‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernes (volume 2)Chapitre 8 sur 94 · DB L'AGE PB LA PIBKBB. 7S · texte numérisé non relu

DB L'AGE PB LA PIBKBB. 7S

Mt évidenl que lorsqu'on les planta, les eaux s'avançaient IftDsIa vallée jusqu'au mont de Chamblon, au pied duquel laxiblent encore les traces d'une ancienne rive, et, si les pillotis n'avaient pas été plantés dans les eaux, on ne eoml'prendrait pas leur utilité pour des liabilatious sur terre ferme, I vu la légèreté des constructions de l'âge de la pierre ; d'au- Itre part, les objets découverts ne se stiraient point trouvés Kà une dixaine de pieds de profondeur dans la tourbe. L'épo- Ique à laquelle Cbamblon dominait ces cabanes de pécheurs, bit remonter à une haute antiquité, car l'emplacement de Ils cité romaine i' Eburodunum était alors entièrement recou- Iverl par les eaus, et cependant cette dénomination celtique' S'iodique qu'il existait déjà sur ce point un établissement plua fancien que celui des Bomains. ( ■ ']

Four fixer d'une manière approximative le moment aul^el les habitations de Chamblon cessèrent de répondre à lleur première destination par le fait de la retraite du lac, il Kftudrail avoir dans la vallée un point d'un Age déterminé, Iqai put servir de terme de comparaison afin d'apprécier la larche rétrograde des eaux durant un certain nombre de Klîèoles. Or ce point nous est donné par les ruines d'Eburo- •iunum, disposées sur une dune transversale ou cordon litftlorftl qui s'étend du pied du Jorat à la Thîële *. Entre la

1 fail beaucoup d'hypolhètet Eur l'itymologie de e« oom, dont pert conlfslsra la terminaison cellique. Je ferai ieulemenl obierver ijue aa appela Burnn Iraver>.iil lu cité A' Eburodunum, et que *n ruinât lur une véritable dune. C'est par erreur que quelque! auteun mencette cili sou) le oom A'Ebrodunum. On lit loujuur), sur let ini- ■riplioni romainea trouvée* k Yverrton. Ebufadunum. ■ Celte dune, lur laquelle eit le cimetière d'ïierdnn lilui sur l'ancien iirl dei Qualre Harronniera (poinl de lilfurcation de la route qui nduit d'un ediè ii Lausanne el île l'autre i Pajerne), pasae vert leg moullat

7i ANTIQUITÉS LACnSTRES

dune et le lac, sur l'espace occupé en partie par la ville d'Yverdon, oq ne retrouve aucune trace d'antiquités romaines ; d'où il résulte qu'an commencenaent de notre ère le lac devait être beaucoup plus rapproché de la cité. En admettant qu'à la fin du IV" siècle les eaui baignassent encore les murs du eoêtrum ebnrodunense. il aurait fallu envi- ^] ron 15 siècles pour la formaliondela zone qui sépare ces

' ruines de la rive actuelle. Cette zone, mesurant en moyenne 2K00 pieds de largeur, il suf6t d'ajouter que les pilotis de Cbamblon étant au moins à KKOO pieds du lac, la fonDation

i\ de cet espace a dû exiger 3S siècles, oe qui reporte au XV* siècle avant noire ère le dernier moment du séjour des eaux sous Cbamblon. Ce chiffre dépasse sans doute de beaucoap la date plus ou moins vacillante à laquelle on rattache l'arrivée des premiers habitants de l'Helvéti», mais il n'est point permis de conclure de l'absence de renseignements écrits la non-existence de populations que- l'histoire a négligé d'enregistrer. Si les limites de ce travail le permettaient, il serait aisé de citer de nombreux faits propres à divers pays de l'Europe, d'après lesquels on verrait que ce chiffre n'est point eiagéré; du resle, l'hislorien des Gaulois, M. Amé-

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Pour en revenir au calcul relatif à la formation de la vallée entre Ghamblon et le lac, il importe d'ajouter que rien ne failsoupconDer, pendant l'époque humaine et antérieurement à notre ère, des conditions d'accroissement différentes de cdles qui ont eu lieu postérieurement aux Romains ; le résultat obtenu est même un minimum, vu que la vallée va se rétrécissant du côté du lac et que nous avons admis la présence de celui-ci au pied même d'Eburodunum dans le lye siècle de l'ère chrétienne, tandis qu'il est probable que la retraite des eaux n'a pas été insensible depuis le moment où les Romains se sont fixés sur ce point. On pourrait objecter que la zone comprise entre les ruines romaines et le ko est formée d'alluvions, tandis que des tourbières coupées par des dunes séparent ces ruines du mont de Ghamblon. Ici encore, il suffit de faire observer que de nos jours la retraite du lac a lieu d'une manière uniforme devant les marécages' qui se trouvent entre le lac et la route de Grandson, et devant les alluvions de la Tbièle et du Buron '.

