‹ H. Taine: sa vie et sa correspondanceChapitre 89 sur 104 · M. Giraud-Teulon faisait alors un cours à Genève · texte numérisé non relu

M. Giraud-Teulon faisait alors un cours à Genève

3. M. Henri Rochefort, évadé de Nouméa au printemps de 1874, était venu s'établir aux environs de Genève, d'où il envoyait de

Ce soir, chez H. Garteret, je verrai ia fine fleur de la démocratie, pasteurs protestants libéraux, etc. C*est par ces pasteurs^ très peu chrétiens, à ce qu*il parait, mais très anti-catholiques, qu*il a pu se faire une majorité fidèle en exploitant Tancien levain antipapiste. — Lors du vote populaire sur les lois ecclésiastiques récentes, les catholiques s*étant abstenus, il y a eu 9000 voix persécutrices et i54 tolérantes. Calvin vit toujours.

A M. JOSEPH HORNUNG^

Menthon-Saint-Bernard, 19 noveoibre 1875

Monsieur,

J'arrive bien tard pour vous remercier de votre cadeau ; mais à Genève j'étais si occupé que je n'avais pas le temps de lire; c'est hier seulement, en arrivant ici, que j'ai pu lire les quatre brochures* que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer. Les grandes vues

nombreux articles aux journaux de Paris. M. ITaine Tavait connii sous l'Empire, chez leur ami commun, le docteur Vemeuil.

1. Hornung (Joseph), professeur de droit à rUnifersitè de Genève, exécuteur testamcntaii'e d'Amiel, né en 1832, décédé en

2. Les sujets de ces brochures sont les suivants : Ptmrquoi les Homains ont-iU été le peuple juridique de V Ancien monde? Genève, 1847. ~ Idées sur V évolution juridique dee natùme chrétiennes et en particulier sur celle du peuple Français, 6«nè?e, 1850. •— L'histoire romaine et Napoléon UL Lausanne, 1805. — tes couvents et le droit commun. — Genève, 1809.

L'ANCieN RËGin HT

irésentei but l'histoire Européenne et notani- 'histoire de Rome, Eont do plus vif intérêt : je reconnais avec vous que tout le euccâs de Rome tient aux traités continuels, à la tolérance l'éciproqoe des patriciens et des plébéiens; dans une ville grecque, dans une cité italienne du moyen âge, on s'exterminait; à Rome, on s'arrangeait pour se supporter, pour transiger, pour vivre ensemble. Peut-être la cause de cette sagessesetrouve-t-elledans l'origine de la plèbe, si composite et, en outre, si supérieure ; je suppose qu'après la conquête de villes voisines, Rome transportait cheE elle les bonnes familles aisées et laissait les moindres 80UB la garnison qu'elle expédiait à demeure ; de même A Venise si les deux ou trois mille familles d'antique noblesse y avaient transporté une centaine de bonnes familles de chaque territoire ou cité conquis, Chypriotes, Candiotes, Padouans, gens de Zara et de Dalmatie. Grèce b ce système, il se formait, sous la vieille aristocratie romaine, un peuple politique, mais neutre, et je ne sais pas ai l'on ne doit pas voir dans ce fait les origines du caractère abstrait et général que Rome a donné k la notion de l'Ëtat et à l'organisation du droit.

Sur cette question, vous êtes très Romain, et, tout en reconnaissant avec voua les abus et les inconvènienis des couvents, je ne sais si j'oserais vous suivre jusqu'au bout de vos conclusions. La loi IVancaise de 18SS me parait safllsante, et je désire seulement qu'elle soit appliquée exactement. Le vice du système romain sous l'Empire el du système français aujourd'hui, c'est de

supprimer ou détruire en germe toutes les associations qui ne sont pas TÉtat. Ceci a conduit Tempire romain» et ceci conduit la France à n*étre qu*une caserne admi- j nistrative bien tenue et exempte de vol. Sans doute vous ne souffrez pas encore de ce mal, mais nous en souffrons beaucoup, et peut-être cela me rend-il moins hostile aux abus du système coniraire. Je n*ai aucune disposition mystique, mais je comprends que des âmes tristes, douces, ferventes, veuillent vivre ensemble, s'astreindre à une règle, abdiquer leur volonté, se cloîtrer; la nature comporte tout, même les catholiques, les frères Horaves, les sentiments des moines bouddhistes; à mes yeux lÉtat n'est qu'un gendarme contre les brigands de l'intérieur ou les ennemis de Textérieur, et il a tort quand, ayant assuré la police et la justice, ayant établi les routes et les écoles, il empêche quelques-uns de ses membres de chercher le bonheur ou la paix de l'âme dans le genre de vie, d'association ou de rêve qui leur convient.

M. Giraud-Teulon, avec qui j'ai souvent parlé de vous, m'a dit que votre complaisance est aussi grande que votre savoir, et que je pouvais me hasarder à vous demander un renseignement. 11 s'agit de l'impôt progressif sur le capital ou le revenu, tel qu'on le pratique en Suisse, non seulement à Genève, mais encore à Zurich, Berne, etc. Comme cet impôt me paraît une des conséquences extrêmes de la démocratie, je souhaiterais fort en savoir le taux chez vous, et de plus, apprendre sur quelles données il est assis, si la simple déclaration

du contribuable fait foi; au cas contraire, quel tribunal fait Févaluation, s*il y a appel, si, dans la pratique, iLn*y a pas des injustices ou des inconvénients notables. Agréez, je vous prie. Monsieur, avec mes remerciements présents, mes remerciements anticipés, et veuillez recevoir l'expression de mes sentiments très dévoués et les plus distingués.

A M. MARC MONNIER

Paris, il décembre 1875

Mon cher Monsieur,

L'Ancien Régime vous est adressé aujourd'hui par mon éditeur ; acceptez-le en souvenir de toutes vos obligeances, et dites à Madame Monnier que son hôte de Naples et de Genève lui est aussi attaché que reconnaissant.

M. Hachette envoie aussi de ma part l'ouvrage à M. AderS M. Carteret, M. Vogt et M. Hornung. Je vous prie de faire agréer à ces Messieurs tous mes remercier ments pour l'accueil trop bienveillant qu'ils m'ont fait. M. Hornung a eu la bonté de répondre longuement à des questions que je lui ai faites sur l'impôt progressif. Les renseignements qu'il me transmet sont précieux et significatifs ; si ce principe se développe, nos riches émigreront; je vais en parlera M. Leroy-Beaulieu.

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