MONUMENTS
ce doDl on peul se convaincre quand on les voit disposés en cercle autour de quelques tumulus du premier ftge. Parfois ces grandes collines, qui ne recouvrent que des instruments en pierre , sont surmontées d'un pilier brut ou d'un autel formé d'un immense bloc posé sur trois supports au sommet du tombeau. Lors même que cet usage n'a pas été général dans r&ge de ia pierre, et quand même il se reproduit dans lu période suivante, il n'en est pas moins certain qu'il a été introduit en Occident dès les temps les plus reculés Ces piliers groupés en cercle autour d'un men-bir sont parfois envisagés par les Lapons comme la famille du dieu qui occupe la place d'honneur. Cbaque pilier portait souvent an nom particulier; mais, loin de pouvoir désigner les divinités primitives auxquelles ils étaient consacrés, on ne peut juger que par analogie du culte qui leur était rendu. L'autel témoigne, cependant que ces peuplades éprouvaient le besoin de sacrifier aux puissances supérieures, de les a|>aiser et de scies rendre favorables. Ces monument^, groupés autourde quelques tumulus, étaient peut-être réservés aux personnages les plus importants dont les restes semblent placés sojs la protection spéciale des dieux. Etait-ce aux mflnes du dé-
r' nP.LIC.lEl'X.
r» Suisse occideiilalc a eu aussi ses men-birs. Quelqiiesexislent encore de fionvlllars à Bevaix, entre le lac de Neuchàtcl et le (lied du Jura. D'autres ont élé délruits récemment près de Corcelletles et de la Molhe '. Les autels de Monl-la-Vilte ' el de Burtigny ' furent sans doule consacrés par la populalion qui construisait sur terre ferme, vu la dislauce à laquelle ils se trouvent des rivages, à moins louli^fois quelestiabilantsde la bourgadelacustre de Bolle n'aient eu l'usage de gravir la hauteur voisine pour sacrifier dans la forêt de Prévond-d'Avaux, près de Burligny. Le grand bloc de Mies, appelé Pierre à Peiini *, n'était pas fort éloigné des pilotis de Coppct. La Pierre à Nitun ', baignée par les eaui du Léman, en face de Genève, a tout particulièrement le earaclère d'un aulel lacustre. Un autre bloc, non loin dcSaint-Prex, a aussi été l'objet d'un culte. On ne saurait cependant affirmer que toutes ces pierres aient été destinées, dès le premier âge, aux cérémonies religieuses, mais I est probable que les Ilelvéliens n'ont pas été les seuls qui les aient vénérées dans la Suisse occidentale, puisque la population primitive avait déjà ses men-birs et ses autels bruts.
près , parce que la instnim^nti di- pierre uiit èlù ulilisùs dans le culle !i|iri>» le premier âge , et que , d'iulre pari , rin«truineiil rie bronze ou de Ter ppul avoir élt déposé longtemps apcH l'ëreclion du bloc-
■ H. Musset, dr la Hollie. s dËcouvert sous l'un de ces men-him deim r.elts
* Voir plui liant la noie de la page 15S.
■ Il existe encore trois de ce* autels dan.t le bois des Tattes , près de Burligny. Il) sont coiinua sons lei non» de Pierre à Roland , Pierre Feboux «> Pierre aux Kpl Irouê.
' Le nom de cet aulel daïl Être rapproché de celui de Pennîlucui , uuiii de la slalion romaine située â la léte du lac . sur la hauteur couverte par la iigDoble qu'on voit entre Villeneuve el l'I^Hel Rjron.
MOMIMENTS
La chapelle lacuslre, consacrée dans les Gaules idesdieux topiques, remonte sans doute à une haute aaltquiti. Il était du reste naturel que le peuple qui vivait sur ks eaux rendit aussi uD culte à ses divinités sur le mime élément. Ce genre d'édifice indique cependant des usages étrangers i ceux des Celtes, qui adoraient leurs dieux dans des enceintes découvertes on dans l'épaisseur mystérieuse des forêts, sans leur élever de temples. 11 serait donc possible que la chapelle lacustre remontât au premier &ge , et qu'elle eût 8ub«sté jusqu'an commencement de noire ère chez les descendintsde la population primitive. L'existence du'méme genre deconstruction religieuse chez les Papous de la Nouvelle-Guinée (PI. II, K) semble indiquer que cette espèce d'édifice a été d'un usage général chez les peuplades lacustres. On sait combien le culte des eaux a été répandu chez un grand nombre de peuples ', et, s'il en est un qui fût dû y participer, c'est bien assurément celui qui vivait sur cet élément.
