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CHAPITRE IV

Le fer est le métal qui joue le plus grand rdle dans l'industrie, aussi sa découverte a-l-elle profondément réagi sur la vie des peuples. L'importance de ce métal, connu en Orient dès une très haute antiquité, aurait dû, semble-t-il, contribuer à le répandre beaucoup plus rapidement. Il n'en fut

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une partie de l'Occident, après avoir quitté les bords de la mer Noire ; or la connaissance du fer remonte à un âge beaucoup plus ancien sur les côtes du Pont-Euxin et de l'Asie-Mineure, en sorte que ces peuples ont, dans tous les cas, importé avec eux Tart de travailler ce métal dans les contrées où ils se sont établis. Si les Gaulois étaient restés étrangers à cette industrie, dans laquelle excellaient les Gellibériens, ils l'auraient certainement apprise des Phocéens et des Kimris. Quoiqu'il en soit, les Gaulois et les Bretons possédaient le fer avant les conquêtes de César, et ce n'est pas du temps de Tacite seulement que les mines de la Norique furent exploitées.

Invasion des Helvétiens.

Les antiquités du premier âge du fer, qu'on découvre dans les lacs de Bienne et de Neuchâtel, diffèrent sensiblement de celles qui accompË^nent les ruines romaines de la Suisse, mais, en revanche, elles sont exactement les mêmes que dans les tombeaux les plus anciens du troisième âge. Les sépultures de cette période présentent en général une assez grande variété, qui est, du reste, propre à la plupart des pays de l'Europe * . Dans la Suisse occidentale, et tout particulière-

< La Norwége donne lieu à une exception intéressante, parce que ce pays dans lequel Tâge du bronze est à peine représenté , n*a été généralement habité que dès le premier âge du fer , en sorte que les sépultures de Christiania i I>rontheim offrent une très grande analogie. — Communication de M. Kaiser, professeur à Christiania. — Cette observation justifie l'idée émise plus haut que les variétés du mode funéraire dans le même ftge , proviennent de la réunion ou de la juxtaposition de peuples d'origines différentes dans le même pays.

ment dans le cantOD de Vaud, c'est à ce moment seulement qu'apparaissent le tumulus et rincinéralion. D'après les observations précédentes, relatives aux sépultures de l'ftge du bronze, rappurilion de ce mode funéraire doit répondre à celle d'une nouvelle population dont il faut rechercher l'origine.

Le mode introduit remonle & l'invasion des Celtes; il se retrouve chez les Grecs, les Romains, les Gaulois, tes Bretons, les Germains, les Scandinaves et chez beaucoup d'autres peuples ; mais le tumulus, monument encore barbare, était étranger aui Romains ' qui déposaient l'urne dans le columbarium ou sous la surface du sol, en dressant un marbre plus en rapport avec leur civilisation. Cette circonstance est importante parce que le tumulus, introduit avec le fer dans la Suisse occidentale, a été encore en usage sous la domination romaine en Helvétie. A cette époque, ce genre de colline artificielle n'étant point le tombeau du Romain, devait être nécessairement la sépulture de l'indigène, qui n'était autre que l'Helvétieo. Il faut donc reconnaître que le tumulus et l'incinération, qui n'apparaissent sur les bords du Léman qu'après r&j;e du bronze, désignent nettement rétablissement

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rigeant vers le Rhin, sur les frontières delà Germanie*. Dion Cassius ajoute qu'ils prirent cette route dans l'espoir de regagner leur ancienne patrie*. Tacite la place entre le Rhin, le Mein et la forêt Hercynienne, et Ptolémée donne le nom de désert des Helvétiens à la contrée qui s'étend depuis la source du Necke^ jusqu'aux Alpes'. Il résulte de ces passages que les Helvétiens avaient habité la Germanie avant de faire invasion dans le pays auquel ils ont donné leur nom. Cette invasion ne devait pas remonter à une bien haute antiquité puisque la tradition n'en était pas perdue du temps de César. Leur séjour sur la rive droite du Rhin n'indique pas nécessairement qu'ils soient Germains. Les auteurs anciens leur attribuent une origine gauloise, ce que paraissent confirmer les dénominations celtiques conservées en Suisse ^, ainsi que les tumulus qui reproduisent parfois tous les détails des cérémonies funèbres des Gaulois, dans lesquelles les sacrifices humains jouaient souvent un grand rôle. Les Helvétiens avaient probablement passé de la Gaule en Germanie et, de là, entre le Jura et les Alpes d'où ils voulaient émigrer de nouveau. Tous ces mouvements disent assez combien ils changeaient facilement de patrie et combien peu on doit les envisager comme les premiers habitants de la Suisse. D'une grande valeur et fortement épris de la guerre, d'après le témoignage de César, c'était, les armes à la main,

* César I, 27.