On a souvent posé la question de savoir si le niveau du lac ne tend pas à se modifier sensiblement à travers le coure des siècles. Pour répondre à cette question, il faut d'abord la limiter à l'époque humaine. Cette variation, si elle existe, est à peu près insensible, car le rivage du pied de Ghamblon, dessiné par les troncs et les racines d'arbrisseaux, répond à la hauteur de la rive actuelle. D'autre part, la surface de la tourbe qui recouvre les pilotis est de quatre à cinq pieds au-dessus du niveau moyen du lac, et les pilotis qu'on retrouve à une profondeur de huit à dix pieds seraient de

* J'ai publié quelques-uns de ces détails avec une esquisse de la vallée de rOrbe dans la Bévue archéoloçique^ livraison du 15 avril 1855, pag. 51. , .

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DOS jours sous environ cinq pieds d'eau, si cdle^ s'étendait encore daos la vallée ; c'est précisément la profondear à laquelle se trouvent plusieurs des pilotis de l'ftge du bronza vis-à-vis de Corcellcttes, et si d'antres descendent plus bas, dans le lac, rien ne nous dit qu'il n'en soit pas de même dans le marécage. On peut donc conclure que depuis plus de 3000 ans le niveau est resté le même. Toutefois 11 importe d'ajouter qu'il y a eu une hausse momentanée de plusieurs pieds, pendant la période romaine, mais qui provient d'un barrage dans le lit de la Thiële au delà de Nidau '. La bit est qu'on retrouve sur l'emplacement d'Ebaroduoum deui coucbes de ruines romaines séparées par des dépôts stratifiés de sable et de gravier*. DeadépAladumémegenra recouvrent dea débris romains dana la vallée de la Broya, en-dessouB de Misey *. On a pensé que cet exhaussement dea

• On a tnwTi n ISM, dam la lit da la TbUla, Tsn le rfeMwaU, * mm demi-lieua en aral de Kidta, dei raatei de pilatii planUa n tra*an da la riviire, tar un point d'où lei «ma. peuvent refluer, d'aprèi H. Beiurd, inititaleur i Moudon, de S i iS piedi aD-dMaDs du nlTcan actuel, hauteur tnfll- ■ante pour Inonder remplacement d'Eburoduaum.

* On vojait, en ISSi, «ur une prapriéli de H, l'avocnl Jajet, aux Jordilt,

DS L*AOS DS LÀ FfEBM. Il

etux avait été produit pour faciliter la navigation au pied du Jura» mais, dans ce cas, le niveau n'aurait pas été élevé de manière à inonder les habitations. Il est plus probable, vtt les ruines et les traces dincendie existant sous ces dépôts aliuviens, que cette inondation est le résultat de quel-'^ ^ que ruse de guerre des barbares qui envahirent rHelvétie / > dans le III* siècle de notre ère ^

Ces traces d'inondation ont pu induire en erreur sur le changeaient du niveau des eaux, mais en réalité il ne parait pas avoir subi de modification sensible depuis trois à quatre mille ans.

S'il est intéressant de recueillir les données qui permettent de se faire une idée du temps qui a dû s'écouler depuis celte période primitive jusqu'à nos jours, il importe cependant d'ajouter que le résultat de ces calculs ne peut être présenté comme rigoureux. Toutefois, si des observations de ce genre se multiplient dans des lieux divers et conduisent à des conclusions analogues, on pourra arriver à des dates approximatives d'une assez grande vraisemblance.

Lac Léman.

Les nombreux pilotis découverts sur les rives du Léman appartiennent essentiellement à l'&ge du bronze, à en juger

la Buiktm de la SoâéU vaudom du menu» ntUureUei, tom. VI, N* 41, pftg. 69.

* Voir tur cette invasion la Notice iur quelque» paisages de Frédégaire^ par M. F. Forel, dans VIndicateur d^hûiwre et d^antiquité» siiiises, 1859, pag. 57.— M. Culmann, dans son article sur la correction des eaux du Jura {Schw. polyt. ZeitMchrifl, 1858. H. 1, u. 2), dit que le barrage de Pfeidwald doit dater de la fin de l'époque romaine, et avoir causé l'inondation de toute la contrée des lacs.

