Voir chapiti'e YI du plau général, page
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simple instrument de musique, plus un doigté neuf et étonnant, au service de toutes les thèses positives, christianisme, humanitaireries, légitimité, Napoléon, République, Louis-Philippe, moralité, licence, etc. — Deuxième époque : dans ce grand creux naturel, la république, le socialisme, le rêve ^humanitaire de Tabonné du SièclCy finissent par occuper toute la place, en même temps que Tinstrument se détraque et que le doigté devient celui d'un sourd.
Gautier : à cet égard Mlle de Maupin est admirable. Le thème est : « Je voudrais à mon usage personnel un paradis composé de tous les idéaux de la peinture et de la sculpture réalisés, avec volupté positive et décor oriental, plus une pointe d'émotions dramatiques. Mais, même ce paradis de sultan artiste ne me suffirait pas, je suis un dieu exigeant qui avec tout cela s'ennuie ! »
Vigny, le prêtre solennel et guindé de lui-même ; Musset, l'avide et nerveux gentilhomme gamin, épressant l'orange pour la jeter tout de suite; Sainte-Beuve et les autres, pères ou fils de Volupté, tous les drames d'Hugo ayant pour but la sensation excessive et la commotion subite, inattendue, rentrent dans le même genre. — De même la première manière de George Sand, la Peau de chagHn de Balzac.
Ce qui se dégage et survit dans tout cela, (s'est l'histoire, la psychologie des caractères environnants (portions de George Sand, Balzac, Stendhal, aboutissant à Dumas fils, Âugier, Flaubert, Champfleury et tout le réalisme récent; Cousin dans la portion historique de sa philosophie, Guizot, Michelet, Thierry, Vitet, portions même de Hugo et Dumas père, et le nombre étonnant de monographes et critiques dont Sainte-Beuve et Renan sont les meilleurs types).
Combien l'éducation scientifique et historique change le point de vue! Matériellement et moralement, je suis un atome dans un infini d'étendue et de temps, un bourgeon dans un baobab, une pointe fleurie dans un polypier prodi-
gieux qui occupe Tocéan entier, et génération par génération émerge, laissant ses innombrables supports et ramifications sous la vague; ce que je suis m'est arrivé et m'arrive par le tronc, la grosse branche, le rameau, la tige dont je suis Textrémité; je suis pour un moment et sur un point l'aboutissement, l'affleurement d'un monde paléontologique englouti, de l'humanité inférieure fossile, de toutes les sociétés superposées qui ont servi de supports à la société moderne, de la France de tous les siècles, du XIX* siècle, de mon groupe, de ma famille. Je n'ai pensé, je ne pense que d'après le groupe de faits reçus et de directions établies autour de moi. De telles idées rabattent les exigences et rattachent la volonté de l'individu à quelque chose de plus étendu, de plus durable, et de plus précieux que lui. Sa famille, sa patrie, l'humanité, la science, etc. Gomme conseil pratique, elles lui disent que ses exigences sont ridicules, que pour le bonheur tel quel auquel il peut aspirer, l'indication essentielle est donnée par ses instincts, que ses instincts prédominants sont indiqués par l'histoire, que dans le monde actuel civilisé toutes les chances sont pour que ses principaux besoins (dont la profondeur lui est inconnue à lui-même) soient un métier et un ménage, l'un el l'autre capables d'extension ou d'embellissement par la vue de leur utilité, par les agréments environnants de politesse, d'art, de science, etc.
Idées et ncM^es.
Le fait dominant, essentiel, qui résulte pour moi de mes lectures aux Archives, c'est qu'à partir du 5 mai 1789 et bien auparavant (d'après la disposition des esprits prouvée
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par les cahiers des bailliages) TËtat était dissous, entrait en décomposition; il n*y avait plus de gouvernement possible; c*est comme une maladie générale qui éclate à tous les points du corps social, incessamment, dans toute la France ; aucun palliatif, terreur ou douceur, n'y fait; le mal est organique, dans chaque molécule vivante; il faut que la longue crise s'accomplisse jusqu'au bout; destruction de Tancien gouvernement et de toute la hiérarchie, anarchie parfaite et universelle, terrorisme, encore l'anarchie après Thermidor et sous le Directoire ; rien ne pouvait reconstituer l'Ëtat, sauf l'armée qui, dès 1794, s'était reformée.La dictature militaire était inévitable, notre mauvaise chance est d'avoir eu un trop grand dictateur, Ilapoléon au lieu de Moreau ou Pichegru, qui auraient été des Monk. — Ici la solution possible qui a manqué ne peut pas être prévue avec précision. Pichegru aurait essayé une restauration, avec l'aide de Barras et des pourris. Âugereau et les violents auraient essayé un autre 18 fructidor. Moreau avec Desaix et les purs aurait tâché de faire vivoter une république modérée. Peut-être les armées se seraient-elles affrontées, et il y aurait eu une guerre civile d'armées; mais certainement ou presque certainement les Bourbons seraient revenus au bout de quatre ou cinq ans. A ce moment^ les émigrés étaient bien bornés, avaient une idée bien fausse de la France : ils auraient aussi mal gouverné qu'en 1814; mais l'orgueil démocratique et les situations gagnées pendant la Révolution auraient été moins forts, et probablement, apportant la paix intérieure et même extérieure (comme Napoléon et plus que lui), ils auraient bénéficié comme Charles II de la reconnaissance publique, sauf à être plus tard expulsés par les Orléans, comme les Stuarts par Guillaume III. Mais ces prévisions de détail sont trop incertaines, on ne doit insister que sur les lignes générales et sur les