* Dio, lib. XXXVIII.

» Ptolem., lib. II.

* Noviodunum, Eburodunum^ Minnodunum, Tauredunum, etc. On voit que les dénominations de ce genre ne se trouvent pas exclusivement sur les rives des lacs. Les noms propres parvenus jusqu'à nous sont peu nombreux ; dans tous les cas, celui d*Orgélorix est bien gaulois. Il existe, dans la vallée du Rhône, quelques familles dont les noms ont la même terminaison.

qu'ils conquéraient de nouvelles contrées. Leur établissement au pied des Alpes n'a pu s'opérer qu'après avoir vaincu la population qui occupait le pays. Ces premières considérations permettent déjà de présumer que c'est aui Helvétlens qu'il faut attribuer la destruction des bourgades lacustres qui s'élevaient en grand nombre de Bienne & Genëve.

Cette destruction a eu lieu, ainsi qu'on l'a vu, au moment où quelques objets en fer commençaient à se répandre. Cependant on ne trouve pas de traces de ce métal sur un grand nombre d'emplacements qui ont ainsi cessé d'être occupés avant son introduction générale. D'autre part, les tumulus du canton de Vaud, fouillés jusqu'à présent, appartenant tous à l'ftge du fer, il en résulte que l'invasion des Heivéliens remonte & la fin de la période du bronze en Suisse, ou tout au moins à l'époque de transition , et qu'elle se répandit sur le pays en même temps qu'une nouvelle industrie caractérisée par le fer. A la suite de cette irruption, la population antérieure fut dans la même position que les premiers babitants de l'Helvélie orientale, lors de l'invasion des

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ravagés. Les deux seuls emplacements de quelque importance, retrouvés jusqu'à ce jour, sont ceux du Steinberg et de La Tëne^ Ces bourgades survécurent pendant un certain temps, mais elles portent aussi les traces d'une destruction violente qui n'est peut-être pas sans rapport avec celle de la cité lacustre de Tondano, dans l'Ile Célèbes. On a Vu que les habitants de cette dernière ville, ayant voulu secouer le joug des Hollandais, furent battus, mais non sans peine, et qu'ils reçurent la défense de construire sur les eaux . Cependant les indigènes cherchent encore à se réfugier dans les ruines chancelantes de leurs anciennes demeures, qui ont pour eux un attrait tout particulier. Ce récit, quelque moderne qu'il soit, rend bien compte de ce qui a dû se passer en Suisse, il y a environ deux mille ans. Plus d'un indigène chercha longtemps aussi un abri dans les ruines des antiques bourgades que quelques familles occupaient encore sous la domination romaine.

Les Helvétiens, qui n'avaient pas l'habitude de construire leurs demeures sur les eaux, ayant pénétré dans la Suisse occidentale en même temps que le travail du fer et au moment où disparaissent les bourgades lacustres du deuxième âgé, il est évident que c'est à la suite de leur invasion que ces établissements ont été détruits.

Les descendants de la population lacustre des bords du Léman ont laissé, comme traces de leur existence, des tombeaux d'une construction identique à celle des sépultures de Tftge précédent, dans lesquelles ils ont déposé les mêmes objets d*industrie que contiennent les tumulus de la période

* Peut-être faut-il ajouter à ces stations, celle de Graseren , Toisine du steinberg. Voir plus haut à la page 182.

