‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernesChapitre 111 sur 150 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

extrême lenteur. Après l'abandon des bourgades , la partie supérieure des pilotis a été longtemps battue par les flots, puis, déprimée peu à peu, elle est descendue au-dessous du niveau des tempêtes. Les pieux réduits à la région des eaux calmes, l'œuvre de destruction, vraisemblablement moins rapide, mais toujours incessante, s'est poursuivie en diminuant continuellement leur hauteur et leur épaisseur ; quelquesuns n'apparaissent plus que comme des aiguilles, enfin celles-ci disparaissent à leur tour, et il ne reste qu'un disque noirâtre à la surface de la vase. (PI. II, 4.) La pointe du pieu prise dans le limon, se trouvant dans des conditions de conservation différentes, a généralement conservé ses premières dimensions. Elle porte encore les entailles faites par la hache de pierre ou de bronze, mais elle est spongieuse, imprégnée d'eau, et, dès qu'on l'expose à l'air, elle se fendille, se rétrécit, et souvent tombe en morceaux. En revanche , la partie du bois entièrement baignée par l'eau conserve plus de consistance, le chêne entre autres prend l'aspect de l'ébène et possède même une certaine élasticité.

Si l'on pouvait apprécier les résultats de cette dégradation continue, durant un nombre d'années déterminé, les données obtenues permettraient de calculer les siècles écoulés depuis la destruction des premiers établissements, mais comment tenir compte des influences locales, de la variété des essences, de l'épaisseur des pieux, et des modifications que le bois peut subir par l'action des siècles ? Toutefois on peut dire que les pilotis de la fin du deuxième âge, anciens de plus de deux mille ans et saillants d'un à trois pieds au-dessus de la vase, présentent h peu près partout le même aspect, tandis que ceux de l'âge de la pierre ont été généralement usés jusqu'à la surface du limon dont ils sont parfois recouverts.

HYDUOLOGIQUES. 443

La lenteur avec laquelle le limon se dépose sur les blancsfonds des lacs , en dehors des formations alluviennes, est vraiment surprenante. On trouve sur le sol pierreux des emplacements lacustres une foule d'instruments, et même des épingles à cheveux, qu'il est facile d'apercevoir à travers dix à quinze pieds d'eau, quand celle-ci est transparente. Un grand nombre de vases tombés sur le limon ne sont pas même enfouis. La partie supérieure des objets, baignée par l'eau, est ordinairement recouverte d'une couche de tuf, tandis que celle qui est en contact avec la vase n'a subi aucune dégradation. Les poteries, ainsi protégées par le limon ont conservé jusqu'à leur vernis de graphite, et les métaux sont à peine oxydés. Je sortis un jour du milieu des pilotis de Cortaillod une paire de bracelets qu'amena un seul coup de pinces ; le premier, visible depuis le bateau, était verdàlre et couvert de tuf; le second, pris dans la vase, avait l'aspect du bronze qui vient d'être coulé. La tourbe possède la me me propriété de conservation, due sans doute à des matières pour lesquelles l'oxygène a plus d'affinité que pour le métal .

Les pièces chargées de dépôts calcaires d'un côté et intactes de l'autre sont non-seulement restées en place, mais elles ne paraissent pas même avoir été alternativement recouvertes de sable ou débarrassées du gravier que les courants soulacustres mettent souvent en mouvement. Il n'est pas rare que les pêcheurs, après avoir jeté leurs filets à de grandes profondeurs les retrouvent le lendemain tout enchevêtrés ou pris dans les graviers. Ces courants n'ont pas la même action sur les blans-fonds, qui, d'une part, échappent à l'action des tempêtes dès qu'ils sont recouverts de plus de quatre pieds d'eau, et, de l'autre, ne sont pas sujets aux mêmes

Uik DERNIERS VESTIGES.

transports de sable et de gravier sur les points à l'abri des alluvions des torrents. Ceci ne veut pas dire que les limons ne soient jamais remués sur les blancs-fonds, mais simplement qu'il est des localités où celle action est insensible. Les courants ne sont pas non plus exclusivement propres à la profondeur, ce dont on peut se convaincre quand on voit les plantes lacustres, couvertes par les eaux, s'incliner toutes dans une direction contraire à celle où souffle le vent, mais ils sont évidemment moins forts sur la plupart des blancsfonds que dans la noire-eau ou dans la profondeur.

Ces observations, familières sans doute aux hydrologues, pourront être élucidées par une étude attentive des emplacements sur lesquels se trouvent les restes de l'industrie lacustre. Les débris qui sont à la surface montrent quelle est, en-dessous de la région des tempêtes , l'immobilité des plus petits objets, et combien, dans certaines circonstances, le dépôt des limons se fait avec une extrême lenteur. 11 est des localités où, durant une période de plus de deux mille ans , ces dépôts sont à peine appréciables , et sur lesquels il ne s'est pas opéré le plus léger déplacement. On peut inférer de là que la formation de la vase sur ces points a du exiger l'action de siècles fort nombreux , et l'on comprend aussi que l'accumulation des débris tombés successivement à l'eau présente des couches historiques d'un intérêt incontestable.

Derniers vestiges.

De nos jours , quand on parcourt les rives des lacs par un temps serein, et que le bateau glisse sur des eaux transparentes, on distingue d'innombrables pieux inondés, et, çà et

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