CHAPITRE III
Importance historiqae des divera modes ftiné-
raires.
On a déjà vu que les rares objets en bronze de l'époque de transition ne diffèrent point des pièces les mieux finies de la seconde période, et qu'on ne retrouve pas en Europe, comme en Asie et en Amérique, un âge intermédiaire pendant lequel le cuivre est employé sans alliage d'étain^ La connaissance du bronze a été importée de l'Asie, mais il reste à rechercher si elle s'est répandue de proche en proche, ou si elle a été introduite par l'invasion d'un nouveau peuple. Pour répondre à cette question, il suffit de rapprocher les sépultures de la période du bronze de celles de l'âge précédent, mais encore importe-t-il d'établir tout d'abord que la diversité des modes funéraires provient originairement d'une
* Voir plus haut la page 104.
300 lyponTANCE HtSToniQni
enfonts qui avaient encore leurs dents de lait, c'est que, sans doute, ils les envisageaient comme innocents et comme n'ayant pas besoin d'être purifiés. Hérodote rapporte que les Perses, adorateurs du feu, s'abstenaient de l'incinération k cause de leurs idées sur la divinité de otA élément. Q'autrès envisageant la terre comme la mère uoiversdle du genre humain, déposaient dans son sein les restes du défunt, sans le livrer aux flammes. Chacun intaprétait. seton sa religion, les usages qui lui étuent propres. Le scepticisme, en se répandant chez les païens, put ne voir, dans oes pratiques, que des formes sans signiBcation, mais il n'en est pas moins vrai, qu'à l'origine, elles répondaient i des systèmes religieux qui caractérisaient des peuples diBëreats. D'après ce qui précède, on peut affirmer que la oonuai»- 'sance du bronze a été importée en Europe par l'invasion d'un nouveau peuple, car c'est avec l'introduction de ce métal que se répand l'indoération *. Les sépultures de l'&ge de la pierre présentent en revanche un caractère tout particulier. La première population de l'Occident inhumait ses morts, et avùt l'habitude de replier le corps de manière i ramener les genoux sous le menton en croisant les bras da
DES MODES PONiltAlRES.
d'immenses blocs qu'on recouvrait ensuite de cailloux ou de terre, et dans lesquelles le corps replié était placé contre ' les parois. Cepeadaut on retrouve aussi dans te Nord la tombe à peu près cubique, construite sous le sol de même qu'en Suisse, d'où il résulte que le mode funéraire du premier âge consiste bien plutôt dans l'altitude donnée au défunt que dans la grandeur du monument élevé sur ses restes. ' Celte attitude caractérise les sépultures de la population pri- I mitive de l'Europe, tout comme l'embaumement est le Irait saillant de l'inliumation citez les Egyptiens. Le cairn ou monceau de pierres et le lumulus gigantesque des Barbares sont réservés aux cliels ou au\ puissants, de même que les pyramides aux anciens Pharaons, tandis que le peuple inhumait le plus souvent sous la surface du sol. Ces tombeaux fort I nombreux en Europe, ne renferment d'une manière générale ' que les instruments de l'industrie primitive, et deviennent relativement rares après l'introduction du bronze.
Il est intéressant de retrouver les mêmes sépultures, avec
l'attitude repliée, sous les plus anciennes suhstructions de
Babyione', et c'est évidemment du centre de l'Asie que ce
[ mode s'est répandu en Europe et en Amérique, où il est en-
I oore employé par plusieurs Indiens et par les Patagons, après
avoir été général dans l'ancien Pérou. L'Afrique conserve
r des Aisagcs identiques qui existent pareillement chez les Bas-
^ soutos et chez quelques Hottentots. L'attitude repliée appa-
: raU ainsi comme le plus ancien mode funéraire qui ait passé
1 de l'Asie dans les autres parties du globe.
Une simple statistique des sépultures primitives permet
> de reconstruire les premières voies de migrations, et cela
d'autant mieux que ce mode a cessé fort anciennement d'é-
' Revut dti Deut'MoniUi . 15 nclobre 185t.
tre général dans beaucoup de contrées. En Europe, où il est essentiellement propre & l'âge de la pi^re, on le trouve surtout le long du littoral des bassins et des grands cours d'eau. C'est en recueillant tous ces vestiges du premier Age qu'on rétablit deux voies qui se détachent du Caucase d'où l'une parcourt les cdtes de la Her Noire et de la Héditerrannée, tandis que l'autre se dirige vers le golfe de Finlande et suit les rives des mers du Nord. Les premiers pionni«v de continents inex[^orés remontent ensuite les conrs d'eau: le Rbdne, pour arriver sur les bords da Léman; l'Elbe, pour s'établir jusque danslaThuringe', et ainsi d'autres fleuves.