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du fer. Si la populatîoD conquise tomba dans la servitude, il y eut sans doute des exceptions, car plusieurs de ces tombeaux reaferment des ornements qui révèlent une certaine position sociale. Peut-^tre même que quelques familles s'allièrent è («Iles du vainqueur, ce qu'on pourrait supposer quand on trouve réunis sous le même tumulus l'inhumation et l'iucioération, mais il est possible que ces deux modes fassent déjà propres aux HelvéUene, avant d'avoir franchi le Rbin, car ils s'étaient sans doute incorporé plus d'un indigène des diverses contrées qu'ils avaient occupées, de même qu'ils s'associèrent, lors de leur émigration sous la conduite de DivicoD, plus d'une peuplade voisine. Ces migrations fréquentes eurent pour résultai d'introduire chez le conquérant plus d'un élément étranger, ce que confirme la confoàon apparente des modes funéraires, conséquence naturelle de la réunion en un seul peuple de familles d'origines diverses. Les Romains ne furent certainement pas les seuls à ériger en loi le respect des différents usages funéraires, mais on doit aussi renonnaitre que les idées religieuses qui s'y ratlacbaient primitivement s'altérèrent peu à peu, et qu'on put, dans certains cas, passer sans scrupules d'un mode à l'autre.

similer celle du premier ftge du fer. Cette industrie nouvelle, à laquelle répond en Suisse l'époque helvétienne, ne saurait recevoir le nom du même peuple sur tous les points où elle se répand. Formée d'éléments divers, elle présente de grands rapports dans la plupart des pays de l'Europe, et entre autres deux caractères bien distincts, qui se reproduisent à peu près partout. Le premier exprime la transition naturelle entre deux périodes, de manière que les formes de l'&ge du bronze passent en partie dans celui du fer, pour autant, toutefois, que ce dernier métal, qui ne se prête pas au moule comme le précédent, permettait au début de l'art de reproduire, par le martelage, les lignes souvent élégantes de la deuxième période. L'autre caractère ressort nettement de formes nouvelles tout à fait étrangères à l'époque du bronze, et dont on doit rechercher l'origine en Asie où prennent naissance les principaux prototypes de l'art destiné à recevoir en Europe son plus haut degré de développement. Pour avoir une idée nette de ces divers éléments, il importe de jeter de nouveau un coup d'oeil sur les débris de cette industrie retrouvés soit dans les eaux, soit sous la surface du sol, et de mentionner tout d'abord en quelques mots les principales découvertes qui servent à compléter celles qu'on a faites dans les lacs.

Les tombeaux helvétiens enrichissent depuis longtemps les collections de la Suisse d'armes en fer, de ferrements de roues , de vases formés de minces feuilles de bronze, de larges lamelles du même métal découpées à jours, gravées, cannelées ou repoussées, d'ornements en or et en verre, ainsi que de quelques poteries d'un genre nouveau. Des sépultures contenant des antiquités pareilles se retrouvent en Italie, en France, en Allemagne et dans les pays du Nord,

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mais trop souvent la classification de ces pièces les sort de la place qu'elles devraient occuper dans les musées. — ■ Un champ de bataille de la même période, constaté à la Tiefenou, près de Berne, est remarquable par le grand nombre d'objets en fer enfouis sous la surface du sol. Des débris de chariots, une centaine d'épées, des restes de cottes de mailles, des pointes delance, des anneaux, des fibules, des ornements, des ustensiles divers, des poteries grossières et des fragments de bracelets en verre étaient accompagnés de plus d'une trentaine de mounaies gauloises et massalîotes antérieures à notre ère, sans qu'aucun objet de ce champ de bataille puisse être attribué è l'époque de la domination romaine en Helvétie '. — Une autre découverte des derniers temps de l'indépendance gauloise est celle d'Alaise, près de Besançon . Ce n'est paa ici le cas d'entrer dans la discussion soulevée par la question de savoirs! ce point est bien VÂletia dont parle César. Quelle que soit l'opinion des savants è ce sujet, on ne peut méconnaître que la plupart des objets découverts cea dernières années caractérisent le premier ftge du fer. Il est évident que cette localité a été le siège d'un établissement gaulois d'une grande importance. Les nombreux tumulus d'Alaise recou-

DU PREUtER A6S DU FER.

