‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernesChapitre 39 sur 150 · CHINE · texte numérisé non relu

CHINE

De nombreux habitants de l'Empire Chinois passent leur vie au-dessus des lacs et des fleuves, sans avoir d'habitations sur terre ferme. Les constructions qui leur servent de demeure ne sont point supportées par des pilotis; elles consistent en îles flottantes ou en espèces de bateaux amarrés le long des cours d'eau. La description suivante de M. Hue, missionnaire apostolique en Chine , donne une idée fort exacte de ce genre d'habitations.

« Nous ne tardâmes pas à apercevoir le lac de Ping-hou.... Trois bateaux préparés à l'avance nous attendaient au rivage. Le convoi s'embarqua promplement; on hissa de longues voiles en bambou, plissées comme des éventails, et nous partîmes.... Nous passâmes à coté de plusieurs tics flottantes, produits bizarres et ingénieux de L'industrie chinoise, et dont jamais, peut-être, aucun peuple ne s'esl avisé. Ces îles flottantes sont des radeaux énormes, construits en

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général avec de gros bambous, dont le bois résiste longtemps à l'action dissolvante de l'eau. On a transporté sur ces radeaux une coucbe assez épaisse de bonne terre végétale, et, grâce au patient labeur de quelques familles d'agriculteurs aquatiques, l'œil émerveillé voit s'élever à la surface des eaux des habitations riantes, des champs, des jardins et des plantations d'une grande variété. Les colons de ces fermes flottantes paraissent vivre dans une heureuse abondance. Durant les moments de repos que leur laisse la culture des rizières, la pêche devient pour eux un passe-temps à la fois lucratif et agréable. Souvent, après avoir fait leur récolte au-dessus du lac, ils jettent leur filet et le ramènent sur le bord de leur île, chargé de poissons; car la Providence, dans sa bonté infinie, fait encore germer au fond des eaux une abondante moisson d'êtres vivants pour les besoins de l'homme. Plusieurs oiseaux, et notamment les pigeons et les passereaux, se fixent volontiers dans ces campagnes flottantes, pour partager la paisible et solitaire félicité de ces poétiques insulaires.

)> Vers le milieu du lac, nous rencontrâmes une de ces fermes qui essayait de faire de la navigation. Elle s'en allait avec une extrême lenteur, quoiqu'elle eut cependant vent arrière. Ce n'est pas que les voiles manquassent: d'abord il y en avait une très large au-dessus de la maison, et puis plusieurs autres aux angles de l'île ; de plus, tous les insulaires, hommes, femmes et enfants, armés de longs avirons, travaillaient de tout leur pouvoir, sans imprimer pour cela une grande vitesse à leur métairie. Mais il est probable que la crainte des retards tourmente peu ces mariniers agricoles, qui sont toujours sûrs d'arriver à temps pour coucher a terre. On doit souvent les voir changer de place sans motif,

comme font les Mongols au milieu de leurs vastes prairies ; plus heureux que ces derniers, ils ont su se faire, en quelque sorte, un désert au milieu de la civilisation, et allier les charmes et les douceurs de la vie nomade aux avantages de la vie sédentaire.

» Il existe de ces îles flottantes à la surface de tous les grands lacs de la Chine. Au premier abord, on s'arrête avec enchantement devant ces poétiques tableaux ; on aime à contempler cette abondance pittoresque, on admire le travail ingénieux de cette race chinoise, qui est toujours étonnante dans tout ce qu'elle fait. Mais, quand on cherche à pénétrer le motif pour lequel ont été créées ces terres factices, quand on calcule tout ce qu'il a fallu de patience et de sueurs à quelques familles déshéritées, et qui, pour ainsi dire, n'avaient pu trouver en ce monde une place au soleil, alors le tableau, naguère si riant , prend insensiblement de sombres couleurs, et l'on se demande, l'âme accablée de tristesse, quel sera l'avenir de cette immense agglomération d'habitants que la terre ne peut plus contenir, et qui est forcée, pour vivre, de se répandre sur la surface des eaux *.»

Si l'auteur de celte description avait connu la haute antiquité des constructions lacustres, il aurait sans doute attribué à une autre cause l'origine des îles flottantes de la Chine, qui n'en sont pas moins une ressource de nos jours dans un pays couvert d'une nombreuse population, mais qui se retrouvent aussi dans des contrées beaucoup moins peuplées, étrangères à l'Asie.

1 L'Empire Chinois, par M. Hue, ancien missionnaire apostolique en Chine. 2« édition, tom. II, cliap. III, pag. 1U à 116, 1854.

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