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par les produits de l'iDâustrie recueillis jusqu'à ce joar. Ao premier coup d'oeil, on serait porté à admettre que la po' pulalion de L'âge de ta pierre ne s'est point établie sur ces rives pendant la période la plus ancienne ; cependant, ai l'on examine altentivement les emplacements à pilotis, on a lieu d'être surpris de la différence de conservation des pieux, et par conséquent d'une différence sensible d'antiquité. Sur quelques poinls, où l'on trouve le bronze sans traces de fer, les pieux les mieux conservés ont jusqu'à S et 6 pieds de longueur au-dessus du limon, tandis qu'on en voit d'autres, d'un dîamètred'environSpouces, qui ont été usés par Taction de l'eau jusqu'à la surface de la vase, où ils n'apparaissent plus que comme des disques noirâtres (PI. U, i), ainsi qu'on le remarque sur les emplacements les plus anciens du lac deNeucb&tel. Parfois de grands pieux s'élèvent tout auprès de ces derniers, qu'ils ont sans doute remplacés. Dans tous les cas, il est évident que les plus longs ont été plantés pendant l'occupation de ces points, et, en admettant qu'ils ne remontent qu'à la fin de la période du bronze, on conçoit que l'usure des pieux voisins, qui est à peu près double de celle des précédents, baignés par 10 à 12 pieds d'eau, a dû

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in limoD pareil à celui que la sonde amène du fond du lac» quand on la jette à 200 pas du rivage. Un second tronc» coupé au-dessus de ses racines et enfoui dans le limon, gisait au fond d'un puits voisin, à 30 pieds sous la surface du sol ^ Une hache en pierre découverte dans la même localité, mais à une profondeur moins considérable, ne saurait être plus ancienne que les pieux au-dessus desquels elle a été perdue. C'est aussi sur remplacement situé entre Sainte-Claire et Saint-Martin que se trouvent les ruines de la station romaine de VHnscum^ séparées des anciens pilotis par une couche d'alluvions de 30 pieds et plus d'épaisseur. On conçoit qu'il a dû s'écouler bien des siècles avant que le torrent de la Yeveyse ait accumulé tous ces dépAts, et cependant cette accumulation a eu lieu antérieurement à notre ère, ce qui ressort des constructions romaines qui, de même que celles de Mordagne, n'ont point été recouvertes par les alluvîons.

Les travaux de chemin de fer à Villeneuve ont amené plusieurs découvertes intéressantes. Les tranchées du cène de déjection de la Tinière ont mis au jour des gisements successifs d'objets d'industrie. Le moins profond, de 4 à 6 pieds sous la surface du sol, remonte à l'époque romaine ; 6 pieds plus bas, une couche de cendre et de charbons provient de l'âge du bronze; enfin, à 20 pieds de profondeur, d autres débris paraissent appartenir à l'âge de la pierre.

On a découvert, en 1857, â la gauche du cône de la Ti-

* Dictionnaire géographique et hitiorique du canton de Vaud, par le D' Leirade. Cet ouvrage renferme des indications nombreuses sur les antiquités. Si les appréciations sont quelquefois contestables, j'ai pu m'assurer, dans des cas fort nombreux, que les faits sont rapportés avec beaucoup d'exactitude*

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niera et non loin de la gare, une rangée de 8 pîeaz, plantés dans une couche de limon bleufttre qui contenait det débris de bois Qolté, des mollusques et un fragment de poterie, indiquant le niveau ancien des basses eaux. Ce limon, recouvert par le gravier des hautes eaux, ai^raissait à 40 pieds G pouces sous la surface du sol, avant les travaux de déblais entrepris ces dernières années, et les pilotis m trouvaient i lil6 pieds de la rive actuelle du lac par les basses eaux, en sorte que tout l'emplacement occupé par la gare et la ville actuelle était baigné par le lac quand l'homme a pénétré dans ces contrées '.

On voit en face de Kernier, sur la cAte de Savoie, h peu de distance de la rive et à une profondeur de 6 pieds par les basses eaux, quelques pienx d'un diamètre de près d'an pied. L'un, vide à l'intérieur, se trouve au milieu des pierres de la grève et, & quelques toises au couchant, les pilotis entrent dans la terre ferme où ils apparaissent dans le lit d'un petit canal, dont le filet d'eau se convertit en torrent par les grandes pluies. On en a même découvert ra creusant un puits fc l'occident du temple de Nernier, à une

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lève une partie du village actuel ont été déposées postérieurement & l'établissement de Thomme dans cette contrée. Il est à regretter qu'on n'ait encore découvert aucun objet d'industrie auprès de ces pieui, mais il n'est pas impossible que l'emplacement voisin qui se trouve à quelques minutes au couchant de Nernier, près de Messeri, ait été choisi pour se mettre & l'abri des alluvions. Les pilotis de ce dernier lieu, beaucoup mieux conservés que les précédents» datent de la période du bronze.