■floiiiffliil, près de Salzbourg, en Aulriche'. Il représente (l'une manière pnrticulièrement complète la Itansilion du bronze au fer. L'épée, le poignard, le couteau et le ceit de bronze, y sont accompagnés des marnes pièces en fer. Des

Imteusiles el des ornements divers permettent d'apprécier avvc certitude les élémenla anciens et nouveaux qui président â celte époque transitionnelle pendant laquelle se sont accumulés les tombeaux de ce vaste cimetière. L'analogie de ces antiquités avec celles des découvertes précédentes montre Miltisamment qu'elles sont le produit d'une industrie qui , si Bile n'est pas contemporaine sur tous les points où on en re- Klrouve les traces, a du moins pris naissance dans des conjtf lions et sous des influences analogues. — Ce qui o été dit précédemment des enrouissemenis de la troisième période s les tourbières des pays du Nord, dispense d'entrer dans e nouveaux détails à ce sujet.

C'est d'après l'ensemble de ces diverses découvertes qu'on peut saisir les traits caraclérisques mentionnés plus liaul. Entre les objets en fer qui reproduisent les formes de l'âge précédent, il faut citer les haclies de La Tène {PI. XIV, U, ^î, 18), dont la douille exigeait un mancbe coudé, de même tque celui des celts en bronze. Une pièce pareille, découverte s le canton d'Argovic, fait partie de la collection des antiquaires de Lcipsick. Deshacliesdu même genre se trouvent tans les musées du Danemark, de la Suède et de la Nor\sége.

t, 18B8. — Lu lombfMei' iTAlai^r. par M. Augii.ilo Caslan , rapporta intérêt dani les Mémoires de ta tociété d'tmulation du département du Doulu et dan» la Hevue arrhiologique. \\' niini^, pag. SS8 et BH9.

■ Dit Gràber bti HatUladt. von Joaepb Gaisberger. Lini, 1813. — M. K. G. . Bnueliua a eu l'abligeance de me caminuoiquer te9 deasiiit inédit* d'un w grand nanibre d'objett de ce cimelii're , découverU ces iteraiiirea années.

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On rencontre aussi, près d'Alaise et de Hallsladt, le ceit en fer fixé à un luancbe fendu. ~ Les débris de chaînes de La Tène (PI. XV, 3) composés d'anneaux circulaires réunis par des liens plaie ou cannelés, sont pareils à quelques chatnettes de l'Age du bronze. — Divers fers de lance conservent les formes connues, mais plusieurs offrent des variétés d'un genre nouveau. — Les antiquités en bronse , sorties des emplacements lacustres du premier Age du fer, n'indiqueol pas avec certitude la transmission de l'art purement celtique, parce qu'elles peuvent être tombées à l'eau pendant l'époque précédente; aussi, pour compléter cette liste, doit-on recourir aux découvertes faites dans le sol.

Les tombeaux de la troisième période renferment des épingles & cheveux semblables A celles qui ont été importées avec le bronze. — Divers anneaux, les bracelets entre autres, reproduisent les formes et les gravures usitées précédemment, mais d'autres, non moins nombreux, sont d'un genre très différent. — Les antiquités en fer de Hallstadt conservent plusieurs types anciens qui ne tardent cependant pas A disparaître. Le tranchant d'un couteau est ondulé comme dans la deuxième période. Une lame lie poianard en fer

sont remplacés par des boutons ^ Deux épées de petites dimensions, mais du même genre, ont été découvertes à Alaise. La poignée de l'une est en bronze massif. « De sa partie supérieure, dit M. Aug. Castan, s'élancent gracieusement deu& antennes, terminées par des boutons ouverts, dont les alvéoles sont encore remplies d'une substance rosàtre que l'on suppose être du corail décomposé. La lame en fer, tranchante des deux côtés et d'une largeur de 3 centimètres à sa naissance, est restée dans son fourreau de bronze*. » Ces poignées ne sont pas sans rapport avec celles du Luissel et de Concise qui ne diffèrent que par l'enroulement de leurs antennes en volutes ou spirales.