Invasion des Celtes.
Dès que le bronze se répand en Europe, l'incinération devient d'un usage général. L'apparition d'un nouveau peuple répond évidemment & celle de ce métal. L'urne cinéraire, de même que la tombe cubique, se retrouve sous la surface du sol ou dans le tumulus, mais celui-ci, généralement moins
DES CCLTKS. 303
ftaccompngne le premier mode d'inhumation, on doit recon- ■naitre que l'envahisseur est resté maître du sol ; du reste il e pouvait en être autrement de la part d'un peuple possé- \al des arm^ en métal, or ces armes sont celles des anciens BCsitos qui n'inhumaient point leurs morts, mais les livraient Baux llammes du bûcher. L'incinération étant une partie intégrante de leurs pratiques religieuses, et l'urne cinéraire devenant d'un usage général avec le bronze, il en résulte que le Celle n'est pas le premier habitant de l'Europe dans laquelle il a introduit les arts métallurgiques.
On ne saurait admettre quela population primitive, malgré l'Ift supériorité des Celtes, ail complètement disparu. Le I vaincu u sans doute subi de grandes perles, mais bien des ICunilles n'en ont pas moins subsisté. Celles-ci ne tardèrent ^s à être au bénélîce de l'industrie du oonquérant, d'autre Ipart leur individualité dut se perdre peu h peu, et leur relîl;0on finir par se confondre avec celle des Celtes, qui ont ■ peut-être admis plus d'un élément de l'ancien culte*. Sur Blûen des points, les tribus primitives furent refoulées dans
it évidemmenl postérieure à l'inhumai ion. On a pu quelquituis inlroduire
■>nrne cinéraire dans les sallo s^.pulcnles. mais tes àép6u exceplîonnels, Ta-
■vUcB i comprendre , ne «auraient inOrmer In règle générale , loul comme il
It point lurprenaol qu'en découvrit parfois avec l'urne cinéraire da
I tracei de l'induitrifl primitive qui ne diipanit pas en un jour. Il n'est d'ail-
1 point impossible que plus d'une Tamille celtique , nouvellement établie,
K dA emprunter les instruments du pi'emier lige avant qu'on ait pu exploi-
s de rOceident sur une échelle sulQtante pour approvisionner
sate la population. Il ne fout pas non plus oublier que la pierre était dev«-
. ettei plusieurs peuples, une matière sacrée pour les instruments du
:, et qu'elle a été placée comme amulette ilans les tombeaux juiquea
s les lièclee ehrétiena. Si quelque cbose a lieu de surprendre , c'est que
M bits exceptionnels ne soient pas plus nombreui.
• C'eil surtout par l'étude des monumenia du culte qu'on peut ae faire une lée de celte transmission
des contrées inoccupées, et conserTdrentplasIonglempsleur genre de vie ; c'est ainù qu'on croit retrouver leurs desotadants chez les Lapons rejetés à l'extrême Nord ; sur tel autre point, elles sont restées pendant un certain temps dans les lieux qu'elles occupaient, car le oonquéraot n'a pa eovabir l'Occident en un jour, ni s'établir partout & la fms.
La Suisse occidentale est préds^ent l'une des contrées qui a échappé peadant plusieurs siëdes à la domination du Celte, à en juger d'après les sépultures. On retrouve à Sion, à Verschiei, près d'Aigle , et à Ghardonne , non loin de Vevey, des tombes du mode primitif, ornées d'objets en bronze. Celles de Verschiez étaient au nombre de pluûeurs centaines ; les deux autres points sont loin d'être entièrement fouillés. Dans le canton de Vaud, que j'ai tout particulièrement exploré, les instruments de l'âge du bronze n'ont jamais été découverts jusqu'à présent avec l'urne cinéraire, ni dans des tumulus, mais je dois ajouter que plusieurs tombes s'éloignent quelque peu du mode primitif, en ce que les corps, au lieu d'être repliés sont étendus et couchés sur le dos ; toutefois, il est probable que la population de l'ftge de e abandonna peu à peu celte attitude étransi