PuUié depui» à la librairie CBlman-Lëry
m CORRESPONDANCE
M. Carteret^ assistait, il m^a fait des compliments, est-ce par politesse? A mon prochain voyage, il veut me faire voir lui-même le collège de jeunes filles, qui est son orgueil et compte neuf cents élèves. 11 parait que nulle part ailleurs l'éducation des jeunes filles n*cst si bonne.
A MADAME H. TAINC
Genève, 9 novembre 1875
Hier soir, même public qu'auparavant, et encore plus bienveillant. J'ai la politesse de finir à l'heure juste et de faire pour cela de très fortes coupures. Dîner chez H. Yogi' qui habite dans les faubourgs une maison de campagne très retirée. On y va la nuit close, par des ruelles boueuses, interminables, presque sans lumière, à la queue leu leu, une seule personne à la fois pouvant passer sur la mince bande de terre non immergée dans la boue. C'est à ce point que je lui ai demandé s'il n'avait pas été assassiné quelquefois. Il y avait trois dames qui sont allées et revenues avec nous, et pas trop crottées.
i. M. Carteret (Antoine), président du Grand Goniell deGenôTe, poète et littérateur, fut l'un des plus artients promoteurs de la lutte anti-catholique à Genève.
2. Vogt (Charles), naturaliste aUemand, 1817-1805; d*abord professeur à l'Université de Giessen, sa ville natale, il dut quitter rAliemagne après la révolution de 1848, à cause de ses opinions avancées et était professeur à Genève depuis 1853.
L'ANCIEN RÉUIXE S83
Ce soir, je doia assister à une conférence du pËre Hyacinthe qui prêche et officie dans un cas'"» "'' ^'» Il parait qu'il n'y a pas à Genève plus de qu sonnes dont les opinions coïncident exacten»
siennes. — Demain, mercredi, je dine chez où je le trouverai.
Le temps me manque. J'ai sur ma table t du Mercure de Franee k extraire, et il y en i deux eu tout.
A M. 8AINT-OENEST', AU FigOrd
■fenthon-Sainl-Beminl, IS ne Monsieur, Dans le Figaro du mercredi 10 novei nommez plusieurs écrivains et publicistt combattu le scrutin de liste; vous me citez et vous ajoutez que ces mêmes hommes ae aujourd'hui, par intérêt de parti ou par i sonnel, en tout cas très impudemment. Je \ de Paris, et je ne sais pas si MH. Laboulaye Waddington, Thiers, ont en elTet changé d'i article; mais pour moi je pense toujours d vous commette]! une erreur si vous m'accu tourné. Je n'ai jamais écrit qu'une brochur
SB4 CORRESPOHDARCE
le Suffrage univenel et la manière de voler (clicz Bachetle, 1ST2). Si vous prenez la peine de la lire, vous y verrez, non seulement que le scrulin de liste nie semble une tromperie, mais encore que le scrutin d'nrrondissement me parait mal adapté à la capacité, au degré d'information, à l'intelligence moyenne de l'électeur français, et que je propose d'y introduire Lsuffrage à deux degrés. Mon {irincipe est que l'électeur doit connaître les candidats personnellement, ou par des renseignements de première main; cela posé il est clair que le scrutin de liste est absurde, mais il est clair aussi que le scrutin d'arrondissement, quoique bien moins ridicule, est encore insuffisant.
Agréez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués et les plus dévoués.
A MADAME H. TAINE
Genèie, IS aDTembn «75
M. Carteret a été renommé bier; grand triomphe de
son parti qui cependant a subi un échec partiel; deux
ers non radicaux qu'il voulait exclure ont passé
lin.
diner avec Honnier cbe2 M. Gautier, membre de iratic, fort riche, et de plus médecin. H est de i ici que le jeune homme le plus riche doit struit, avoir une profession ou une érudition.
L'ANCIEN RÉGIME è85
On ne compte que sept jeunes gens qui vivent en oisifs. J*ai trouvé chez M. Gautier des hommes et femmes du monde, avec un tour anglais plutôt que français. Il paraît qu*ils vivent un peu comme notre noblesse de province, entre eux, excluant les hommes nouveaux, même riches et bien élevés; ils se marient entre eux; les liens de famille et même de cousinage sont très forts; c'est un monde fermé. A Berne, mêmes mœurs dans les trois cents familles qui descendent des anciens gouvernants. Ils voient au-dessous d'eux le gouvernement et Tinfluence passer aux classes nouvelles, au radicalisme, c'est-à-dire ici au scepticisme catholique ou protestant, et restent sur leurs collines comme dans une inondation, cantonnés dans leur vie privée, leur ennui, mais supérieurs à notre noblesse à titre de protestants et de gens instruits. — J aurais beaucoup de détails à noter sur la loi civile, les tribunaux, les impôts, indices de la démocratie qui monte. Mais il faudrait du temps et un long séjour ici. — Je dois trouver au café, à deux heures, MM. Dollfus* et Giraud-Teulon', qui sont loin d'approuver tout dans le caractère genevois, et qui me renseigneront.
Toujours la même foule et la même bienveillance. — Il paraît que Rochefort' assiste à mes lectures.
1. H. Charles DoUfus, né en 1827, un des fondateurs de la Èevue Germanique i où M. Taine avait donné quelques articles en