CHAPITRE I
INFLUENCE DES PREMIËRES MIGRATIONS SUR LINDUSTRIE ET LA MANIÈRE DE BATIR.
0rigiii68| raison d'être et but des habitations
lacustres.
Les découvertes faites en Suisse depuis six ans Bt les travaux de dessèchement entrepris en Irlande, ont donné une importance imprévue aux habitations lacustres de l'antiquité. Elles avaient passé à peu près inaperçues» bien que leur usage se soit conservé jusqu'à nos jours. Propres aux siècles les plus divers et aux contrées les plus éloignées, elles remontent , en Europe, à l'Age reculé pendant lequel la pierre suppléait au métal, et elles subsistent encore sur le détroit de Constantinople, sur quelques lacs de l'Asie, autouihi^es lies de l'Océanie et dans l'intérieur de l'Afrique.
L& emplacements explorés fournissent déjà des données
tM ORIGINBI
historiques d'un grand intérêt ; en se multipIiaDt , ils seront
comme les jalons des directions suivies par les premiers ànignmts de l'ÀBie. Sur quelques points, les bonites lacustres ne sont mentionnées qa'i des époques relaUvement récentes ; toutefois, loin de conclure de cette absence de renseignements sur leur antiquité, à une ori^ne pen reculée. on doit au contraire les envisager comme ayant survécu dans ces contrées plus longtonps qu'ailleurs. C'est ainsi que les PsBoniens et les habitants du Phase avaient cons«Té, du tw^ d'Hérodote et d'Hippocrate, un mode de oonstnu^n assuréBMtot bi«i {dus an<nen que la mention qui en a été bite par les écrivains grecs. Si l'on tient compte de cette observation, ce sera du pied du Caucase qu'on verra s'acheminer vers l'Occident les premiers habitants du midi de l'Europe. Les huttes de pécheurs du Bosphore apparaissent comme les derniers vestiges de constructions qui furent sans doute nombreuses sur les cAtes de la Thrace. Des cités pareilles à edles>du lao Prasias ont dû s'^ever-eor les laos de la Macédoine et sur les cAtes de t'IUyrie. Le jour n'est peutêtre pas éloigné où l'on en retrouvera des traces dans les lacs
que quelque chose de pareil a pu avoir lieu dès les figes les plus reculés.
Si l'on coroplèle les données provenant des antiquités lacustres par celles qui résultent de l'étude des sépultures les plus anciennes, on voit les premiers habitants de l'Helvétie occidentale se répandre sur les bords du Léman, et pénétrer dans la vallée du Rhdne jusqu'à Sion, tandis que quelquesuns, en remontant le cours de la Vcnoge, arrivent dans la vallée de l'Orbe, recouverte en parlie par les eaus du lac de Neuchfitei, et s'établissent à Chamblon, ji Concise, au Pont de laThièle.enunmot, sur les bassins du pied du Jura. C'est pendant cette période reculée que les bourgades lacustres ont été le plus nombreuses sur les lacs de la Suisse orientale, dont les habitants avaient peut-être suivi une autre direction, mais qui n'en appartenaient pas moins au premier flot de la population qui s'est répandue en Europe.
En supposant que les premières familles établies en Occident aient généralement construit leurs habitations sur les eaux, on comprend qu'il vint un moment où les rives furent insuffisantes pour recevoir toute la population d'un pays, surtout dans les contrées où les lacs sont peu nombreux. Il sera donc assez souvent impossible de rétablir les voies parcourues uniquement à l'aide des antiquités lacustres. Pour se faire une idée quelque peu exacte de la direction suivie par les premiers habitants du Nord, Il importe de recourir à la statistique des tombeaux de l'âge de la pierre, d'après laquelle on est conduit à admettre deux grandes voies de migration d'Orient en Occident. Toutes deux partent du Caucase, d'où l'une suit te littoral découpé des mers du midi de l'Europe, tandis que i'tiutre arrive sur les bords du golfe de Finlande et parcourt les cô(es du Nord. Les anti-
quîtés des lies Britanniques n'offrent pu dhmds de rapports avec celles des pays Scandinaves qu'avec les antiquités de la Gaule, mais» quelles qu'aient été les voies parcourues, la population de l'Age de la pierre présente de grandes analogies sur tous les points où l'on en retrouve des traces. Les constructions sur pilotis étaient les mêmes sur le lac Prasias, ea Suisse, en Angleterre et dans le Hanovre. Elles subùstent encore sur les rives du Don. Quant eux stations primitives qui ont existé entre le nord de l'Allemangne et le Caucase , on ne peut guère les rétablir qu'k l'aide des monuments funéraires, indices positifs d'établissements voisins.
Ce D'est assurément pas de l'Occidrat que l'usage de bfttir snr les eaux a pénétré en Asie ; aussi, les Ilots artificiels reproduits sur les bas-reliefe de Ninive, et même les caba-, nés de pédieurs du lac des Cbrétiena de la Syrie, doiv^itrils être envisagés comme la reproduction des prototypes de ces constructions, en attendant que de nouvdlNt^éoouvertes fournissent des données plus complètes s« les cités lacustres de l'Orient. C'est donc en Asie qu'A flft conduit fc rechercher l'origine de ce mode d'habitation, et c'est de
DKS HABITATIONS UCUSTIIBS.
