‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernes (volume 2)Chapitre 36 sur 94 · AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

AMÉRIQUE

Après avoir constaté l'existence d'habitations lacustres en Europe, en Asie, et dans les lies de l'Océanie, il est naturel de se demander si les nombreux bassins du vaste con> tinent américain n'ont pas été utilisés de la même manière. 11 serait surprenant qu'il n'en eût jamais été ainsi, mais je manque de renseignements suffisamment précis pour oser affirmer avec certitude que ce genre de construction ait été répandu chez les anciens habitants de l'Amérique. Oo possède cependant qudques indices qu'il ne sera pas hors de propos de rappeler.

Chacun connaît la description que donne Cooper d'une construction hicustre sur le lac Ontario. Dumont d'Urville vit avec surprise une habitation toute pareille sur l'Ile Bornéo, mais la question est de savoir si le récit de l'illustre romancier est dû & l'imagination, ou s'il a transporté sur les bords du lac Ontario des usages empruntés aux Malais ou

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maisons étaient fondées dans Tean. Elles ne reposaient assurément pas sur des pieux» mais cet usage de construire dans l'eau peut remonter à une époque où le bois , n'étant pas remplacé par la pierre, exigeait l'emploi de pilotis.

L'emplacement de Mexico était un groupe dlles basses et marécageuses que les Aztèques choisirent pour s'y fortifier contre leurs ennemis. Ils commencèrent par enfoncer des pièces de bois sur lesquelles ils élevèrent leurs demeures» qui consistaient en une légère charpente couverte de chaume, et dont les c6tés étaient garnis de joncs et de roseaux. Telles furent, d'après les traditions, les origines de cette grande cité, qui commença par revêtir le double aspect du crannoge et de la bourgade lacustre. Dans la suite, les Ilots voisins furcjnt réunis par des digues palissadées, et, lorsque la ville eut pris toute son extension , elle était traversée de canaux et ne tenait à la terre ferme que par trois grandes chaussés coupées par des ponts-levis. On prétend même qu'elle avait plusieurs milliers de barques et de bateaux, sans compter les petits canots faits de troncs creusés qui sillonnaient l'intérieur de la cité. Mexico, au milieu des eaux , n'était pas sans rapport avec Venise , et ces villes sont à plus d'un ^ard , pour les temps modernes, ce que furent les cités lacustres pour les âges primitifs.

La tradition mexicaine ajoute que les Aztèques, après avoir trouvé une retraite sûre, n'osaient cultiver les contrées voisines occupées par leurs ennemis, et que l'abondance du poisson ne leur suffisant pas, vu qu'ils manquaient de pain et de légumes, ils imaginèrent de construire de grands radeaux qu'ils couvrirent de terre et ensemencèrent. Sans accorder trop de valeur à ces récits populaires, on doit cependant reconnaître qu'ils ont conservé le souvenir de do-

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mainet artifidels tout pareils t eeax des Chinois, domaine qui, du temps de Gortes, avaient pris l'aspect de jardins. Le chroniqueurs espagnols décrivent en effet le» jardina flottan\ du Mexique, formés de radeaux faits avec des branche d'arbres, des broussailles, des roseaux et des joncs enlace les uns eux autres. On recouvrait ensuite ces radeaux d'u terreau noirfttre, dans lequel on semait des légumes. D( fleurs brillantes étaient cultivées avec soin, et, du milic de la plus riche végétation, s'élevaient des cabanes entoi rées de magnifiques dahlias. Tels étaient les jardins Qottanl qui excitèrent l'admiration des Espagnols au jour de la coi qnéte. 11 en existe encore de pareils sur le lac Chaleo.

Il est difficile de dire si ces radeaux eurent jamais le ci ractère de boui^des, dans tous les cas ils pouvaient pr senler des avantages réels sur des bassins dont l'exhaussi ment irrégulier des eaux amenait de temps t autre I'Idoi

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crique qui s'étendait paraUèltment à la rivière, et nous ne tardâmes pas à voir surgir un village. Â notre grand étonnementy une hutte contre laquelle heurta la proue de notre emtiarcation fut le premier obstacle qui arrêta notre marche. Nous regardâmes autour de nous ; le lieu où nous nous trouvions était complètement inondé. Nous avançâmes dans le milieu du village, il n'y avait pas un pouce de terre à sec ; les eaux couvraient tout à droite et à gauche, derrière et devant nous. Les habitants sortirent de leurs huttes à notre apparition et se tinrent debout sur le seuil de leurs portes. Ils avaient, sans exagérer, de l'eau jusqu'aux genoux; je remarquai même un enfant qui en avait jusqu'à la ceinture, le ne saurais décrire Fintérieur des cabanes de ces amphibies; mais nous en observâmes qui, si elles sont habitées, obUgent leurs habitants de plonger comme des castors pour sortir.

« Nous traversâmes en silence la cité aquatique, nous demandant à nous-mêmes comment des êtres humains pouvaient exister ainsi. Nous avions entendu parler de tribus sauvages qui vivent dans des cavernes et dans le creux des rochers ; nous connaissons les mœurs étranges de certains Indous qui perchent sur les arbres, et des nombreuses familles qui passent leur vie, en Chine, sur des radeaux ou sur des barques ; nous savions également que les Touaricks et les Shanbah errent sans cesse au milieu des déserts de sable, et que les Esquimaux se creusent un asile dans la neige; mais nous n'avions jamais contemplé ni même imaginé des créatures raisonnables formant par goût comme une colonie de castors, ayant les mœurs des hippopotames et des crocodiles qui infestent les marais voisins. »

Il est à regretter que cette description ne fournisse pas des

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détails plus précis, mais il u'en eat pas moins certain que ce village, peut-être inondé momeatanément et traversé par uoe embarcation, reproduit, dans l'ialérieur de l'Afrique, des usages propres aux habitants du Pbase et aui peuplades lacustres de l'Occident.

H. Maury, membre de l'Institut, mentionne des halutations sur pilotis, en décrivant le cours du Zambési. Un district fertile, situé entre Inbasuja et Hazaro, est tellement exposé ft l'élévation soudaine des eaux, à la suite de l'abondance des pluies, que « les indigènes, pour s'en garantir, sont obligés de construire, ainsi que le font les Ualais, leurs demeures sur des pieux hauts de 6 mètres ; alors ils bravent impunément l'inondation , et on les voit quelquefois p^her tranquillement dans les eaux sur lesquelles sraiblent flotter leurs demeures ; car le poisson abonde dans le pays, et les requins remontent même les rivières assez avant dans les terres '. »

L'antique usage de construire sur pilotis, pour vivre audessus des eaux ou pour éviter les inondations, se rehvuve ainsi sur les diverses parties du globe depuis les temps les

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