Les formes du premier âge du fer, étrangères à l'époque du bronze, sont de beaucoup les plus nombreuses. Le tranchant des lames d'épée et de poignard est généralement droit, celui des couteaux n'est plus ondulé. Les faucilles se distinguent des précédentes par leurs grandes dimensions, par leur fabrication et par la courbure de la lame. Le tranchant, parfois dentelé en scie , répond à un usage fréquent dans le Nord. La faulx constate un progrès réel en agriculture; l'une de ces pièces, trouvée sur le champ de bataille de la Tiefenau, peut avoir servi en guise d'arme. La petite fourche, le trident ou harpon, le mors de cheval et l'étrille sont des pièces nouvelles (Voir les PI. XIV à XVII. La PI. XVII est consacrée aux antiquités tumulaires). Des mors du même genre ont été retrouvés en grand nombre à

« mttheiL (ter antiq. Ges. in Zurich. III' Band, II»» Heft. Taf. V, 6. 1845.

' Les timbelles celtiques du massif d^ Alaise, par M. Auguste Castan, pag. 9, PI. I , flg. 8 , 1858. — L'auteur ajoute : • Nous savons par le témoignage de Pline que les Gaulois ornaient de corail les épées, les boucliers et les casques. » Priusquam hoc notesceret, Galli gladios, scula, galeas adomarbant eo (curaUo), Bist nal., Lib. XXXIU, cap. 11.

Min. ET OOCUM. XYII. ^

la Tiefenau , mais le fer de cheval D'y a pas été remarqué. Od en a cependant découvert an fragment dans l'uBe des lombelles d'Alaise*, les étampures sont obloogues, et le clou, dont la léte est usée, a la forme du T. Un tumulus de Grftchwyl, dans le canton de Berne, recouvrait un de ces fers intact, avec un éperon sans molette, une épée et un magnifique vase en bronze d'origine étrusque*. 11 est possible cependant que ce tumulus belvélien n'ait été élevé que pendant la période romaine.

Les ornements personnels ne présentent pas moins de formes nonvelles. Les anneaux en bronze sont toujours usités comme bracelets et colliers. Si quelques-uns portent encore les gravures celtiques, plusieurs, coulés de manière t imiter de larges ciselures, accentuent plus fortement les ornements de détail. Parfois l'anneau granulé reproduit les perles d'un collier*. Les renOements variés et les dessins nettement accusés ne sont pas sans élégance. L'ambre rouge traversé

* Lt* tombellet etUiquei et romamei iTAioUe , par Aug. CaUan. PI. I , Ûf. 9, 1SS9. — J'ai IrouTi dee f«n de ehevanx pareil* dan la collino de •>-

].drcA<EJogia.Yu[. ÏISV. PI. Hvlll. fig. j.

DU PRKMlCn AGB DU PBR. 339

par le fil du bracelets ou rémail incrusté sur le brooze des colliers* ajoutent un nouvel élément .à l'ornementation. Des anneaux sont revêtus de lamelles en or sur un noyeau d'argile. On peut envisager comme des brassards de grandes pièces, longues de 5 à 6 pouces, passées à l'avant-bras des squelettes, bien qu'elles aient été fabriquées avec des feuilles de bronze si minces qu'elles ne devaient guère résister sous les coups de l'agresseur. Ces brassards, renflés comme un fuseau sur le milieu de leur longueur, sont couverts de fines gravures, de disques , de lignes parallèles et de chevrons*. Le jais, les lignites et le verre ont aussi été employés pour les bracelets. Les premiers , bombés et en général assez lourds, mesurent jusqu'à trois pouces et demi de hauteur*. Le verre a été utilisé pour des anneaux circulaires, souvent plats à l'intérieur et ornés sur l'autre face de lignes en relief ou d'espèces de larmes disposées en torsades. Les uns sont blancs, d'autres bleus ou bruns. La teinte jaune, plus difficile à donner, ressort au moyen d'une pâte de cette couleur étendue sur la face interne de l'anneau. Des fragments de bracelets en verre ont été retrouvés à La Tène, sur le

* Les tombée eeltique$ de la forêt communale éTEnsUheim et du Hubelwal* dele, par Maximilien de Ring, PI. VI, flg. 7. Strasbourg, 1858.

' Let tombei celtiques ntuées près d^Heidolshtim , par Max. de Ring. PI. III, fig. 5. 1857. — Recueil d^antiquités suisses , par M. le baron G. de Bonstetten. PI. VII, flg. 4. 1855.