Les croissants en argile et en pierre découverts sur le Steinbei^ (PI. XVI, 2, 3, 8) et sur l'Ebersber^ sont les seuls objets retrouvés au milieu des débris d'habitations auxquels OD puisse attribuer une destination religieuse *. M. le doc-
RBLIGIKUX KT PCflÉftÂTIUB. 385
du Steinberg et de TEbersberg ne permet guère de supposer qu'ils aient été exclusivement l'ornement de la chapelle ; il est plus probable que ce panacée prenait place dans l'habitation où il était comme le protecteur de la santé de la famille. U est assez curieux que ces pièces n'aient pas encore été retrouvées sur d'autres points. Dans tous les cas, si la chapelle lacustre était étrangère aux usages religieux des Celtes, il n'en était pas de même du croissant ni de la vertu merveilleuse qu'on lui attribuait.
Les cérémonies funèbres avaient un caractère tout particulièrement religieux chez les peuples païens qui, comme les Gaulois, admettaient l'immortalité de l'àme ou une vie à venir au delà du tombeau. On ne peut douter qu'il n'en ait été de même chez la population primitive dont le tumulus était parfois entouré de men-hirs ou surmonté d'un autel. Dans plusieurs pays, la grandeur de ces collines artificielles et les étonnantes dimensions des blocs employés pour la construction des salles sépulcrales rappellent quelque peu les travaux gigantesques des Egyptiens et leur extrême sollicitude pour les morts. Ces immenses tumulus de l'Europe sont d'autant plus surprenants qu'ils ne renferment ordinairement que des débris de l'industrie primitive , sans traces de métal. Quand le bronze est déposé dans les collines tumulaires, celles-ci, prises dans leur ensemble, sont de dimensions beaucoup moins grandes que les premières et ne recouvrent plus les grandes salles sépulcrales. Enfin, dans l'âge du fer, le tumulus, généralement moins élevé que précédemment» se réduit parfois à des proportions fort minimes'. On voit ainsi que les monuments funéraires ont
* Sans parler des tumulus les plus considérables du premier âge, ceux qui mesurent 80 pieds et pliis de hauteur ne sont pas rares. Dans TAge du bro"
MÉM. IT DOCUH. XYII. 15
386 HONUMENTS FUNÉRAIRES.
suivi une marche inverse à celle de l'industrie et que leurs dimeasioDS vont en déclinant, tandis que d'autre part la civilisation se développe.
Ces observations générales seraient cependant insuffisantes pour aiTÎver à une classification quelque peu complète des sépultures des diver^âges, parce que les tombeaux de la même période n'offrent pas toujours le même aspect extérieur. Tous les anciens Egyptiens embaumaient leurs morts, mais tous ne les déposaient pas dans les pyramides. Il en a été de même dans l'andenne Europe, où les traits les plus caractéristiques consistent dans le mode funéraire , l'inhumation et l'incinération, bien plus encore que dans la grandeur du tumulus, qui n'était pas toujours élevé sur les restes du mort. On a vu qve la population du premier âge inhumait le corps du défunt, après l'avoir replié en croisant ses bras sur la poitrine et en ramenant ses genoux sous le menton. Cette attitude ne doit pas être confondue avec la position assise qu'on envisage comme celle du repos. On retrouve dans les tombeaux péruviens des oiseaux desséchés dont les pattes ramenées sur le thorax et la léle inclinée vers l'aile gauche rappellent la positioii d» pelil oiseau ilans U
DOGME DE LA RÉSrRRRCTION. 387
coquille avant son éclosion ; il en est de même des momies humaines qui les accompagnent et qui reproduisent la plupart des variétés d'attitude du jeune enfant dans le sein de sa mère\ Si Ton rapproche de cette donnée l'opinion d'après laquelle la terre était envisagée comme la mère universelle du genre humain ', on comprendra que la position donnée au corps du défunt au moment où il va rentrer dans Le sein de la mère universelle, exprime l'idée de la foi, non-seulement à une vie à venir, mais à une naissance nouvelle, en d'autres termes à la résurrection des corps.