Dm raisons diverses portèrent les émigrants à se fixer sur le bord des eaux. Les premières familles qui se dirigèrent vers des pays inexplorés suivirent naturellement les contrées ouvertes, les vallées, les rivières ou les fleuves et les rives des mers ; mais leur marche était souvent interrompue par des obstacles imprévus, qu'il n'était pas toujours facile I de tourner, surtout quand I emigrant emmenait avec lui des ■oupeaux d'animaux domestiques. La voie le long d'une rivière pouvait devenir impraticable par la rencontre d'un taarécage ou d'une paroi de rochers. L'embouchure d'un ■euve arrélail ceux qui suivaient le littoral des mers. Pour monter ces obstacles, il fallait explorer la contrée, et, s bien des c^s, stationner afin de construire des radeaux ■dont la fabrication exigeait des abattis de bois, et la dîrec- ^n sur les eaux, bien des mesures de prudence. La marche } premiers émigranis fut nécessairement lente. En surrmonlant les difRcullés inhérentes au sol, il fallait pourvoir i la nourriture par la chasse ou la pèche et transporter avec soi les instruments de priemière nécessité. Les animaux domestiques, dont les restes se retrouvent avec les plus anciens débris lacustres de la Suisse, paissaient en cheminant et étaient aussi une ressource, mais encore devbit-on les l^roléger, ainsi que la famille, contre les attaques des bétes Sroces. Pendant la nuit, des feux suffi^aiejit [lour éloigiier s campements les animaux sauvages ; le jour, chacun était Hir pied, pourvoyant aux besoins communs. Ufi face de lou- IleB ces dirficultés, on coDçoit que lorsqu'un radeau avait été wnstruil avec peine, on l'utilisiiil aussi longterap's que le termeltaient toscours d'eau ou les rives des bassins. De là k la navigation il y a loin sans doute; toutefois l'antique Itradition du déluge avait conserve le souvenir de l'arche
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flottant sur les eaux, et cette tradition, & elle seule, renfermait des données plus que sufBsanles pour l'assemblage de pièces de bois reliées en radeau . Ces embarcations, emportées par les courants et dirigées par l'aviron, avaient bien des écueils & éviter ; souvent elles tonchaîoit i la rive pour laisser paître le troupeau ; amarrées à quelque distance du bord , elles devenaient une retraite sûre pendant la nuit, et un abri pour les enfants, les infirmes et les vieillards, landis que les hommes valides vaquaient aux ocoupaUoos du jour. La butte de branchages, fedlement construite sur le radeau, tenait lieu de la tente du nomade. Qu'une famille renonçât à cette i^ vie d'exploration, le radeau, n'étant plus un moyen de pqarsuivre la marche, prenait le Caractère d'ube demeure ve et n'était pas sans rapports avec les Ilots Bottants de la Chine et du Mexique. On doit l'avoir utilisé sur les bassins dépourvus de blancs-fonds ou d'assez peu d'étendue pour n'être pas trop rudement balotté par les tempêtes * ; mais, là où les vagues s'élèvent avec impétuosité, on était conduit tout naturellement à transformer le radeau en esplanade, élevée par des pilotis au-dessus de la surboe des eaux pour que le
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dans les pays du Midi, on avait bien plus à redouter encore le lion, le tigre, la panthère et d'autres carnassiers. Il était donc naturel de se créer un refuge sur les eaux, assez éloigné dn bord ou assez élevé pour être inaccessible à ces animaux redoutables ^ Plus tard, quand les hommes, devenus plus nombreux, se disputaient le sol le meilleur ou se livraient des combats de tribu à tribu, la bourgade lacustre tint également lieu de fortification.
Ces considérations suffiraient, à elles seules, pour expliquer la raison d'être de ce genre de construction, auquel les PiBoniens durent, en bonne partie du moins, de conserver leor indépendance. Leurs habitations sur le lac Prasias oflBraient, en outre, la ressource d'une pèche abondante, et il est à présumer qu'il en était de même sur la plupart des eaux. Le poisson était attiré sous ces demeures par une partie des débris de la table, ainsi que par l'ombre projetée, entre autres dans les jours de grande chaleur. Actuellement, les pêcheurs ont encore l'habitude de jeter à Teau des branches touffues, liées ensemble, qu'ils appellent bouquet; après que le poisson attiré par l'ombre s'y est réfugié, ils jettent un filet alentour, battent le bouquet ; et le poisson, en fuyant, se prend dans le filet. L'habitation lacustre favorisait évidemment-ce genre d'alimentation. On a vu, dans leXYI* siècle de notre ère, des chefs irlandais combattre avec acharnement pour la possession du crannoge Innis-an-Lochain, à cause de son importance pour la pêche.
On peut aussi faire eptrer en ligne de compte, dans le choix de ces emplacements, la prédilection pour les eaux,
' L'animal dont il était le plus difficile de se présenrer derait être rours, nageur au besoin et grimpeur habile, mais moins ardent à l'attaque qu'à la
va umQvni
ma devait résulter en partie de l'habitude oontnctée par )ea
/obstacles que ces populations avaient à Burmonter durant
t leur marche. La difficulté vaincue a toujours ses jouissances.
/ D'autre part, les peuples dans leur enbnce ont dû partager
\ les goûts propres à la plupart des hommes dans leur jeunesse.
Il est un ftge où l'habitant des rivages aime h explorer les
cAtes, à suivre les cours d'eau, et, en l'absence de bateau, i
se construire de frêles embarcations. Il en a sans doute été
de même pour les riverains primitifs; mais la pèdie, et tout
particulièrement la défense, justifient suffisamment l'usage
prolongé de ce curieux genre de constructions, qui a aussi
' été utilisé pour se préserver des inondations.
Antiquité des habitations lacustres.
Pluueurs générations se succédèrent avant que les émigraots partis de l'Asie eussent atteint les limites de l'Occident. La haute antiquité de leur arrivée sur les rives de la Méditerranée, de l'Océan et des mers du Nord est cepwdant incontestable, quand on parcourt ia série des Ages du développemenl industriel, qui ont précédé l'ère cbrétie