DE LA POPULATION
est le cas de deux autres cimetières du même âge, situés près de Marligny, dans la vallée du Rhône, et sur la commune de Yens, dans le bois des Sembres, à plus d'une lieue audessus de Morges.
Plusieurs instruments en pierre ont été découverts au pied du Jura et sur divers points de la vallée du Rhône. S'ils n'indiquent pas d'une manière aussi positive que les sépultures la présence de constructions sur les lieux où ils ont été perdus, ils ne montrent pas moins que ces contrées étaient parcourues. Les explorations s'étendaient même jusque dans les vallées élevées des montagnes. C'est ainsi qu'une fort belle pointe de lance en silex a été perdue sur le territoire de Sainte Croix, dans la tourbière de la Sagne, où elle était à sept pieds de profondeur. Cette contrée n'a pas cessé d'être explorée pendant la période suivante, qui y est représentée par la découverte d'un celt et d'une pointe de javelot en bronze; un autre celt du même métal reposait à côté d'une tête de cerf, dans un marécage voisin de la frontière française1. Quelques objets en pierre et en bronze ont aussi été découverts dans les parties montagneuses du canton de Berne8 et sur d'autres points de la Suisse.
La population primitive de l'Helvétie n'occupait pas exclusivement les rives des lacs, comme on vient de le voir par l'habitation des grottes du Salève et par les sépultures éloignées des bassins d'eau. Il en a été de même dans la plupart des pays de l'Europe. Le commerce qui rayonnait des points les plus opposés n'aurait pu exister s'il n'y avait eu des stations intermédiaires par lesquelles devaient se trans-
1 Communication de M. le Dr Campiche, à Sainte-Croix. ■ Der Kanton Bem, von Alb. Jahn.
MÉM. ET DOCUM XVII. 2tJ
402 ÀGCKOISSEMENT
mettre les matières lointaines. Toutefois, d'après l'ensemble des antiquités du premier âge en Europe, ce sont les rives des eaux, qui ont eu, à l'origine, les habitants les plus nombreux. Celles-ci avaient été d'abord les voies naturelles, et c'est de là que la population s'est répandue peu à peu dans l'intérieur des terres. Puis est venu le moment où les Celles ont subjugué la première race dont plusieurs tribus ont été refoulées dans des contrées peut-être encore inoccupées', tandis que d'autres ont subsisté sur quelques points pendant des siècles plus ou moins nombreux.
Après l'invasion des Celles, la population de l'Europe reçut un nouvel accroissement, qui provint, non pas tant de l'arrivée de nouvelles tribus que des perfectionnements apportés dans les moyens de pourvoir aux. besoins de l'existence. Avec le métal, les défrichements devinrent plus faciles, l'agriculture fit des progrès, les produits du sol furent plus nombreux , circonstances éminemment favorables au développement de la population. Il y a loin, sans doute, de cet état social à ce qu'il est de nos jours ; quoi qu'il en soit, l'âge du bronze a laissé partout d'innombrables témoignages de son extension et de sa durée. Les emplacements lacustres découverts jusqu'à ce jour sont plus nombreux, de Bienoe à Genève qu'ils ne l'ont été dans toute la Suisse pendant la période précédente. En admettant que les trente-deux points constatés sur les deux rives du lac de Constance remontent
1 Les pays Scandinaves ne laissent pas de doute à cet égard. Les grands tuiiuilus de l'âge de la pierre sont essentiellement propres au Danemark et au midi de la Suède-, les tombeaux de l'âge du bronze sont rares au nord de Stockholm; ceux du premier âge du fer s'étendent jusqu'à Dronthcim ; au delà sont les Lapons, refoulés peu à peu dans les régions septentrionales, Bt qu'on suppose être les descendants du peuple primitif.
DE LA POPl LATION.
tous à Tàge de la pierre, ce qui n'est pas encore certain, el
en les faisant entrer dans l'énumération des plus anciennes
bourgades de l'Helvétie, leur nombre total s'élève à cin-
nte et un. tandis que ceux de la Sois lentale,
qu'on doit attribuer à l'âge suivant, ont ouverts sur
soixante-huit localités, y compris les deux rives du Léman \
1 On a vu. par les fragment? d'argi!^ employés comme revêtement à l'intérieur des cabanes, que le diamètre de celles-ci devait être de 10 à 15 pieds. En mesurant la grandeur des esplanades d'après l'étendue des emplacements occupés par les pilous, il est facile de s-? faire une idée approximative du nombre de cabanes que pouvait réunir une - L'on des plus grands emplacements, celui de Morges. mesure 1200 pieds de longueur sur 150 de largeur en moyenne, ce qui donne une surface de 180 000 pieds car- Si l'on retranche la moitié de celte surface pour l'espace livré à la circulation, et qu'on recouvre l'autre de cabanes de 17 pieds de diamètre, y compris l'épaisseur des parois, on trouve, sans tenir compte des places perdues entre ces huttes circulaires, que la bourgade de Morges pouvait compter 311 cabanes. Il n'y a rien ' - sans doute, à admettre que chacune de celles-ci ait été habitée par i personnes en moyenne, ce qui élèverait le chiffre de la population à 12H. — En partant des mêmes données, les huit emplacements du lac de Neuchàtel, dont la surface est indiquée plus haut, et qui mesurent chacun de 8000 à 160 000 pieds carrés de surface, fourniraient une population de 5000 habitants, ce qui ferait 625 personnes en moyenne pour chaque emplacement. Les 6S bourgades ou villages lacustres de la Suisse occidentale, pendant l'âge du bronze, donneraient ainsi une population totale de 42 500 habitants ; tandis que, pour la période précédente, la population lacustre répandue des bords du Léman jusque sur les deux rives du lac de Constance aurait été de 31 ^7 5 personnes. Ces chiffres sont peut-être un peu élevés, eu égard aux habitations sur terre ferme, dont il ne peut être question dans ce calcul, et vu qu'on est encore bien loin de connaître tous les points des lacs qui ont été occupés. Si j'enire dans ces détails. : essentiellement dans le but de provoquer des observations qui permettent d'arriver à des résultats plus complets. — Il n'est pas hors de propos de rappeler que les tablettes trouvées dans le camp des Hehétiens portaient à 368 000 le nombre des émigrants. LesHelvétiens, qui comptaient à eux seuls 263 000 personnes, n'étaient pas plus nombreux que la population actuelle des d«ux cantons de Vaud et le »nchàt.l. Cotte différence entre le premier