On demandera peut-être si cette foi à la résurrection n'est pas essentiellement propre au christianisme, et si ce n'est pas méconnaître les idées religieuses de l'antiquité que de supposer la connaissance de ce dogme. Sans entrer dans la discussion des passages de l'Ancien Testament où il est mentionné d'une manière plus ou moins directe; il suffira de rappeler que l'existence de la secte des Saducéens témoigne que la généralité des Juifs croyaient à la résurrection des corps, antérieurement au christianisme. Mais ce n'était pas chez les Juifs seulement que ce dogme était admis. Le rituel funéraire des Egyptiens contenait la promesse que l'âme justifiée, une fois parvenue à une certaine époque de ses pérégrinations, devait se réunir à son corps pour n'en plus
* J'ai pu faire cette observation sur les nombreuses momies péruviennes que M. le Dr J.-J. von Tschudi a rapportées du Pérou, après son premier voyage en Amérique. — On pourrait objecter que l'anatomie était trop étrangère aux peuples les plus anciens pour permettre ce genre de connaissances, mais il suffira de rappeler combien est antique l'usage des sacrifices et de l'inspection des entrailles de la victime.
* Cécrops ordonne de déposer les corps dans le sein de la mère universelle. Cic. De Legib, 11, 26.
étrejamùs séparée*. D'après Zoroastre, rhomme est heureux ou malheureux au delà du tombeau, suivant la conduite qu'il a tenue pendant sa vie; mais, h la fin, les méchants purifiés par le feu de l'^ifer partageront avec les justes UD bonheur éto-oel qui sera précédé de la résurrection des corps*. Tertullien nous apprend que les sectateurs de Mitbra croyaient aussi à la résurrection '. Ces divers témoignages suffisent pour établir la connaissance de ce dogme dans l'antiquité.
L'attitude repliée, qui n'est autre que celle du fœtus et qu'on doit envisager comme le symbole de la foi à la résurrection du corps, a été générale en Europe dans l'Age de la pierre. On la retrouve en Asie sous les plus anciennes subs- Iructions de Babylone *. Diodore de Sicile dit que les Troglodytes, peuple pasteur de l'Ethyopie, repliaient les morts en les maintenant dans cette attitude avec des branches Qexibles*. U est des Hottentots qui suivent encore le même usage, dans la pensée que les morts, redevenus petits eoEants, ressusciteront un jour*. LesBassoutos ont conservé ce mode funéraire, mais ils ne croient plus à la résurrection, qui, d'après lea traditions, leur avait cependant été révélée par l'Etre
DE LA RÉSI?IIIIICTIO'<C DCS OMPS. 389
aux hommes : — 0 hommes! tous moarra, mais vous ressosciterez ! — Le délégué du Seigneur fut lent à remplir sa mission, et un être méchant se hâta de le devancer pour venir crier aux hommes : — Le Sdgnear dit : Vous mourrez, et vous mourrez pour toujours. — Lorsque le vrai messager arriva, on ne voulut pas l'écouter, et on lui répondit partout : — La première parole est la première, la seconde n'est rien*. » — Les Guanches des lies Canaries donnent la même attitude à leurs morts que les peuples précédents.
Si l'on passe de l'occident de l'Afrique dans le golfe da Bengale, on retrouve des usages tout semblahles chez les habitants des tles Andaman. Ils n'étendent pas le corps du défunt tout de son long, comme dans l'Hindoustan, mais ils l'attachent en peloton de manière à prendre le moins d'espace possible, en le liant avec des cordes faites de branches flexibles, qui servent aussi à retenir les grandes feuilles dont le corps est enveloppé '. D'après un insulaire de la Nouvelle- Galles du Sud, les noirs doivent quitter ce monde et entrer dans l'autre, sous la forme de petits enfants, qui sera encore celle sous laquelle ils reparaîtront un jour dans celui-ci. C'est sous cette forme que les morts montent à leur nouveau séjour, en voltigeant d'abord sur les branches et sur la cime des arbres pour s'élancer de là dans la région des nuages d'où les noirs sont venus '. « A peine un malade a-t-il rendu le dernier soupir, dans la Nouvelle-Calédonie, qu'on lui plie les jambes sur elles-mêmes, et on les lui lie, ensuite on
' Les Bassoutat, par E. Casalis, pag. 255. Paris 1860.
* Communication de M. Sharman, extraite de VOberland Atheneum^ publié à Madras, N"* du 14 décembre 1859.
* Voyage autour du mandt^ par M. J. Dûment dXrville, tom. I*', pag. 409. Paris 1831.