, très bien ; ce qui vous empêche de vous arrêter sur l'individu, l'Ame, le dedans, la psychologie ; probablement, pour votre sens d'artiste, ce seraient là des excroissances, des bour-

i. Janvier de la Motte (Eugène), 1823-1 88i, préfet du seconù Empire, célèbre par sa verve et ses improvisations.

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souflures de la sève. Moi qui ne suis pas artiste, mais simpleineul curieux, amateur de zoologie et physiologie humaine, mou goût me porte vers ces excroissances, et je croirais volontiers que j'ai tort.

Encore un mot; ce nouveau roman me semble supérieur au Mii-acle, mais je lui préfère le Bleue.

Je n'ai pas besoin de vous demander excuse de mes libertés, je sais que j'ai d'avance votre pardon.

A MADAME H. TAINE

Cbâtenay, 15 mai M" J'ai porté les journaux fi l'instituteur' qui est un homme lourd de forme, mais instruit à ce qu'il me semble, botaniste, etc; il m'a conté des traits curieux de l'Allemagne. Des docteurs allemands qui venaient le visiter avant la guerre s'étonnaient de trouver chez lui des enfants qui savaient lire, écrire, mettre l'orthographe, calculer; ils étaieni persuadés qu'en France il n'y avait pas d'instruction primaire. — Un autre, officier, envoyé par le Cercle des officiers de Munich, était stupéfait de voir à Sainte-Odile une grande foule alsacienne qui riait, chantait, causait librement; on était persuadé là-bas qu'ils gémissaient sous l'oppression des Welches; il déclarait qu'il n'oserait rapporter exactement ce qu'il

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