ORIGINES
quités des Iles Britanniques n'offrent pas moins de rapports avec celles des pays Scandinaves qu'avec les antiquités de la Gaule, mais, quelles qu'aient été les voies parcourues, la population de l'âge de la pierre présente de grandes analogies sur tous les points où l'on en retrouve des traces. Les constructions sur pilotis étaient les mêmes sur le lac Prasias, en Suisse, en Angleterre et dans le Hanovre. Elles subsistent encore sur les rives du Don. Quant aux stations primitives qui ont existé entre le nord de l'Allemangne et le Caucase , on ne peut guère les rétablir qu'à l'aide des monuments funéraires, indices positifs d'établissements voisins.
Ce n'est assurément pas de l'Occident que l'usage de bâtir sur les eaux a pénétré en Asie ; aussi, les îlots artificiels reproduits sur les bas-reliefs de Ninive, et même les cabanes de pêcheurs du lac des Chrétiens de la Syrie, doivent-ils être envisagés comme la reproduction des prototypes de ces constructions, en attendant que de nouvelles découvertes fournissent des données plus complètes sur les cités lacustres de l'Orient. C'est donc en Asie qu'on est conduit à rechercher l'origine de ce mode d'habitation, et c'est de ces régions qu'il a dû se répandre en Europe, en Afrique, dans l'Océanie et peut-être en Amérique.
11 importe cependant de reconnaître que des besoins pareils ont pu, dans certains cas, engager des peuplades différentes ou devenues étrangères les unes aux autres, à construire de la même manière, sans se douter de ces analogies, car il serait téméraire d'affirmer que les premiers émigrants de l'Asie aient tous habité des cités lacustres, avant de se répandre sur les parties du globe où l'on retrouve les traces de ces constructions.
Des raisons diverses portèrent les émigrants à se fixer sur le bord des eaux. Les premières familles qui se dirigèrent vers des pays inexplorés suivirent naturellement les contrées ouvertes, les vallées, les rivières ou les fleuves et les rives des mers ; mais leur marche était souvent interrompue par des obstacles imprévus, qu'il n'était pas toujours facile de tourner, surtout quand l'émigrant emmenait avec lui des troupeaux d'animaux domestiques. La voie le long d'une rivière pouvait devenir impraticable par la rencontre d'un marécage ou d'une paroi de rochers. L'embouchure d'un fleuve arrêtait ceux qui suivaient le littoral des mers. Pour surmonter ces obstacles, il fallait explorer la contrée, et, dans bien des cas, stationner afin de construire des radeaux dont la fabrication exigeait des abattis de bois, et la direction sur les eaux, bien des mesures de prudence. La marche des premiers émigrants fut nécessairement lente. En surmontant les difficultés inhérentes au sol, il fallait pourvoir à la nourriture par la chasse ou la pêche et transporter avec soi les instruments de première nécessité. Les animaux domestiques, dont les restes se retrouvent avec les plus anciens débris lacustres de la Suisse, paissaient en cheminant et étaient aussi une ressource, mais encore devait-on les proléger, ainsi que la famille, contre les attaques des bêtes féroces. Pendant la nuit, des feux suffisaient pour éloigner des campements les animaux sauvages ; le jour, chacun était sur pied, pourvoyant aux besoins communs. En face de toutes ces difficultés, on conçoit que lorsqu'un radeau avait été construit avec peine, on l'utilisait aussi longtemps que le permettaient les cours d'eau ou les rives des bassins. De la a la navigation il y a loin sans doute; toutefois l'antique tradition du déluge avait conservé le souvenir de l'arche
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flottant sur les eaux, et cette tradition, à elle seule, renfermait des données plus que suffisantes pour l'assemblage de pièces de bois reliées en radeau. Ces embarcations, emportées par les courants et dirigées par l'aviron, avaient bien des écueils à éviter ; souvent elles touchaient à la rive pour laisser paître le troupeau; amarrées à quelque distance du bord, elles devenaient une retraite sûre pendant la nuit, et un abri pour les enfants, les infirmes et les vieillards, tandis que les hommes valides vaquaient aux occupations du jour. La hutte de branchages, facilement construite sur le radeau, tenait lieu de la tente du nomade. Qu'une famille renonçât à celte vie d'exploration, le radeau, n'étant plus un moyen de poursuivre la marche, prenait le caractère d'une demeure fixe et n'était pas sans rapports avec les îlots flottants de la Chine et du Mexique. On doit l'avoir utilisé sur les bassins dépourvus de blancs-fonds ou d'assez peu d'étendue pour n'être pas trop rudement balotté par les tempêtes ' ; mais, là où les vagues s'élèvent avec impétuosité, on était conduit tout naturellement à transformer le radeau en esplanade, élevée par des pilotis au-dessus de la surface des eaux pour que le roulis n'atteignît pas les cabanes construites sur cetéchaffaudage. Telle a dû être l'origine des habitations lacustres.
Lorsque quelque famille fixait ainsi sa demeure sur un rivage inexploré, elle n'avait pas à craindre les attaques de l'homme, mais bien celle des animaux sauvages. Le loup, le sanglier, l'ours et l'urus n'étaient point rares en Occident;
1 II est possible que ce soit à ce radeau primitif que remonte l'usage des îlots et des jardins flottants des temps modernes. Il est probable aussi que ceux qui dirigeaient ces embarcations étaient parfois impuissants à lutter contre les vents et qu'ils se trouvaient entraînés vers des régions qu'ils ne cherchaient point. Ainsi ont pu se peupler bien des îles et môme des continents lointains.
dans les pays du Midi, on avait bien plus à redouter encore le lion, le tigre, la panthère et d'autres carnassiers. Il était donc naturel de se créer un refuge sur les eaux, assez éloigné du bord ou assez élevé pour être inaccessible à ces animaux redoutables '. Plus tard, quand les hommes, devenus plus nombreux, se disputaient le sol le meilleur ou se livraient des combats de tribu à tribu, la bourgade lacustre tint également lieu de fortification.
Ces considérations suffiraient, à elles seules, pour expliquer la raison d'être de ce genre de construction, auquel les Pœoniens durent, en bonne partie du moins, de conserver leur indépendance. Leurs habitations sur le lac Prasias offraient, en outre, la ressource d'une pêche abondante, et il est à présumer qu'il en était de même sur la plupart des eaux. Le poisson était attiré sous ces demeures par une partie des débris de la table, ainsi que par l'ombre projetée, entre autres dans les jours de grande chaleur. Actuellement, les pêcheurs ont encore l'habitude de jeter à l'eau des branches touffues, liées ensemble, qu'ils appellent bouquet; après que le poisson attiré par l'ombre s'y est réfugié, ils jettent un filet alentour, battent le bouquet ; et le poisson, en fuyant, se prend dans le filet. L'habitation lacustre favorisait évidemment ce genre d'alimentation. On a vu, dans le XVIe siècle de notre ère, des chefs irlandais combattre avec acharnement pour la possession du crannoge Innis-an-Lochain, à cause de son importance pour la pêche.
On peut aussi faire entrer en ligne de compte, dans le choix de ces emplacements, la prédilection pour les eaux,
• L'animal dont il était le plus difficile de se préserver devait être l'ours, nageur au besoin et grimpeur habile, mais moins ardent à l'attaque qu'à la défense.