‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernes (volume 2)Chapitre 10 sur 94 · IRLANDE · texte numérisé non relu

IRLANDE

Crannoges ou Ilots en bois.*

M. Wilde, membre de l'académie royale de Dublin , découvrit en 1836, en Irlande, une lie palissadée qui a été le point de départ des recherches que ce savant a publiées en 18S7. Les travaux entrepris pour le dessèchement des marécages ont mis au jour beaucoup d'emplacements situés autrefois au milieu des eaux» et qui remontent en général à la plus haute antiquité. Ces constructions , différentes de la plupart de celles de la Suisse , répondent cependant à des usages pareils, et donnent une idée de ce qu'étaient le? habitations qui s'élevaient sur les tlots d'Inkwyl et de Nûssbaumen.

Les Irlandais donnent le nom de crannoge à des tlots rendus habitables par des constructions en bois. Les points le plus souvent utilisés dans ce but sont des bas- fonds de marne ou d'argile, inondés en hiver et à sec en été. Pour les rendre habitables, on les a recouverts soit de tiges de chêne, couchées horizontalement, soit d'une couche plus ou moins forte de pierres brutes , qui sont quelquefois disposées en mur sec le long de la rive, soit enfin de pièces de bois parallèles ou rayonnantes , placées au niveau des plus hautes eaux et consolidées avec des cailloux. Le pourtour de l'ilot, de forme généralement cirfeulaire, sur un diamètre de 60 à 200 pieds, est entouré de pieux de 4 à 9 pouces de diamètre, plantés dans la vase, et dont la partie qui s'élevait au-des-

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SUS de l'eau était originairement garnie de branches atrelacées, paraissant avoir formé une espèce d'abri ou de rempart. Dans quelques cas, cette palissade extérieure est le produit d'uDC industrie plus avancée. On déposait sur le limon des sablières borizoolales, sur lesquelles s'emboîtaient des poteaux perpendiculaires, unis à leur sommet par des poutres parallèles aux premières pièces. — Ces crannoges étaient rais en rapport avec la rive au moyen d'une jetée ou d'un pont sur pilotis, ou bien à l'aide d'un canot, qui glt actuellement dans la vase, vers la plupart de ces Ilots. (PI.

On retrouve toujours au centre des crannoges les traces d'un foyer formé de plusieurs pierres plates ; sur les emplacements les plus considérables, il existe 2 ou 3 foyers distincts. Quelques-uns de ces établissements présentent des parties séparées par des rangées de pieux contre lesquels on a fixé des plateaux ou des planches. Ces espèces de chambres contiennent souvent une couche d'ossements qui mesure jusqu'à un pied d'épaisseur. D'autres fois ceux-ci remplissent des creux pratiqués dans le sol primitif, et sont recouverts par le lit de cailloux destiné & exhausser lllot na-

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des meules de moulin, des haches, des ciseaux, des couteaux, des pointes de lance et de trait, des poignards, des épées, des chaînes, des débris de harnais de cheval et des ornements parmi lesquels se retrouvent aussi des coraux. Les canots en chêne , qui gisent dans le limon, sont pareils à ceux des emplacements lacustres de la Suisse.

On voit que l'occupation descrannoges a été de plus longue durée que celle des habitations décrites dans les pages précédentes. Des pilotis recouvrent souvent d'autres pilotis plus anciens. Des foyers sont étages à des hauteurs diverses, soit par afiaissement, soit par le dépôt de nouvelles couches. Les débris de l'industrie furent engloutis successivement par l'action de l'eau et la formation de la tourbe. Tout montre que ces emplacements ont été occupés pendant des siècles nombreux. Leur origine remonte à l'&ge de la pierre, époque pendant laquelle vivaient des animaux d'espèces actuellement éteintes. Les crannoges ont traversé l'époque du bronze, et longtemps après ils étaient encore en usage. Les annales irlandaises les mentionnent même très fréquemment, à partir du V™^ siècle de notre ère jusqu'à l'an 1610. D'après ces divers rapports, les crannoges étaient de véritables forts qui ont été parfois saccagés et brûlés, et que les coups de vent jetaient aussi à l'eau. Dans le comté de Monaghan, chaque chef avait son crannoge. La chronique les mentionne comme les défenses du nord de l'Irlande et comme des lieux de refuge où les chefs mettaient en sûreté leurs gens, leurs troupeaux et leurs trésors. M. Wilde pense que ces places isolées ont souvent été les retraites fortifiées de brigands qui s'y retiraient avec le bétail et le butin enlevés à l'ennemi ^

* Les détails préeédents mr les crannoges sont tirés du %• rapport sur les

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Les craanoges paraissent ainsi avoir eu la même destination que les chftteaux forts et les tours de refuge du moyen âge. Ils sont le fait d'un état social qui portait chaque chef à veiller à sa sûreté et qui favorisait le droit du plus fort. Dès que l'Irlande reçut ses premiers habitants, on éprouva sans doute le besoin d'avoir des retraites sûres contre les animaux sauvages, mais la destination primitive de ces Ilots artificiels a pu recevoir plusieurs modifications dans le cours des siècles, suivant les diverses organisations sociales qui se sont succédé.

Si l'on rapproche à ce point de vue les habitations lacustres de la Suisse des crannoges de l'Irlande, od ne peut douter que ces constructions de l'ancienne HeWétie n'aient eu aussi pour but de faciliter la défense h une époque où il n'existait certainement pas une autorité asseï fortemait constituée pour protéger l'ensemble de la Dation. Cependant les habitations lacustres de la Suisse se distinguent à plus (l'un égard des Ilots artifiùels de l'Irlande. Ceux-ci ressemblent à des ch&teaux-forts par leurs petites dimensions, tandis que les autres ont plutôt le caractère de bourgades ; le

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aussi longue durée, vu qu'elles répondent aux mœurs générales d'une population dont les usages primitifs devaient disparaître beaucoup plus anciennement.

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