‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernes (volume 2)Chapitre 35 sur 94 · DES TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

DES TEMPS MODERNES

usage. J'ai feuilleté à votre intention divers voyages sans rien trouver de bien précis, seulement, ces jours-ci, je suis tombé sur des documents publiés en hollandais par l'Institut des Indes orientales, à la Haye, et j'ai vu , dans le volume qui traite de Bornéo, beaucoup de représentations de maisons de ce genre. Il est aussi vraisemblable que les Malais se trouvent plus à l'abri, dans des maisons ainsi exhaussées, de l'attaque des animaux féroces. Toutefois ce système adopté par les Chinois émigrés, vient des Malais et car^ictérise en général la race Malayo-Tongale. »

Dumont d'Urville donne, dans ses voyages, divers détails sur les habitations de plusieurs tles de l'Océanie ' . Il décrit une case de Bornéo, bâtie sur des pieux plantés au milieu de l'eau. « Cette case, solidement construite en planches et en bambous, me rappela, dit-il, la maison du lac Ontario de Cooper. Elle en était la reproduction exacte et avait sans doute été élevée dans le même but, c'est-à-dire pour se mettre à l'abri des ennemis et des bétes féroces. »

Sur rile Solo, le célèbre voyageur vit des cases perchées sur de forts pilotis de 10 à 12 pieds de hauteur, séparées entre elles par une lagune assez large, et formant un groupe à part, joint à la ville par un pont. Toutes les maisons de la ville de Solo, située à l'embouchure d'une rivière, sont bâties au-dessus de l'eau et reposent sur des pilotis. Elles communiquent entre elles par des ponts en planches souvent étroites et flexibles. Telle maison de Tile, de forme carrée, est supportée par 4 poteaux de 5 pieds de hauteur, et l'on y pénètre à l'aide d'un escalier mobile. Des cases, édifiées sur

* Les détails suivants sont extraits du Voyage de découvertes autour du monde^ par M. J. Dumont d'Urville, et de YUnivers, Histoire et description de tous les peuples. Océanie, tom. I à III, 1836.

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IS OU 20 gros pilotis, ont des claies pour plancher et pour parois ; ces dernières sont en joncs ou roseaux bien serrés, tandis que le plancher, construit avec des branches d'arbre entrelacées, laisse des jours. Les groupes d'babilalions sont parfois enlourés d'une plalc-forme.

Les maisons de l'tle Hindinao, à l'exception d'un pelil nombre construites à l'européenne, sont'd'assez niisérahles cases, élevées sur des pieux, & quelques pieds au-dessus du sol, fabriquées avec des bambous et couvertes en chaume ; la partie inférieure sert de parc aux bestiaux et aux volailles.

Celles des Hes Carolinss sont toutes construites en plan- ~ ches sur des poteaux élevés de plusieurs pieds au-dessus du soi, et lea grandes cages en bambous des Macassars, dans rUe de CéUbes, présentent la même particularité.

Toutes les babilations de l'Ile Céram sont érigées sur des pilotis, souvent au-dessus d'un marais, auprès du rivage de la mer ou sur du sable. On y voit un groupe d'une soixantaine de maisons, toutes à- deux étages, b&ties à la mode malaise. L'étage supérieur est destiné aux femmes, et le plancher du premier ou du rez-de-chaussée se trouve il un

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fées, recouvertes d'un toit conique ou à deux pans. Les parois sont formées de pieux rapprochés et de joncs entrelacés. Un ou plusieurs ponts étroits conduisent à la rive, ainsi que des canots taillés sur un tronc d'arbre.

« Les habitants de Dorél sont distribués en quatre villages situés au bord de l'eau ; deux sont sur la rive septentrionale du havre, et les deux autres sur les lies Mana-Souari et Masmapi. Chaque village renferme huit à quinze maisons établies sur des pieux ; mais chaque maison se compose è'«ne

rangée de cellules distinctes, et reçoit plusieurs familles

Toute la population de Doreï ne doit pas monter à plus de IKOO âmes. »

« J'entrai dans uV)e de ces cases, dit Dumont d'Urville. C'était un vrai château branlant, percé à jours de tous côtés ; un couloir long et étroit, pratiqué dans le milieu, se-

^parait une double rangée de cellules, chacune habitée par un ipénage. Ces cellules n'avaient pour tout meuble qu'une natte ou deux, un pot de terre, un vase ou deux en faïence, et des sacs de farine de sagou. Les appartements des chefs, mieux montés que les autres, avaient aussi de plus quelques caisses ou corbeilles en feuilles de bananier ou de pan-

, danus, où ils déposent leurs marchandises et leurs richesses. Dans-une autre cabane qui semblait une sorte de harem ou de gynécée, je vis plusieurs femmes rassemblées dans une salle commune, et travaillant à divers ouvrages. Les unes tissaient des nattes, les autres pétrissaient de l'argile cl en

^ fabriquaient des vases de diverses grandeurs. Une d'elles chantait, tandis que les autres semblaient prendre .plaisir à cette mélodie.

« Au milieu de toutes ces maisons alignées le long de la plage, il en est une qui frappa le plus vivement ma curiosité.