' Recueil d^anHquités suisses, par M. G. de Bonstetten. PI. X,ng. 1 et 2. — M. Edouard Mabille a fait don au Musée de Lausanne d'une pièce du même genre trouvée dans un tombeau près de Baulmes , avec une boucle d'oreille et une fibule en bronze.

* Ma collection renferme deux de ces bracelets en jais , des environs de Payeme, dont l'ouverture n'a que 19 lignes de diamètre. Leur destination ne peut être douteuse , l'avant-bras du squelette étant encore pris dans la terre qui remplissait ces anneaux.

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Steinberg et ft la Tiefeaau. Plusieurs, sortis intacts des sépultures, étaient passés à l'avaDt-bras des squelettes. Dans trw localités de la Suisse, on les a découverts avec des monoaies celtiques qui ne permettent pas de douter de leur origine ant^romaine, ce qui ne veut poiut dire qu'ils n'aient pas été en usage plus tard'.

Le verre coloré et des p&tes émaillées faisaient aussi l'ornement des colliers, non plus sous la forme d'anneaux, mais en grains de grosseurs diverses souvent mélangés avec l'ambre de la Baltique, et passés à un cordon. Ces perles nombreuses dans quelques tombeaux se retrouvent sur le Steinberg. Leur présence dans le premier &ge du fer est d'autant moins surprenante qu'on les rencontre à l'époque du bronze. Du temps de Pline, d'après le témoignage de cet auteur, les Gaulois étaient habiles k travailler le verre. Ce n'est cepeadont pas à cette industrie, sans doute importée par les Phocéens, qu'on doit attribuer les verroteries les plus anciennes découvertes en Suisse et dans le Nord. Les Phéniciens, dans leursexpéditionscommerciales, les utilisèrent souventcomme

retrouvé en Fr&nce et en Anglelarre, d*iu dei rutnei romtiaea.

moyen d'échange. Plus tard on les imita, et, longtemps après l'ère chrétienne, elles avaient encore le même caractère. C'est ainsi qu'on retrouve des grains de collier en verre ou en pâte émaillée présentant les mêmes formes et la même disposition de couleurs dans les tombeaux de l'Egypte., de la Crimée, de plusieurs gouvernements de la Russie, de l'Allemagne, des Pays Scandinaves, de l'Angleterre, de la France, de la Suisse, de TEtrurie et de la Grande Grèce *.

L'usage des ceintures, des bagues et des boucles d'oreilles commence à se répandre. L'une de ces dernières, trouvée à Baulmes, est ornée sur son pourtour de cinquante trois petits anneaux de deux lignes de diamètre à peine '. Une ceinture, formée d'un grand anneau dont les extrémités sont reliées par des chaînettes provient des environs d'Aubonne'. Un anneau pareil, mais torse, est conservé dans le musée de Stockholm. Parfois une large lamelle en bronze , recouvrait le cuir de la ceinture en tout ou en partie. Deux pièces identiques, cannelées sur leur longueur sortent des tumulus d'Alaise et de Rances, en France et en Suisse. D'autres, bosselées, reproduisant en relief des disques, des losanges, des oiseaux, des quadrupèdes et des hommes dans des enca drements de lignes parallèles, ornent plusieurs tombeaux helvétiens ainsi que ceux de Hallstadt. Quelques-uns de ces

' On découvre même en Amérique , dans les tombeaux du Canada et de l'état de New- York , des grains de collier en verre tout pareils à ceux qui ont été répandus dans Tancienne Europe. Comme on ne connaît aucune fabrique de ce genre en Amérique, il est probable qu'ils y ont été importés. — Scboolcran. InHan Tribei. Vol. I. PI. IXIV, n» 7 à iS.

* Voir plus baut la note 3 de la page 889.

* M. £mest Griolet a enrichi ma collection de cette pièce , ainsi que de petites fibules en brome et de grains de colliers en verre provenant de la fnèm« localité.

