PILOTAGE
commençait-on par le pont étroit qui mettait les habitations en communication avec la rive. Les premiers pieux, enfoncés sur le bord et surmontés de traverses, permettaient de s'avancer peu à peu dans les eaux, surtout quand le blancfond suivait une inclinaison régulière, mais si l'emplacement choisi occupait un bas-fond séparé de la rive par une trop grande profondeur pour établir un pont, des radeaux devenaient indispensables pour l'opération du pilotage, et encore fallait-il construire sur le radeau un échafTaudage suffisamment élevé pour dominer la partie supérieure des pieux qui, une fois dressés, dépassait la surface de l'eau d'une dixainc de pieds. Comme il est fort douteux qu'on connût le mouton, plusieurs hommes devaient prendre place sur l'échaffaudage, de manière à soulever et à laisser retomber en cadence la masse, vraisemblablement en bois, sous le choc de laquelle le pieu pénétrait dans le sol. Des pierres recouvertes par le limon obligeaient parfois de choisir un point moins résistant. C'est sans doute à ces obstacles qu'il faut attribuer l'irrégularité qu'on remarque dans la disposition des pilotis, dont l'ensemble, généralement parallèle à la rive, ne présente, le plus souvent, ni alignements réguliers, ni intervalles égaux. Lorsqu'un certain nombre de pieux étaient en place, on commençait sans doute par construire l'esplanade depuis laquelle on pouvait continuer le pilotage. C'est ainsi qu'on plantait jusqu'à 40000 pieux sur le même emplacement, comme à "Wangcn ; mais, lors même qu'ils remontent tous à l'âge de la pierre, il est vraisemblable qu'ils n'ont pas tous été plantés par la même génération, et que la population, en s'accroissant, agrandissait peu à peu l'esplanade, dont l'étendue se limitait aux besoins du moment. C'étaient ces pilotis, destinés soit aux réparations, soit à l'agrandissement de la cite,
ESPLANADE. 2b9
que lesPaeoniens plantèrent d'abord à frais communs, et dont ils firent plus tard l'objet d'une imposition prélevée sur chaque mariage de ces polygames. Dans quelques localités, les pilotis extérieurs étaient reliés par des branchages entrelacés, ainsi à Robenhausen, sur le lac de Pfeffikon , et en Irlande, sur le pourtour de plusieurs crannoges.
Ajustement de l'esplanade.
Pour ajuster l'esplanade sur laquelle on construisait les cabanes, il fallait que les pilotis fussent d'égale hauteur afin de servir d'appui aux pièces de bois horizontales sur lesquelles reposait le plancher; peut-être utilisait-on, dans les parois des habitations, quelques-uns des pieux qui faisaient saillie. La variation du niveau des lacs exigeait que la plateforme fût assez élevée, non-seulement pour n'èlre pas atteinte par les hautes eaux, mais encore pour laisser passer les vagues soulevées par les tempêtes, de manière à ne pas inonder les cabanes. L'assemblage des traverses ne se faisait pas toujours au moyen de mortaises, de tenons et de chevilles; il est probable que les liens d'osier en tenaient souvent lieu et que les perches ou bois ronds destinés au plancher étaient fréquemment reliés, de même que chez les Papous, par des branchages entrelacés.
On retrouve cependant sur quelques points des restes de plateaux, formés de troncs d'arbres retendus avec des coins, et l'on a vu que, dans la tourbière de Wauwyl , l'esplanade consistait en plusieurs lits de pièces de bois horizontales, séparés par des couches d'argile, «le sorte qu'elle présentait une masse compacte particulièrement solide. Celte plate-l'orme