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Elle se composait d'une seule pièce avec ud toit Iriaogulure, ayant pour plancher six grosses poutres transversales, soutenues chacune sur quatre pieux solides ; il en résultait une sorte de colonnade de quatre rangs, dont chacun se composait de six poteaux. Tous ces pieux étaient sculptés en figures humaines, d'un travail grossier, d l'on veut, mais fort recoonaissables. Dans ces figures toutes nues, la moitié, celles du rang extérieur, étaient du sexe masculin ; les autres, du rang inférieur, étaient du sexeféminin. Elles étaient toutes surmontées d'un turban ou d'un shako formant chapiteau; de sorte que leur assemblage avec les poutres supérieures présentait un ensemble d'architecture régulière. Tout ce que nous pûmes savoir de nos guides au sujet de cet édifice, c'est qu'il avait une destination religieuse. Du reste, aucune perche entaillée ne semblait y donner accès ' . »

Le dessin qui accompagne cette description, (PI, U, 5), montre que ce curieux édifice, consacré au culte, est isolé des habitations, et que le plancher supporté par les pieux sculptés en cariatides est assez élevé au-dessus des eaux. Le toit repose sur le plancher , dont il n'est point séparé par

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des parois. Uq trou pratiqué sur l'un des côtés de la couverture en chaume parait être l'entrée de cette espèce de sanctuaire. Les Papous ont donc^ ainsi que les anciens Gaulois, des maisons lacustres, consacrées à leurs dieux.

L'usage de sculpter les pilotis ne se rapporte pas exclusi vement aux constructions religieuses ; on le retrouve sur rile de Gélèbes, employé dans les habitations particulières. « Quelquefois les pieux qui soutiennent les maisons sont ornés de sculptures fort curieuses, représentant diverses effigies d'hommes, d'animaux ou de reptiles. A Tondano, j'en remarquai quelques-unes qui portaient des figures européennes, coiflEées les unes d'un bonnet, les autres d'un chapeau monté. Quelques-unes de ces sculptures accusaient dans leurs contours un certain degré de goût et d'habileté déjà bien supérieur à celui des nations polynésiennes, où cet art ne se montre que dans son enfance. »

« Jadis toute la ville de Tondano était construite sur le lac, et Ton ne communiquait d'une maison à une autre qu'en bateau. Forts de cette position, en 1810, les habitants eurent des démêlés avec les Hollandais et voulurent secouer leur joug ; ils s'armèrent et furent battus. Ce ne fut pas sans peine qu'on en vint à bout; il fallut y porter de l'artillerie et construire des bateaux canonniers. Depuis ce temps, et pour éviter cet inconvénient, on a défendu aux indigènes de construire leurs habitations sur le lac. En effet, la ville s'agrandit sur la terre ferme, et, dans une promenade sur l'eau, je vis les ruines de leurs anciennes demeures. J'en vis aussi d'habitées, tellement vieillies qu'elles croulaient de toutes parts et menaçaient de tomber dans l'eau. M. Pieterman m'apprit qu'ils tiennent singulièrement à ces vieux édifices pourris, et qu'on a beaucoup de peine à les leur faire

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abandonner pour en construire de plus stdides : il m rattacbe à ce goût quelques idées religieuses. — Le nom de Tondano est un mot composé qui signifie Aomméj de l'eau ou qui habitent l'eau. »

M Rien ne ressemble plus aux habitations paludimnes du pays dans lequel je suis né, que traverse et que forme la Sëvre niorlaise avant de se jeter dans la mer ; et, sur une -montagne placée presque sous l'équateur, je retrouvai, pour ainsi dire, les huttes, les roseaur et les eaux marécageuses du département de la Vendée. «

Dumont d'Urville dit aussi, en parlant des Arfokis, voisins des Papous de ta plage du H&vre-Doréï, que leur tribu tout entière, composée d'euviron 450 per»onnes, habitait deux immenses cabanes en bois, perchées sur des pieux de 30 ou 40 pieds de hauteur, dans lesquelles on montait par une pièce de bois entaillée. Celte pièce de bois se retirait durant la nuit et aux approches de l'ennemi. Chaque famille avait una cellule particulière, et chacune des cabanes ou

hangars contenait une vingtaine de' cellules Plus tard, les

Arfakis se sont logés dans S ou 6 édifices plus petits, cons- Iruils dans le mme genre, mais ffiiVms élevés.

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Leur forge se compose d'une pierre qui sert d'endume et d'un soufflet consistant en deux cylindres de gros bambous disposés verticalement et munis chacun d'un piston pour refouler Tair. Ils ont des idoles en bois reproduisant l'attitude assise , dont la tête est parfois remplacée par un crftne humain.

On a prétendu que l'habitude de construire sur la mer ou dans les marécages répond à la nonchalence des indigènes, qui n'ont qu'une planche à lever pour se débarrasser des immondices ou des débris du ménage. Cette raison, à elle seule, serait insuffisante pour eipliquer le choix de ces emplacements et ce genre de b&timents d'un accès peu facile. Leur construction, loin de favoriser la paresse, demande bien plus de travail que celle d'une simple hutte sur terre ferme. D'autre part, il est évident que des cabanes perchées jusqu'à 30 et 40 pieds au-dessus du sol, et dont on retire après soi l'escalier mobile, a pour but de pourvoir à la sûreté de ses habitants. Ces huttes, malgré leur légèreté, rappellent les tours de refuge du moyen âge, dont l'entrée n'était accessible qu'à l'aide d'une échelle. La défense des habitants de Tondano contre les Hollandais , qui ne les soumirent pas sans peine, montre assez que les bourgades lacustres pouvaient résister avec avantage contre des peuples peu habiles dans l'art de la guerre. Toutefois, si le besoin dé pourvoir à la sûreté personnelle paraît avoir été le but dominant, on ne saurait méconnaître d'autres raisons tenant au climat et à la force de l'usage, qui fait encore préférer ces huttes délabrées à des habitations plus confortables. On a même vu que les idées religieuses ne sont pas étrangères à cette prédilection pour les demeures sur les eaux.

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