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dessins variés se retrouvent sur des lamelles d'Alaise ; s'ils pouvaient faire douter de l'antiquité de ces pièces, il suffirait de rappeler <}ue les Gaulois aimaient à orner leurs Jwncliers et leurs casques d'animaux et de figures fantastiques. L'une des ceintures les plus remarquables est assurémenl celle des environs d'Arles, qui a été déposée dans le musée de Copenhague. Elle est composée d'une double rangée de plaques carrées, bosselées surle centre et réunies les unes aux autres par de petits anneaux; entre chaque plaque de la rangée inférieure, sont suspendues des lamelles triangulaires, ornées de fines gravures.

Les pendants et les chaînettes jouent un grand r61e dans le premier Age du fer. Celles-ci, formées d'anneaux passés les uns dans les autres ou réunis par des liens, se doublent et se triplent parfois vers leurs extrémités auxquelles son! suspendus des glands en bronze ou des grelots de forme ovoïde, découpés en bandes longitudinales à l'intérieur desquelles est ordinairement un petit caillou blanc, qui tienl lieu de battant '. Nulle part cependant ces chaînettes el ers pendants ne se trouvent en plus grand nombre que dans la Livonie et dans les provinces voisines, où elles ont été en

ses broches de la Tiefenau, montrent que le nouveau métal, bien qu'il fût abondant, n'était point dédaigné pour les ornements. Cependant, la plupart de celles qui proviennent des tombeaux sont en bronze. Quelques-unes ne mesurent qu'un pouce de longueur, tandis que d'autres sont deux à trois fois plus longues. La variété des formes est très grande ; l'os et l'émail s'incrustent sur le métal ; l'une, trouvée à Baulmes, est surmontée d'un oiseau en relief ' .

On découvre parfois en Suisse, sur la poitrine du mort, de nombreuses perles en bronze prises dans l'étoffe de ma* nière à couvrir de brillants cette partie du vêtement que les Livoniens ornaient aussi de la même manière*.

L'or, sans être abondant chez les Helvétiens, est cependant bien moins rare que dans la période du bronze. Sur des grains de collier de ce métal, ressortent des espèces de méandres ou de petits triangles avec trois points saillants à l'intérieur, genre d'ornement très fréquent sur les objets en argent du Danemark et de la Suède '. Des coHiers et des bracelets évidés sont en or. Quelques anneaux n'ont que & à 7 lignes de diamètre. Une chaîne eu filigrane est d'un joli travail, mais l'ornement le plus riche, sinon le plus artistique, des tumulus helvétiens est une coiffure en feuille d'or de la forme de calotte, ornée de triangles, de disques et de carrés en relief disposés sur des lignes parallèles' *.

* Une fibule antique de Crémone, qui m'a été remise par M. Griolet, porte trois oiseaux du même genre.

* Die Grëber der Liven, von J. K. Bâhr. Taf. XVI, 12, 18.

* L'argent n*apparatt chez les Scandinaves que dans l'Age du fer. Ces triangles, frappés avec un poinçon, se retrouvent encore sur les ornements des tombeaux helvéto-burgondes de Bel-Air, près Cheseaux.

* Notice iur hê tcmbelUê ^Anet, canton de Berne, par G. de Bon^tetten. 1849.

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La poterie reproduit bien des formes de l'&ge précédent. L'aiple pétrie avec des grains siliceux se retrouve dats les lumulus de même que dans les lacs, cependant l'arl du potier a fait des progrès incontestables et l'on connaît ausù des pâtes plus fines et plus compactes. Ke vernis, aa lien d'une teinte uniforme, reçoit sur le même vase des couleurs diverses, noires, blanclies, rouges, brunes et jaunes, disposées en damier, en triangles et eh figures géométriques diverses qui doivent avoir quelques rapports avec le sagum gaulois aux carreaux de couleurs éclatantes. Ces desùos ornent l'extérieur de l'urne et l'intérieur de pièces de vaisselle évasées, employées Sur le Steinberg ou déposées dans des tombeaux *. La poterie helvélienne caractérise une phase particulière des arts céramiques, qui prend place entre le genre celtique proprement dit et celui dans lequel ont excellé les Etrusques. — La pierre ollaire, travaillée à l'aide du tour, était aussi utilisée pour des vases et pour quelques ornements.

Il n'est pas rare de trouver dans les tumulus helvéliens des vases en bronze de dimensions parfois assez considérables' . Leur forme est en général celle du cylindre, du cdne tron-

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