CHINE
De nombreux habitants de l'Empire Chinois passent leur vie au-dessus des lacs et des fleuves, sans avoir d'habitations sur terre ferme. Les constructions qui leur servent de de*meure ne sont point supportées par des pilotis ; elles consistent en îles flottantes ou en espèces de bateaux amarrés le long des cours d'eau. La description suivante de M. Hue, missionnaire apostolique en Chine , donne une idée fort exacte de ce genre d'habitations.
<c Nous ne tardâmes pas à apercevoir le lac de Ping-hou.... Trois bateaux préparés à l'avance nous attendaient au rivage. Le convoi s'embarqua promptement ; on bissa de longues voiles en bambou, plissées comme des éventails, et nous partîmes.... Nous passâmes à côté de plusieurs îles flottantes, produits bizarres et ingénieux de l'industrie chinoise, et dont jamais, peut-élre, aucun peuple ne s'est avisé. Ces îles flottantes sont des radeaux énormes, construits en
* Voir plus haut la page SU.
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général avec de gros bambous, dont le boit résiste longtemps à l'actioa dissolvante de l'eau. On a transporté sur ces radeaux une couche assez épaisse de bonne terre végétale, et, grâce au patient labeur de quelques familles d'agriculteurs aquatiques, l'œil émerveillé voit s'élever à la surface des eaux des habitations riantes, des champs, des jardins et des plantations d'une grande variété. Les colons de ces fermes Bottantes paraissent vivre dans une heureuse abondance. Durant les moments de repos que leur loîsse ht culture des rizières, la pèche devient pour eux un passe-temps & la fois lucratif et agréable. Souvent, après avoir fait leur récolte au-dessus du lac, ils jettent leur filet et le ramènent sur le bord de leur lie, chargé de poissons; car la Providence, dans sa bonté infinie, fait encore germer au fond des eaux une abondante moisson d'êtres vivaDlspourlesbesoiDsdel'homme. Plusieurs oiseaux, et notamment les pigeons et les passereaux, se fixent volontiers dans ces campagnes flottantes, pour partager la paisible et solitaire félicité de ces poétiques insulaires.
» Vers le milieu du lac, nous rencontr&mes une de ces fermes qui essayait de faire de la navisatio». Elle s'en allait
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comme font les Mongols au milieu de leurs vastes prairies ; plus heureux que ces derniers, ils ont su se faire, en quelque sorte, un désert au milieu de la civilisation, et allier les charmes et les douceurs de la vie nomade aux avantages de la vie sédentaire.
)> Il existe de ces iles flottantes à la surface de tous les grands lacs de la Chine. Au premier abord, on s'arrête avec enchantement devant ces poétiques tableaux ; on aime à contempler cette abondance pittoresque, on admire le travail ingénieux de cette race chinoise, qui est toujours étonnante dans tout ce qu'elle fait. Mais, quand on cherche à pénétrer le motif pour lequel ont été créées ces terres factices, quand on calcule tout ce qu'il a fallu de patience et de sueurs à quelques familles déshéritées, et qui , pour ainsi dire, n'avaient pu trouver en ce monde une place au soleil, alors le tableau, naguère si riant, prend insensiblement de sombres couleurs, et l'on se demande, l'àme accablée de tristesse, quel sera l'avenir de cette immense agglomération d'habitants que la terre ne peut plus contenir, et qui est forcée, pour vivre, de se répandre sur la surface des eaux ^ »
Si l'auteur de celte description avait connu la haute antiquité des constructions lacustres, il aurait sans doute attribué à une autre cause l'origine des iles flottantes de la Chine, qui n'en sont pas moins une ressource de nos jours dans un pays couvert d'une nombreuse population, mais qui se retrouvent aussi dans des contrées beaucoup moins peuplées, étrangères à l'Asie.
* L'Empire ChinoiSt par M. Hue, ancien missionnaire apostolique en Chine. S« édition, tom. II, chap. III, pag. 114 à 116, 1854.
BABITATIOKB LACUiTlU
OCËANIE.
Od retrouve, dans les lies de l'Océanie, la plupart des divers genres de construclions sur pilotis qui existaient autrefois en Europe. Bien des bourgades s'élèvent au-dessus des eaux, des marécages et même de la terre ferme, aBn, dit-on, d'éviter le contact immédiat du sol brûlant et pour se mettre à l'nbri des bêles fauves, des reptiles et des insectes. M. Guterloh, du canlun de Tfaurgovie, après un séjour de vingt-quatre ans & Batavia, rapporte que toutes les maisons de rile de Sumatra sont consiruites sur pilotis, et qu'elles sont souvent situées dans des marais, les indigènes ayant précisément pour but celui qui vient d'être indiqué *.
« C'est un fait constant et babituel, m'écrit M. Alfred Maury, membre de l'Institut, que les Malais et les Chinois établis dans l'Archipel indien élèvent leurs maisons sur des pieux qu'ils enfoncent sur le rivage, et qui atteignent, au-