On retrouve ainsi à Vevey, & Villeneuve et à Nernier, des pilotis séparés de la rive actuelle du lac par des formations qui remontent à une haute antiquité, et tout permet de supposer qu'ils ne sont point étrangers à l'Age de la pierre. D'autres emplacements, rapprochés de cimetières de la première période, ne sont probablement pas sans rapports avec ceux-ci.

Les habitations lacustres qui s'élevaient vis-à-vis de Tho-» non ont été occupées pendant l'âge du bronze. Si Ton ne peut affirmer qu'elles aient existé dans la période précédente, il n'en est pas moins certain que la contrée de Tbonon était déjà habitée , car on a retrouvé au levant de la ville, sur le bord du lac, plusieurs tombeaux qui ne contenaient que des couteaux en silex et des instruments en pierre.

Le canton de Vaud possède aussi quelques cimetières du premier âge. Deux entre autres, non loin de Lutry et de Pully^ dépendaient peut-être de quelque village lacustre du voisinage. Le premier, découvert dans les vignes du Châtelard, propriété de M. J. Gorrevon, au levant de Lutry, comptait encore, il y a quelques années , une trentaine de tombes, dans lesquelles se trouvaient 2 grandes pointes de lance en

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8S ANTIQUITÉS UCDSTtlS

ûlex et 2 pierres sphériques de h pouces de diamètre, percées chacuoe d'un trou. Le second ûmeUère , situé sur la colliue de Pierre-à-Portay, entre Pully et Lausanne, contenait aussi des iaslruments en silex et en stéatite, sans aucune trace de métal '.

La découverte de divers instruments en pierre enfouis dans le sol, l'eiistence de plusieurs cimetières primitib et l'occupation des grottes du Saléve pendant le premier Age, ne permettent pas de douter que la présence de l'homme sur les bords du Léman »e soit aussi ancienne que sur les rives des autres lacs de la Suisse. Quand on voit l'babitant de l'Helvétie occidentale construire ses demeures au-dessus de la surface des eaux qui baignait le pied du Jura, depuis Bienne jusqu'au mont de Cbamblon, on ne comprendrait pas que le riverain du Léman, éloigné de & à 5 lieues seulemral des bourgades précédentes, n'ait pas eu les mêmes usages. On doit donc envisager les pilotis usés jusqu'à la surface de la vase ou pris sous d'épaisses coucbes d'alluvions, comme remontant à l'&ge de la pierre. Jusqu'à la découverte de Concise, les bords du lac de NeucbAtet ne présentaient que les indices d'une occupation priinilive, indices suffisants sans

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Lacs dlnkwyl et de Nûssbaumeiii

dans les eantoni de Berne et de Thurgotie.

Ud autre genre de constructions lacustres, quelque peu différent de celui dont on vient d'examiner les débris, se retrouve dans les petits lacs dlnkwyl et de Nûssbaumen. Les habitations, au lieu de s'élever immédiatement au-dessus de l'eau, reposaient sur un ilôt de terre dont la partie supérieure seulement est artificielle. Des pieux recouvraient la surface de l'tle et entouraient ses rives. Quant aux cabanes, rien ne permet de supposer qu'elles aient été différentes de celles des autres emplacements.

On comprend qu'on a dfii utiliser les ilôts et les bas-fonds d'un accès facile, et que ces derniers ont pu être exhaussés par l'accumulation de matériaux de manière à mettre leur surface à sec.

Le lac d'Inkwyl, d'environ 20 minutes de tour, est situé dans un marécage, à une lieue d'Herzogenbucbsee, sur la frontière des cantons de Berne et de Soleure * . Sa plus grande profondeur ne dépasse pas 30 pieds , et , malgré son peu d'étendue, il est très poissonneux. Au milieu de ce petit bassin est une lie en partie artificielle et à peu près circulaire, d'un diamètre d'environ 50 pieds. Des pieux de cbéne, distants de 3 à ft pieds, sont répandus sur la surface de nie, peu élevée au-dessus de l'eau, et en occupent aussi le pourtour. On découvre beaucoup de bois décomposé, jusqu'à une profondeur de 6 à 7 pieds, ainsi que des tra-

< Note de M. Morlot. Die Pfahlbau-AUerihûmer von Mooueedmf^ von ▲. ialm und i. Chlmann, S. 40.

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